‹ Un début dans la magistratureChapitre 4 sur 12 · VN DÉBUT · texte numérisé non relu

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Midi , un des instruments jde réaction les plus violents et les plus acharnés. Malheureusement, un organe plus délicat chez lui que la conscience , le larynx, déjà très-compromis, trahissait l'ardeur de son zèle, et, à l'époque dont je vous parle, il venait d'être nommé président de cour à Grenoble, où les passions mal apaisées lui permettraient de montrer sous un jour nouveau son indépendance et sa haute impartialité. En 1814, il avait obtenu d'ajouter à son nom celui de sa femme; en 1815, Maugars avait disparu, il ne restait que Ghampbaudier. Tel était l'hôte que mon oncle attendait. Quoique mon opinion sur lui fût moins arrêtée, moins assise qu'elle ne devait l'être plus tard, cependant j'en savais assez pour que la perspective d'un mois à passer dans son intimité ne ,me causât qu'un plaiàr modéré. Si l'histoire de son mariage flottait encore dans Tombre du doute, le scandale de son élévation s'était accompli au grand jour. J'avais ressenti violemment nos désastres, je restais fidèle au culte de l'empereur, et l'homme qui, dans tous ses réquisitoires, avait outragé la gloire, le génie, le malheur, m'inspirait une répulsion que je ne

cherchais point à combattre. Il faut le dire aussi, dans les dispositions de cœur et d'esprit où je me trouvais, la présence d'un tiers, quel qu'il fût, ne pouvait que m'étre importune. Adieu la liberté dont je jouissais, et mes courses dans la montagne I adieu les entretiens, les repas familiers en tête-àtéte avec mon bon oncle I C'en était fini pour moi des fêtes de la solitude et de celles de Tintimité : l'arrivée d'un étranger allait tout perdre, tout gâ* ter. Le triste retour, hélas I et que je me sentais loin des Charmettesl

Je faisais ces réflexions accoudé sur l'appui de ma fenêtre ouverte, quand mon oncle, qui traversait la terrasse d'un air de plus en plus aCTairé, me jeta ces mots en passant ;

— T'ai-je dit que madame de Ghampbaudier accompagne son mari? Tâche d'être aimable, et fais en sorte qu'elle ne s'ennuie pas trop à la Roseraie : c'est toi que cela regarde, mon cher Paul.

Ce fut comme un coup de vent qui disperse les nuées et balaye en un instant le ciel : tout s'éclaira, tout changea de face. Je ne connaissais pas madame de Champbaudier; mais je savais qu'elle était jeune

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encore, on la disak jotie. Je pa^ssat le reste 4e lu jouriaée ifins ks eo^el^^nteacn^iiyu de TaXteiite. te mari a'était évanoui, coiiwe iiœ apparition nœr turœ aux prenuères icl^éç à§ }'aabe; je ne &onr g^s plus qu'à la Semim» H eberehais à ^ym$ ses goiUs, son caractère, tes lignes 4e safigw^» l'impression qu'elle ferait sur moi, celle que ^ ferais sur eUe. Je la parais c^mplaisammeol; 4h toutes les peirf^tlons ; il fte in'en coûtait rien , jq ne lui en ép9,rgaai aip^upe^ jPar «MMOtients^ 1^ pen^ que nous allions vFvre de la jEUême vie, sous Le jçaême toH, s'^i^ k m>n «fisprit «n confuses images qui ne laissaient; ()as 4e ^e troubler un peu. Je veillai aux appr^ de sep installation; je visitai Ig chambre où elle devait habite?. .J'aurais voujl^ poy,* voir y réunir toutes les ,4^L^nces; j'y |)prtai les livres et l^s Aeurs que j^ supposais if u'elle .iMliarà. A mon tour, j'allais, je venais^ je dopn#s Aê» ordres, je les exécutais n^^MioCkdme, et A|K)|i^nefe de s'écrier da^s le raws^ng^ Ag son Aim :

««p A la bonne Jbeyi^ ! Yasj^vf^^ ia<m cher Pafil ! £'^. un honune 4élicie^x, te j@l\^^ I Tu reviendi»^ 4#, tes préventions.

Elle arriva, je la vis enfin : tout ce qife j'avais imaginé, révé$ pàlit et s'eSaçA devant elle. Mor jeune ami^ elle était charmante I La {ceinture neiis a transmis deux tjpes bien distincts de présidentes des anciens parlements : les unes, vieilles^ maigres et sèches, le nez barbouillé de tabac, Taip revdcbe et maussade comme «n dossier de procureur) les antres, éblouissantes de grâce et de jeunesse dans kurs atours un peu sévères» et eaebiftit à deoft» uOe belle main blanebfe seus les longties soies de l'épagneul <{ui dort en boule sur leurs genoux. C'e>t parmi ces dernières qu'il eût fallu chercher le (»of*tiait de madame de Champbaudier. Je la vois enh core^ petite, un peu grasse, d'une beauté âK>ids idéale que je ne me Tétais représentée^ diais si fine

