‹ Un début dans la magistrature (volume 3)Chapitre 9 sur 89 · LE CHATEAU DE MONTSABRET · texte numérisé non relu

LE CHATEAU DE MONTSABRET

pouvons saisir. La beauté rayonnait sur ton yisage; ta bouche respirait la bonté; ton intelligence, qu'on disait éteinte, se 'nourrissait peut-être ée célestes visions. Si tu- avais pu descendre jusqu'à nous, heureux celui que tu aurais aimé I

Il avait repris son crayon, et, penché sur son œuvre, effaçait pour la dixième fois le contour des lèvres, qu'il ne pouvait réussir à modeler fidèlement. Depuis près d'une heure il s'acharnait à cette tâche. 11 crut enfin avoir réussi, et, pour s'en assurer, leva les yeux sur le modèle : accoudée sur son lit, calme et sereine comme une jeune fille qui se réveille au matin, après une nuit visitée par les plus doux songes, Lucile le contemplait d'un air curieux.

— Ma mère? où est ma mère? dit-elle d'une voix douce comme la voix d'un enfant.

Et, pareille à une fleur qui ploie sous l'eau du ciel dont son calice était altéré, elle s'affaissa sur sa cpuphe.

Absorbé par la prière, le curé n'avait pas entendu la voix de Lueile ; un cri de Frédéric le tira du pieux recueillement où il était plongé. U se leva et courut vers le lit de la jeune fille.

— Elle vit, s'écria Frédéric lé pressant entre ses bras, elle vit, elle m'a parlé !

Et il sortit en toute hâte pour aller chercher le docteur Vincent.

Il ne marchait pas, il avait des ailes. Arrivé au terme de sa course, il ouvrit la grille , traversa le jardin, gravit l'escalier sans reprendre haleine, et se précipitant dans la chambre où le docteur, sous le coup des émotions violentes qu'il avait ressenties, veillait encore malgré ITieure avancée :

— Venez, s'écria-t-il; elle vit, €lle respire! Ne perdez pas un instantj venez à son chevet.

Et il cherchait à Tentraîner.

Le docteur le regardait avec un étonnement mêlé d'inquiétude, et se demandait si Frédéric n'avait pas perdu la raison.

— Mais, reprit Frédéric d'une voix ardente, vous ne comprenez donc pas? Elle respire, elle m'a parlé! Elle m'a parlé, vous dis-je! Venez, au nom du ciel, venez; qu'attendez-vous?

Et cette fois, il l'entraîna.

Le docteur le suivait à grand'peine et doutait encore. En entrant dans le château, il vit bien que Frédéric avait dit vrai^ Oa n'entendait dans les corridors, à tous les étages » qu'un seul cri : Mademoiselle n'est pas morte I U pénétra en tremblant dans là chambre de mademoiselle de Montsabrey. Lucile était toujours étendue sur son lit, mais déjà ses joues avaient repris les couleurs de la vie. Sa nourrice, assise près d'elle, écoutait et recueillait le souffle qui s'échappait de ses lèvres. Le curé, agenouillé, avait interrompu la prière des morts, pour réciter une hymne de reconnaissance. Le docteur prit la main de l'enfant, et des larmes de joie inondèrent son visage.

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— Oui, mon Dieu I s'écria-t-il, elle vit !

. Mademoiselle de Montsabrey tourna la tôte, ouvrit de grands yeux, ^t, regardant tour à tour le docteur et le curé :

— Est-ce vous, mes amis? leur dit-elle d'une voix affectueuse.

La crise qui pouvait êti*e mortelle Tavait sauvée : le voile qui séparait sa raison du monde des vivants venait de se déchirer.

Epuisée par cet effort de quelques instants, Lucile s'aQaissa de nouveau.

— Où est madame de Montsabrey? demanda Frédéric; où son beau-frère la conduisait-il? 11 faut lui dépêcher un exprès.

Le docteur le prit par le bras et le mena dans l'embrasure d'une fenêtre; le curé les suivit.

— Elle est sauvée, dit le docteur à voix basse ; elle est sauvée, je le crois, je l'espère, et pourtant je n'en répondrais pas. Envoyer un exprès I y pensezvous? Si le ciel nous reprenait Lucile, madame de Montsabrey aurait perdu sa fille deux fois. Pour la rappeler, attendons que la résurrection soit pleinement accomplie. Ménageons le cœur de la mère, ne

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