‹ Un demi-siècle de civilisation françaiseChapitre 105 sur 112 · MINISTÈRE DE L'AGRICULTURE · texte numérisé non relu

MINISTÈRE DE L'AGRICULTURE

Nous venons d'exposer les deux grandes réformes opérées dans l'agriculture depuis 1870 et qui, selon nous, ont eu dans le passé et doivent avoir dans l'avenir une influence prépondérante sur le développement de la production agricole aussi bien que sur le rôle social de l'agriculteur. Il nous reste à indiquer comment ces réformes ont été faites, ainsi que les améliorations qui en ont été la conséquence dans les diverses branches de l'agriculture française.

Depuis 1839, date de la création d'une organisation spéciale pour l'administration de l'agriculture, celle-ci avait été successivement rattachée au ministère de llntérieur, puis à celui du Commerce et des Travaux publics, puis enfin au ministère du Commerce.

En fait, aucun esprit de suite ne pouvait présider à la direction des services et à la réalisation des réformes réclamées par le monde agricole. Il fallait de toute nécessité un ministère spécial aux agriculteurs; c'est ce que comprit Gambetta lorsqu'en 1881 il fit instituer le ministère de l'Agriculture qui, actuellement, groupe les directions des services et de l'enseignement agricoles, des Haras, des Eaux et Forêts, de l'hydraulique et des améliorations agricoles, de la mutualité agricole, de l'enseignement vétérinaire et des services sanitaires des animaux domestiques, de la répression des fraudes dans les produits agricoles et dans les engrais, ainsi que l'étude des moyens destinés à lutter contre les maladies des plantes.

On trouvera dans les remarquables rapports parlementaires de la Chambre et du Sénat, dont quelques-uns constituent des travaux de premier ordre, tout le détail de l'organisation administrative du ministère de la rue de Varenne. Nous nous bornerons à énumérer les innovations apportées et les améliorations réalisées sous l'impulsion des différents

l'agriculture. 437

services, et d'après les instructions des divers ministres qui se sont succédé à leur tête.

Dans l'ordre de l'enseignement, nous avons exposé ce qui a été fait pour l'enseignement supérieur, secondaire et primaire de l'agriculture, pour l'enseignement technique, le professorat départemental et communal de l'agriculture, l'enseignement ménager et les écoles d'hiver. Il faut mentionner en outre les autres ordres d'enseignement qui concourent eux aussi à la prospérité agricole. La création des écoles vétérinaires, qui remonte au milieu du xvili' siècle, a rendu d'importants ser\'ices, non seulement à l'agriculture, mais à la science en général. On peut affirmer cependant que l'éclat de leur enseignement, que les belles découvertes opérées par les grands savants qui ont honoré cet enseignement, furent grandement facilitées par les mesures prises en sa faveur au ministère de l'Agriculture. L'unité a été apportée dans les programmes des trois écoles nationales : Alfort, Lyon et Toulouse. Le nombre des chaires y fut sensiblement accru, des laboratoires ont été construits, des expériences et des travaux y ont été accomplis, et le ministère y a coopéré, non seulement aux études des élèves, mais aussi aux grandes découvertes scientifiques, qui placent à un rang si élevé les physiologistes de nos écoles vétérinaires françaises.

L'enseignement hippique spécial destiné aux fonctionnaires des Haras, qui avait été institué en 1840, a eu un fonctionnement assez irrégulier jusqu'en 1874. Le vote par le Parlement, de la loi organique si utile sur les Haras et les remontes, rétablit définitivement cet enseignement; une école fut créée au Haras du Pin : les élèves s'y recrutaient par l'examen, ou y entraient directement. Une disposition heureuse imposa à ces jeunes gens le diplôme de l'Institut National Agronomique, sans préjudice d'un examen technique et phj^sique pour l'entrée à l'École.