pourtant, et si animée, si vivante ! Des cheveux Llonds à profusion, des yeux bleus les plus jolis du mon^e, une bouche fraîche et souriante, des pieds, des mains d'enfant, et la blancheur du lait. Son caractère ne répondait pas plus que sa personne à l'idée que je m'en étais faite. A peine arrivée, elle «'emparait de la Roseraie, elle y régnait, elle en devenait Tâme. Gaie, familière, remuante, gazouillante, elle était partout à la fois, elle eût jeté la vie •dans un cloître ou dans un désert. Certes, ce n'était pas ainsi que je me figurais l'héritière des Champbaudier, livrée en holocauste à Thonneur de sa famille. Quant à M. le président, il était tout sucre et tout miel. Esprit souple, enlaçant, langue dorée et bien pendue, quelque chose de câlin dans la voix et de félin dans les manières, il paraissait avoir de cinquante à cinquante-cinq ans, et jouissait du privilège qu'ont généralement les hommes à cet âge, de n'être ni beaux ni laids. Je m'étais promis de me tenir sur la réserve et de répondre à ses avances par une attitude pleine de dignité; mais, dès l'abord, il m'entretint en si bons termes du talent oratoire dont j'avais fait preuve âmes débuts, que je me de-

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mandai si décidément il n'y avait pas bien de Texagération dans les bruits qui couraient sur son compte. Mon oncle ne se sentait pas d'aise, la jolie présidente ne rêvait que parties et fêtes» ce bon M. de Champbaudier se prêtait à tous nos projets, et, quoique septembre touchât à sa fin, la saison resplendissante promettait des jours entïhantés.

Jours heureux, je vous ai payés cher I mais votre souvenir m'est doux, premiers jours de bonheur qu'il me fut donné de connaître ! Elle n'avait rien de mes goûts ni de mes idées, et certes, la fortune ne pouvait pas jeter sur mon chemin une créature qui ressemblât moins à l'héroïne de mes songes. Le mouvement était sa vie; figurez-vous un tourbillon de grâces, d'enjouement, de frivolité ! Avide de distractions, l'appréhension seule de l'ennui la glaçait d'effroi ; heureusement, elle ne se souvenait plus le soir de ses impressions du matin, ce qui lui permettait de recommencer le lendemain ce qu'elle avadt fait la veille, et d'y prendre un plaisir nouveau. Plus je l'observais, moins je croyais à l'histoire de son mariage, et je l'auraiâ tenue pour complètement

Hausse, si je n'eusse remarqué, dans son attitude

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fis-à-vfe de son mari, une indépendance d'allures, fè né éàis quoi dé sec et de hatttàiui où se trahisiè&éût l'^giieil et le ressehtiitient de ta iPaée. Telle icp- élit iisAU je Faimai^ tomt éfâi( prêt en itioi depûié Idn^en}|)S peur une ejkpiosioh : elle fut rétin» M^e légère qui embrasa mon eœtir et mes sens.

Lé pàp m'était deyeiitt familief : c'est à niOi 4il'âpj)artenait le soiâ dfe dii^fgér lés excursions qui #ëiiiit»Iissaient toutes nos journées. Dès (|ue le soleil fltàit dissipé là brume, nous partions. Les belles ttAftnéesI Qu'elle était jôIié avec son corsage, sa Jttpe d'aniazone, son chapeau de feutre et ses cheteox au vent I M. de Ghâihpbftudiei* àtait tout à f^iit bëû aiir siir sa pacifique monture^ ef la figiire ré'- Jdttié dé mon onde égayait dotieeiâeiit le paysage» On eolËihénçait par clieTàiiéh^ eh èaratane ; bientôt un temps de galof) iioiis séparait ât nos compa<gnôns, et le plus souvent je me tiiotirvals seul auprès d*eUé. La course Tenivrâi! t pailW^ lô sentier se res^ (Serrait tellement , quê soi! ^ile ve^t tne fbtiettait le Vbagè, et je buvais le scnilBe dé fés lèvres, ausirt p» que la brise des iûMë» Bé téik en IxAûi eH^ iWrétiit pour écouteM« mtém ffti gtioMail souà

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ûos ^ieds ou pour ccmiempler lés cimes qui se dressaioBt au-déssos de nos téU» ; eUe demeurait tm instant pensiTe ) puis^ au moment dû on aurait pu droite qu'une émotion sérieuse allait s'emparer d'elle^ elle s'y dérobait brusquement» et nous re^ jlartions au galop des ebevauz. Çà et là, nous met- Hobs lied à terre | fi la sentais à mon bras» Tive Woamkê une mésange et t6li|oUrs prête à s'envoler. Nous causions ; son frais babil effieurût tous les su- Jets et me semblait plus éloqMnt (fixe les épîtres de Jttlk à Saint-Pristui. Ttel en jasafrl, Recueillait» le k»g des rampes» les fletirs^ les berbes odorantes, dernière parure derautOBUie ; elle devait les garder en iK)ovenir de ees beaux sitea» en souvenir aussi de nos entretiens : une minute aprtoy eUe les jetait à Teau du gouffre et s'amusait à les suivre des yeux^ ««portées par le courant» Découvrait-elle une masure au fond du rivin^ tme biMqae lu fléne de la tttonlagne, c'est là qu'elle aurâk tenlu vivre : et MUS toilà en pleine idylle qu'elle iat^roiupait tout à eoup pour parler des bak du procbain hiver» de ses toilettes et de ses chiflbns» Et moi» je ne pouvais sue rassasier de sa vue ; tout ce qu'elle dieait

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