JOSEPH CHAILLEY
La France est un vieux pays colonial. Depuis le temps de Henri IV, elle n'a cessé d'avoir des intérêts outre-mer. Richelieu et Colbert et, après eux, Louis XV lui-même lui avaient constitué un si beau domaine : le Canada, le sud de l'Inde, la Louisiane, grande alors comme dix des États-Unis, Saint-Domingue, ce joyau, l'Ile de France et Bourbon, sans parler d'autres Antilles, de comptoirs en Afrique et de droits à faire valoir en Asie, que, vers 1750, l'Europe se demandait, indécise, qui d'elle ou de l'Angleterre serait la grande puissance coloniale de l'avenir. Et sur ce domaine elle avait su faire jouer tous les ressorts d'un art difficile : elle avait amené dans ces colonies des représentants des diverses classes de la société, depuis le noble jusqu'à l'artisan et au laboureur, et formé, à l'image de l'ancienne France, une société laborieuse et policée, vigoureuse et prolifique qui, au seul Canada, de 11 000 âmes, en 171 1, avait, lors du traité de Paris (1763), passé à 63 000, et compte aujourd'hui, dans le nord de l'Amérique, trois millions et demi de descendants. Soixante mille autres Français à Saint- Domingue et dans les Antilles et trente mille à Maurice et à
I. Consulter l'ouvrage documenté de MM. Marcel Dubois et A. Terrier, Un Siècle d'expansion coloniale^ Challamel, Paris, 1900.
Demi-siècle civilis. franc. 4
50 UN DEMI-SIÈCIE DE CIVIUSAHON FRANÇAISE.
Bourbon avaient créé d'incomnnraKioo i . .
loppé des échanges qui verrfindu''^t''s°":r' 'régnaient au total six cent millions dP L„ '^'"^' ''"^'- Eniin, c'est un de ses ch^fs r^.us SSe? n" ?" '^^^^ ni le temps ni les travaux récentVn'onfen[amé^r f'^' """' avait, avant les Anglais, pratiqué cette no^^T ^^°'"'' ^"'
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avaient, dans'.a' seconde mo!«é'dù xT„r 3'^^^"' le domaine et oublier cette maîtrise Louis XV % ^."^"^ ment avait cédé, par le traité de Par s, rinde elle Can "d"" la Révolution avait préparé, par le dogme de iISÎSh''' hommes et des races, Tinsurrection m L ' ^^^''''^ des Saint-Domingue; NapoléorTvaû vendu Ta"r''™ "' redoutent de ne la pouvoir garder. En sorte ^'e^^ZTt France, jadis propriétaire de territoire»; imm»„ .■^' ^ préciables, s'était touvée réduite rdesbribe^w'' •« '"^P" quelques îles, quelques amorces sur ro c^nS^ à""'': on ne reconnaissait ni valeur ni iven.v Pii ^ ' * '''"
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Au reste, à ce moment, elle était Iaç«A a^ * ^ rien tant que des colonies, ku Ïte de„eJa°i"'i,Tn^ ^^ pour les regretter, en dehors des planteursTt de?^ fT quelques marins, en quête de points dërefaif'î''^"''''
Uillement, quelqWs ^issionSl?qV«l't^:' tdT^^^ évangéhser. Mais les hommes d'État datent hn^^f * politiques n'avaient d'yeux aue nonr pf '>°^''les: les
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cependant voici qu'un sièc^Z t^~ /"''tT' ^' de nouveau possède un emoire eolonini . ^5' ^'^"""^ riche que l'ancien, mais nZxaC" aux fins d"" ""T t.que Comment cela a-t-il pu se foire? ^" ''^ P"'"
« Comme l'on parle, demande M. fourdain I» n. geo^s ge„Hmon,„.e, à son MaUre de pÛZom;, ^'f^'j
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donc que cela? — De la prose. — Quoi! quand je dis : « Nicole, apportez-moi mes pantoufles et me donnez mon « bonnet de nuit, » c'est de la prose? — Oui! monsieur. — Par ma foi, il y a plus de quarante ans que je dis de la prose sans que j'en susse rien. » La France, elle, pendant une longue période de son histoire, a fait de la Politique Coloniale sans le savoir.