L'École forestière de Nancy fut fondée à l'origine en 1824, pour assurer le recrutement des agents de l'administration des forêts domaniales et communales, mais des nécessités nouvelles imposèrent à ce recrutement d'autres conditions. Il fallait non seulement augmenter les revenus de l'État

par une bonne administration, mais encore faire des travaux d'une importance considérable pour le reboisement des montagnes, les améliorations pastorales et culturales, la fixation des dunes. D'autre part, si l'État possède un million d'hectares de propriétés boisées, il y a en France 8 millions d'hectares de bois et forêts appartenant à des particuliers et il est nécessaire qu'ils puissent être conseillés pour les administrer dans les meilleures conditions. Il parut donc indispensable de donner à nos fonctionnaires forestiers un enseignement agricole précédant l'instruction technique professionnelle donnée à Nancy. Tel fut l'objet du décret de 1888, qui exigea des candidats à l'École supérieure des Forêts, le diplôme de l'Institut National Agronomique.

Il faut noter également la création, en 1883, de l'École de Sylviculture des Barres, destinée à former des préposés forestiers d'élite. Puis dans le même domaine forestier, une École secondaire d'enseignementtechnique et professionnel, vint permettre aux brigadiers forestiers, d'arriver par le concours, au grade de garde général.

Par suite de changements apportés dans ces temps derniers à la répartition des services, la Direction de l'enseignement et des services agricoles englobe l'enseignement agricole et ses dépendances à tous les degrés ; les encouragements à l'agriculture, la législation agricole, l'office des renseignements agricoles, comprenant plusieurs sections, celle des renseignements agricoles proprement dits, celle des études techniques et enfin la statistique des produits agricoles et des subsistances.

Cette direction par un corps d'inspecteurs recrutés au concours, exerce un contrôle très actif sur tous les services extérieurs de l'Enseignement agricole et elle organise, à l'aide de ce service d'inspection, les concours agricoles de Paris et des départements, concours généraux et concours spéciaux de races de bétail. C'est l'inspection de l'agriculture qui dirige les concours de primes d'honneur, de prix culturaux, de prix de spécialités accordés aux agriculteurs de la grande et de la petite culture, ainsi qu'aux horticulteurs; récompenses qui ont une réelle influence sur la per-

fection des cultures par l'émulation qu'elles suscitent entre les intéressés.

Actuellement, la Direction de l'agriculture fait procéder à des essais de culture mécanique du sol, dont tous les cultivateurs enregistrent avec passion les résultats : car le manque de main-d'œuvre et surtout la réduction des moteurs animés rendra indispensable le recours à des moyens mécaniques de culture. Le problème consiste à obtenir des instruments d'un maniement facile, d'un prix abordable et d'un emploi possible même dans les parcelles de moyenne étendue, ainsi que dans certaines cultures spéciales.

Parmi les concours organisés sous les auspices de la direction en question, mentionnons ceux des appareils propres à employer les alcools dénaturés, ainsi que les Congrès qui s'y rattachent. Au moment où la lutte commençait en faveur des emplois industriels de l'alcool, c'est-à-dire en 1900, 221 000 hectolitres sur l'ensemble de la production française des alcools, étaient employés pour des usages industriels. En 1913, ce chiffre était porté à 724 000 hectolitres ; c'est donc un total annuel de plus de 500 000 hectolitres enlevés à la consommation de bouche et partant à l'alcoolisme.

Une des œuvres les plus fécondes accomplies par la Direction de l'Agriculture, a été l'établissement d'une statistique annuelle des produits agricoles, si utile aux membres du Parlement dans la discussion des questions économiques. Il faut citer en première ligne dans ces travaux statistiques, les deux volumes contenant la statistique décennale agricole de 1882 et de 1892, qui constituent un véritable monument à l'édification duquel M. Tisserand a si justement attaché son nom.

La Direction générale des Forêts a été jointe à celle de l'hydraulique agricole pour constituer une nouvelle direction générale dite des Eaux et Forêts, de l'hydraulique et des améliorations agricoles. Cette modification a permis de réunir sous une seule main un ensemble de services destinés à se compléter et à fonctionner mutuellement. Le service forestier a pour but d'administrer les forêts de l'État et en même temps de faire exécuter des travaux pour le

reboisement des montagnes et la «°°^<="^'i°". ^nif "ente de ces massifs. Ces travaux »"' ,f«'f '™ te^pf dS années avec la plus haute Ç-P~ CtLTktat

