CHAPITRE XI. III
texte de s'assurer que M. de Polignao ne s^y trouvait pas, quand heureusement la ^arde nationale mit fin à tout ee désordre.
C'était la révolution de juillet qui venait de s^c* complir à Saint-Léonard.
Quand le docteur Herbeau sut à quoi s'en tenir, lorsqull sut, à n'en pouvoir douter, qu'une tempête de trois jours venait de fracasser le vieux trône de France et de jeter toute une dynastie dans l*exil, fl arracha le ruban rouge qui brillait à sa boutonnière, et, courbant la tête, il se plaignit au eiel qui l'avait laissé vivre assez longtemps pour être témoin d -un si grand désastre. Son cœur, ses regrets et ses vœux accompagnèrent pieusement les augustes proiorits sur la terre étrangère.
Il ne lui restait plus qu'à mourir. Le doeteur Uei^. beau ne tarda pas, en effet, à se sentir mortellement atteint. Instruits de sa maladie, les deux jeunes docteurs se présentèrent pour lui offrir leurs soins \ il les fit remercier par Jeannette, et refusa de les reeevoir. La fin de toutes choses ne l'effrayait pas. Il souriait doucement à la mort qu'il voyait s'approcher. Toutefois, un vieux remords troublait la sérénité de ses derniers jours. Ne voulant pas quitter la vie sans s'être réconcilié avec ceux qu'il avait offensés, il fit, un matin, appeler à son chevet le gendarme Canon, qui, grâce à son intelligence et àlabelle conduite qu41 avait tenue durant les trois glorieuses journées, était passé brigadier après vingt-cinq ans de service. A la sollicitation de Jeannette, Canon s'empressa d'accourir. L'ayant fait asseoir près de son lit, le moribond.
Si6 LB DOCTEUR HERBEAU.
apràs s'être accusé d'avoir autrefois refusé ses soins au respectable corps de la gendarmerie royale, pria le brigadier de lui pardonner à cette heure suprême, tant en son nom qu'en celui de ses camarades. Le bon docteur s'exprima d'une façon si humble et si touchante, que Canon, ne pouvant retenir ses larmes, demanda à M. Herbeau la permission de l'embrasser, ce qui lui fut accordé de grand cœur. U se retira tout ému, non sans avoir promis solennellement au docteur d'assister, lui et ses camarades, à son enterrement, de le conduire jusqu'au champ des morts et de ne le quitter que lorsqu'il serait à six pieds sous terre.
Après s'être humilié devant les hommes, le bon docteur demanda au repentir le pardon de fautes plus graves. Il s'accusa devant Dieu des égarements où l'avait jeté Tamour. Il s'accusa d'avoir troublé un jeune cœur et trop justifié peut-être la jalousie d'Adélaïde. Tout entier désormais au salut de son âme, il acheva d'éteindre avec les larmes de la pénitence les cendres encore brûlantes d'uneardeur criminelle. Résolu d'en finir avec les vanités de ce monde, craignant d'ailleurs de laisser après lui des traces qui pourraient compromettre l'honneur et le repos de Louise, il fit apporter près de son lit un réchaud embrasé; puis, il tira de dessous son oreiller un paquet de lettres liées entre elles par un ruban rose, — c'étaient, pour la plupart, des invitations à dîner, assaisonnées coquettement de tendres bonjours et de caresses innocentes, — et, après les avoir baisées une dernière fois, après en avoir respiré le parfum,^ ce