Cela débute, après un long repos, par l'expédition d'Alger. Entendait-on coloniser l'Algérie? Point! C'était, derrière des arguments de dignité et d'humanité qui ont leur valeur, avant tout une expédition politique, décidée dans un intérêt dynastique. L'Angleterre, elle, avait entrevu tout de suite ce que pourrait devenir entre nos mains l'Algérie conquise. La France, effrayée des difficultés de l'entreprise, tourna durant plus de dix années autour de la vraie solution : garder et coloniser'. Puis, de 1838 à 1842, ce furent l'occupation et le protectorat des îles Marquises, Gambier, etc. C'étaient là de si minces morceaux qu'on ne pouvait pas y voir d'entreprise coloniale; tout au plus un établissement en vue d'assister la marine.
En 1844, surgirent de grosses difficultés avec le Maroc, sur lequel le maréchal Bugeaud remporta à l'Isly une victoire retentissante. Elle nous ouvrait un pays, où il ne tenait qu'à nous de pousser le succès de nos armes. Mais nous avions si peu le goût des conquêtes, même les plus substantielles, qu'au lieu de foncer sur le Maroc et de l'annexer, nous conclûmes avec lui deux traités (1844- 1845), par lesquels nous lui abandonnions la frontière historique et naturelle de la rive droite de la Moulouïa. Soixante-dix ans plus tard, pour avoir à nous un Maroc diminué, nous devions négocier avec toute l'Europe et nous humilier devant l'Allemagne.
I. Vingt projets furent discutes et abandonnés : évacuer Alger et se faire céder Bône; démanteler et désarmer Alger; y créer un simple pachalik du sultan; céder Alger à l'ordre de Malte; occuper Alger et coloniser la côte; partager la côte et donner Bône à l'Autriche, Stora à la Sardaigne, Djidjelli à la Toscane, Bougie à Naples, Oran à l'Espagne, etc. Cela, sans parler de propositions, maintes fois formulées au Parlement, d'évacuer et d'abandonner tout. Un député, M. Desjobert, s'était fait à l'époque, par son insistance, une réputation, comme d'autres, plus tard, à réclamer l'évacuation du Tonkin.
Em852, nos marins allaient occuper, faute d'une autre ûe, plus précieuse, qu'une indiscrétion nous fit perdr? la Nouvelle-Calédonie. Pas plus que le protectorat surles «es IVIarquises, cela n'avait de portée coloniale
En 1858, au retour de l'expédition de Chine, nous nous emparions pour venger des missionnaires massacrés de provinces de l'Annam. Peut-être cette fois-ci se St^î a la nécessité de soutenir notre prestige la volonté d'u «liser des droits historiques pour fonder un de ces étaWissemente comme ceux que l'Angleterre a semés, d'Europe en ExS prient tout le long des côtes d'Afrique et d'Asie et dont le spectacle n'avait pas manqué d'impressionner es chefe de notre marine et du corps expéditionnaire
L expédition de Syrie, en 1860, nos grands intérêts en Egypte, notre maîtrise de la Méditerranée que, depuis Napoléon, nous n'avions cessé de surveiller, tout ce a aura t pu encore nous fournir prétexte à agrandissements e à colonisation. Pendant les dix-huit années que dura ^rnpire la France, alors toute-puissante, eût pu, dédaignamles jaousies occuper des territoires et s'associer des posons ou en enfance ou en décadence. Elle n'en fit rien Des p ans chimériques hantaient l'esprit du souverain, et ses mTnfs très continuaient, comme ceux de Louis XV et cimme NaXn ces exoédftior "" ''™^'''î-°P- E' cependant ceTreiU
Te temps à au -e^""''',"'' T °'=^"P--'«°n^. entreprises ae temps a autie et sans plan déterminé, qui entretinrent et ranimèrent dans la nation les brillan'tel traS lÔns de 1 Ancien Régime et préparèrent, après la guerre de 1870 quand toute action en Europe parut nous être pour lon^: temps interdite, un renouveau colonial et des opération^
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