S urr^;atea'r:s^--ctuf^^^^^

radrr eCràn^-e^Tro^r t roo^o hectares 'tttXe'd^e'fhydraulique agricole, indépendamment de

d'assainissement des marais de dessèchement insalubres, d'endiguement, de ^'^'^^'f^^^l^^^^l^l^i. des rivières. Il doit mettre ^^^"^.'^f'^P^'^en? de canaux vateurs par la construction et par 1 ^f ^Se"|"^„^ues pour d'irrigation. Il faudrait une ;'"f,^f :„?:!,:: exécutées

Ste Z^^:^^ rtit:^ :i. acpu. des ^•1 n,,v rivages de rempoisonnement paludique. siècles aux lavages ue cmt. ,,„„i,, ip transport de la

La France, qui la P'^^™»^'^^^ '^ ^ jk-même d'utiliser force électrique à distance se devait a elle même

lesmerveiUeusessourcesdene^^^^^^^^^^^

Th^d^u^e :.. ::^etwil.e efforc.^^ développer mi

l'appliquer a •^g",=''""'";,r;riaues des Alpes françaises, principales -'''-.^J^^-^^^Sique avec carte à l'appui dressée par le service de 1 hy^rauliqu .^^^^j

en 191 1, ^ons apprend que f^ P"'^'^'"^ % à provenir de 470000 chevaux-vapeur plus 720000 C.V. a P^^^^^^^

d'usines en construction, ce q"' donnera p dans une dizaine d'années ' ^oooœ C-V^dan no^ ^^^p^^ „ est certain qucJeP^s^ge dcJ^hy^^-U ,,^|^.,„,^„,,

r;^^if:n?=p,lus ^om^^^^^^^^^

^^irq^ir^-'ï; >:;.^r^T^ouL . .'hydra.

lique les améliorations agricoles, et qu'un personnel spécial fut recruté dans des conditions déterminées pour réaliser les indications données par ce nouvel intitulé. En fait, un corps d'agents excellents a été créé pour s'occuper de l'utilisation agricole des eaux, du drainage et de l'assainissement des terres, du remembrement des parcelles, de la création de chemins d'exploitation, des constructions rurales et de l'installation des petites industries agricoles.

Une des oeuvres les plus urgentes à accomplir après la période de 1870-71, a consisté à développer l'élevage du cheval et notamment du cheval de guerre en France. Tel fut le but de la loi de 1874 qui fut parfaitement défini par M. Bocher, son rapporteur au Sénat. Il consistait à donner à notre cavalerie et à notre artillerie un nombre plus considérable de chevaux que par le passé, et à tripler dans l'avenir, pour le cas de guerre, l'effectif de nos chevaux; à en modifier l'espèce en même temps que le nombre, à produire suffisamment pour les usages de la consommation générale et principalement pour ceux de l'armée, à mettre en harmonie l'accroissement de la production chevaline avec l'augmentation des besoins.

La loi de 1874 réglait, ainsi que nous l'avons expliqué au chapitre de l'enseignement hippique, le recrutement des fonctionnaires des Haras; elle déterminait également le nombre des reproducteurs entretenus par cette administration. Par une disposition dite d'accroissement, 200 étalons devaient être achetés chaque année pour arriver à un effectif de 2500. Ce nombre fut atteint en 1882, mais une nouvelle loi d'accroissement fut votée en 1892 et fixa un maximum de 3000 étalons. Enfin en 1900, le Parlement décida de porter ce total à 3 450, par une augmentation annuelle de 50 têtes. Ces votes successifs du Parlement ont donné d'heureux résultats, car le nombre des existences chevalines était en 1882 de 2800000 têtes et en 1912 de 3222000, parmi lesquelles 456000 juments poulinières et 273 000 naissances.

L'œuvre accomplie par l'administration des Haras a donc pleinement justifié l'objectif poursuivi par le législateur de 1874, de 1892 et de 1900. Elle a amélioré et augmenté la production par un choix judicieux de reproducteurs, bien

répartis suivant leur nature dans les diverses régions d'élevage. Par l'impulsion et la direction données aux Sociétés de courses, elle a sélectionné dans les luttes d'hippodrome, des reproducteurs de pur-sang, de demi-sang anglo-normands et anglo-arabes ayant la trempe et la résistance, qualités qu'ils transmettent à leurs descendants. Dans des concours dotés par l'État d'importantes subventions, elle a amélioré également les femelles poulinières et pouliches.

