‹ Un début dans la magistrature (volume 3)Chapitre 87 sur 89 · CHAPITRE Xi · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xi

pèdt la main de Son vétiérablfe confrèrêî C'est à voUSj à vous seul, après Dieu, que revient la gloire dé cette guérison. Pour moi, Môfisiéùiej je n'ai d'autre mérite que d'avoir suivi t^eligieusemeiit lé traitement qtie vous aviez commencé et que Vous avez daigné m'iiidiquér. Je n'ai pas fait autre choëê que recueillir le Jïrix de vos soinSi

— Àitîsi, Monsieur, d'est Inoti systètne qui Ta guê-^ rie? s'écria le bon docteur, aVécun sentiment d'orgueil bien permis et bien légitime.

— Oui,Monsieiir, repartit Saveiiay, et je dois dire comme Alexandre, en parlant dii roi Sdû pére^ que vous ne m'avez laissé rien à faire.

. — C'est mon système ! répéta le docteur Ëerbeau, qui ne se sentait pas de joie. Ah j jeune homme, c'est mon dernier triomphci c'est mon triomptle le plus doux. J'en étais sûr. Monsieur, j'étais sûr qu'avec les antipblogistiques nous aurions raison de cette cruelle maladie. Chère enfant! Et vous dites, jeune homme, qu'elle rayonne à présent de tous les dons de là santé et de la jeunesse 1 Dieu soit béni d^abord, puis la science qui t'a sauvée!

— C'est sur vous, Monsieur, sur vous seul, ajouta M. Savenay, que madame Riquemont reporte sa reconnaissance : c'est vous qu'elle remercie chaque jour, à toute heurCi.é

«- Elle parle de moi?,.»

— 8atis Cessé. Pourrait-il en être âtitrétiiëfit? Hiéi* encore, datis l'allée du parcj madame Riquemoôt me confiait qu'elle n'attendait qu'un jour de soleil

3Ii LE DOCTEUR HERBKAU.

pour s'échapper à cheval et aller vous visiter à Saint- Léonard.

— Qu'elle s'en garde bien ! s'écria le docteur avec effroi, — car c'avait été là sa crainte incessante, et même à cette heure qu'Adélaïde n'était plus, il redoutait pour Louise et pour lui-même les représailles de M. Riquemont. —Dites-lui, Monsieur, ditesàcette enfant, reprit-il d'une voix plus calme, que je suis touché de son aimable souvenir, mais que son vieil ami en a désormais fini avec le monde, et qu'il s'est condamné à une solitude éternelle.

A ces mots, il salua M. Savenay, et s'en retourna tout fler et tout joyeux.

— Jeannette, s'écria-t-il en rentrant, on ne vous avait pas trompée, ma fille : il est bien vrai que madame Riquemont est entièrement rétablie. C'est voire maître qui a fait ce miracle I Je veux vider ce soir un vieux flacon pour fêter la confirmation de cette heureuse nouvelle.

Jeannette, tout heureuse elle-même de voir son bon maître ainsi dispos, s'empressa de courir à la cave ; et le docteur Herbeau, attablé jusqu'à près de minuit avec son cher poôte de Tibur , traduisit dans son cœur Lydie par Louise, dans son verre Falerne par Saint-Émilion.

Ce fut là son dernier bonheur, le dernier rayon qui dora le soir de sa vie. Un jour, il trouva Colette étendue sur sa litière. Il l'appela vainement : pour la première fois, la noble bête ne répondit pas. Elle était morte de décrépitude. Une grosse larme tomba sur sa crinière : ce fut son oraison funèbre.

CHAPITRB XL 318

La mort de Colette fut pour Aristide un sinistre présage. Depuis longtemps il était souffrant et ehétif; bientôt il déclina visiblement. Il ne sortait plus de sa chambre, son jardin était négligé; les ronces croissaient dans ]es plates-bandes; les mauvaises herbes étouffaient les fleurs; le gazon poussait dans les allées. Le docteur Herbeau vivait étranger à toutes choses. Vieux fidèle pourtant, il avait dévotement continué son abonnement à la Quotidienne ; mais, depuis plusieurs mois, il n'en avait pas ouvert un numéro : plein de confiance dans les destinées de la royauté, il ne songeait pas à s'enquérir de ses nouvelles.

Un dernier coup lui était réservé, le plus terrible peut-être de tousceuxquiravaieritfrappé jusqu'alors.

Un matin qu'il déjeunait tristement auprès de sa croisée ouverte, — c'était par un beau jour d'été, — il entendit une grande rumeur, pareille au bruit de la marée montante. Il n'y donna d'abord qu'une médiocre attention; mais bientôt, des cris étranges étant parvenus jusqu'à lui, le docteur Herbeau se mit à sa fenêtre^ et demeura glacé d'épouvante devant le spectacle invraisemblable qui s'offrait à ses yeux. Toutes les maisons de Saint-Léonard étaient pavoisées de drapeaux tricolores. Un drapeau tricolore flottait sur le clocher de l'église ; la mairie avait un drapeau tricolore ; on voyait un drapeau tricolore sur la caserne des gendarmes. Une foule bruyante encombrait la place des Récollets. Deux douzaines d'honnêtes bourgeois, armés de fusils sans chien, de gibernes sans cartouches et de

Si 4 LE DOGTBOR HBRBEAU.

sabres sans lame, se livraient à des évolutions guerrières au milieu des clameurs enthousiastes des assistants. Le tambour battait ; les cloches sonnaient; un canon enrhumé toussait. Au bout de quelques instants, M. Riquemont déboucha sur la place, aux acclamations de l'assemblée. Il tenait d'une main la bride de son cheval , et de Tautreun immense drapeau tricolore; derrière lui marchaient au pas de charge une trentaine de paysans armés de faux, de pioches et de bâtons. Après avoir fait ranger sa troupe sur deux rangs, M. Riquemont prononça un discours qui fut plus d'une fois interrompu par les cris de : Vive ta charte! vive la liberté de la presse I vive l'École polytechnique ! vive la garde nationale t vive M. Riquemont l vive Paris l vive Saint'Léonrdl à bas les ministres ! Le discours achevé, les deux troupes réunies exécutèrent de brillantes manœuvres ; après quoi la fouie, exaltée par ces belliqueuses images, se dirigea vers la maison du receveur des contributions pour brûler les registres. Or, le docteur Herbeau se tenait toujours à sa fe- ^nôtre, la seule de la ville qui ne fût point pavoisée ; l se tenait debout, rœil hagard et les bras ballants, ipouvant imaginer ce que tout cela voulait dire. En ^^^Jant devant sa porte, la sainte canaille, furieuse de ^^ ÎNjs voir de drapeau tricolore aux croisées, et se ^^^^fSntd'aiiieurs des opinions du maître du logis, se niit DT^n^^j ^ insulter ce vieillard înoltensif. t'ins des crisVk.

\h • iL passa galamment aux pierres, on

luVbrisa tous s^rreaux de vitre, et on ne parlait de rien moins qu^e saccager sa maison, sous 1<= pié-

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