En somme, cette administration a rempli toutes les obligations auxquelles elle devait répondre : assurer la remonte de la cavalerie en temps normal, fournir aux agriculteurs et aux commerçants de bons chevaux aptes à leur service, travailler à former une population chevaline pouvant satisfaire aux besoins de l'armée en cas de mobilisation générale.

Les développements que nous avons donnés au début de cette étude à l'exposé des questions du Crédit mutuel agricole, de la coopération et en général de l'ensemble de la mutualité agricole, nous dispensent d'entrer dans de longs détails sur le service de création récente qui lui est spécialement affecté. Il nous suffira de dire que cet organisme, parfaitement dirigé, répond au but poursuivi par le Parlement en votant l'ensemble des lois constitutives de la mutualité agricole sous ses diverses modalités. Plusieurs bureaux s'occupent de centraliser les diverses affaires concernant les caisses de crédit mutuel, les encouragements à la petite propriété rurale, les sociétés coopératives agricoles, les caisses d'assurances et de réassurances mutuelles agricoles. Des études sont faites pour préparer consciencieusement les dossiers nécessaires à la répartition des demandes d'avances qui sont faites et notamment celles qui sont soumises à la Commission supérieure, nommée en exécution de la loi de 1899 sur les avances faites par la Banque de France.

L'enseignement vétérinaire, la police sanitaire des animaux, la répression des fraudes, les recherches scientifiques et les procédés à employer contre les parasites des plantes et notamment contre les maladies de la vigne, ont été placés dans une direction spéciale dénommée : Direction des Services sanitaires et scientifiques et de la répression des fraudes.

Nous avons expliqué les services rendus par l'enseigne-

l'agriculture. 443

ment vétérinaire; il était indispensable de lui donner une organisation centrale en vue de coordonner cet enseignement et ses applications à toutes les mesures relatives à rh3'giène des animaux. Des lois nombreuses ont été votées par le Parlement dans cette intention, et leur application a donné des résultats considérables dans l'intérêt de l'agriculture; sans fournir de trop nombreuses preuves de l'efficacité de ces mesures, on peut citer l'exemple de la législation contre la péripneumonie contagieuse. En 1882, 3 571 animaux étaient abattus comme atteints de cette épizootie, en 1903 ce nombre était réduit à 10.

La répression des fraudes a été l'une des œuvres les plus utiles accomplies par le législateur, car la fraude dans les productions agricoles aussi bien que dans les matières employées par les agriculteurs pour leurs cultures ou l'alimentation des animaux, sont aussi funestes pour l'hygiène publique que dommageables à l'agriculteur lui-même.

Cette répression a été assurée de la manière la plus complète par la loi de 1905; il a dès lors été indiqué de consacrer un sers'ice spécial d'analyse et d'inspection pour faire rendre à cette utile législation tous ses effets. La constitution d'un ensemble de fonctionnaires préposés à cette inspection et de nombreux laboratoires employés à l'analyse des échantillons prélevés, a permis de donner toutes les garanties pour le fonctionnement de la loi principale et des dispositions spéciales qui en découlent : aussi les résultats obtenus ont-ils été remarquables. Depuis les ravages causés par le phylloxéra dans les vignobles et les pertes incalculables qui en ont été le résultat, nos savants ont été mis à contribution pour nous donner les moyens de lutter contre les maladies des plantes cultivées, occasionnées par les parasites, insectes et cryptogames. Chaque année les épiphyties causent à l'agriculture des dommages très étendus qui se chiffrent à des sommes considérables. La conséquence de ces constatations a amené la création d'un organisme spécial pour ' l'étude des maladies des plantes, sous le nom de Service des épiphyties, ayant pour mission d'étudier les parasites qui seront signalés et de prescrire toutes les mesures de nature à arrêter leurs dégâts et à empêcher leur extension.

Page 1