‹ Un demi-siècle de civilisation françaiseChapitre 18 sur 112 · L'ADMINISTRATION · texte numérisé non relu

L'ADMINISTRATION

Administrer un tel domaine, la tâche était grandiose et difficile. Plus difficile pour la France que pour un autre pays. Si la France eût été un pays nouveau venu à la colonisation, elle eût, placée en face d'une tâche ignorée, médité, interrogé les cerveaux ingénieux et puissants qui ne lui ont jamais fait défaut, et dégagé les procédés et bientôt les méthodes convenables. Malheureusement, — ceci va ressembler à un paradoxe, — la France était un vieux pays, adonné depuis trois siècles aux œuvres de colonisation, sauf pendant un intervalle où elle perdit le contact avec la réalité des choses et ne perçut pas la transformation profonde qui se préparait. Elle crut n'avoir qu'à puiser dans son expérience passée pour en ramener des leçons immédiatement utilisables sur son domaine nouveau, sans prendre garde que l'Ancien Régime possédait un domaine colonial physiquement différent de celui d'aujourd'hui, ou, dans les parties qui y ressemblaient, avait appliqué des méthodes si déraisonnables qu'elles avaient conduit tout droit à des échecs. Mais tout cela était peu connu des hommes de notre temps.

Le Canada, par exemple, était une véritable colonie. Il renfermait, quand les Français y vinrent, peu d'habitants et des habitants peu civilisés, dont on n'avait pas tenu et dont on ne croyait pas avoir à tenir compte. La terre était fertile;

du Nord) : 640000 à 650000 Français d'origine; 260000 Français naturalisés; 500000 Européens (surtout Espagnols, Italiens, Maltais); 180 000 Israélites.

Parmi les naturalisés, les indigènes de l'Afrique du Nord sont fort peu nombreux : en Algérie, de 1865 à 1915, il n'y a eu que i 753 naturalisations au total; en Tunisie, depuis ao ans, que 70.

30 Commerce. — Le chiffre total est de ^ milliards 150 millions environ; dont 1 715 à l'importation dans les colonies, et 1 445 à l'exportation. Sur ces chiffres la France prend i 773 millions, dont i 055 à l'importation dans les colonies, et 718 à l'exportation.

l'effort colonial. 65

on allait l'occuper. Le climat, plus rude que celui de la France, nous convenait; nos compatriotes s'y reproduiraient à l'infini. Ils y avaient importé leurs mœurs, leurs occupations et leurs lois. Les fameuses ordonnances de Colbert y avaient été de suite appliquées. Le Canada était bien et pouvait être une Nouvelle France : la démonstration en fut faite. Mais les mêmes méthodes qu'avec raison il appliquait au Canada, l'Ancien Régime à tort les appliquait aux régions équatoriales ou tropicales : à Saint-Domingue, aux Antilles, à la Guyane. Comme au Canada, il y avait envoyé force colons, empruntés aussi aux diverses classes, avec l'espoir d*y fonder à perpétuité une société à l'image de la France. Or, dans ces régions des Tropiques et de l'Equateur, il avait rencontré ou des insuccès partiels ou des échecs irrémédiables. L'expédition conduite à la Guyane par le chevalier Turgot, frère du grand ministre, avait été un désastre. Au bout de peu d'années, rien n'en subsistait plus. Ailleurs, on avait vu la race peu à peu s'abâtardir ou la population diminuer. C'était un gaspillage absurde de vies et de richesses. A cette erreur de l'Ancien Régime, la Révolution en avait ajouté une autre. Le premier se trompait sur les effets du climat; celle-ci, sur les effets des lois et des institutions. L'égalité des races, qui sera peut-être un dogme de demain, était une erreur d'alors et l'est encore d'aujourd'hui. Cette égalité proclamée causa la ruine de nos compatriotes et prépara la décadence des pays livrés à eux-mêmes. La France, qui fut entre les nations la seule à y croire, fut la seule aussi à compromettre pour elle son domaine colonial. Mais telle est chez nous la force des idées que cet échec, qui ruinait nos entreprises, ne ruina pas nos théories. Et quand en 1830 et surtout après 1870, nous fîmes notre rentrée dans la politique coloniale, nous n'avions pas encore abandonné la thèse de l'égalité des races; nous accordions aux indigènes des droits que rien ne les avait préparés à exercer. En 1889, dans le Congrès Colonial tenu durant l'Exposition, le grand principe de V assimilation dominait encore. Il se peut que même aujourd'hui encore ces théories rallient bien des esprits ; du moins ne font-elles plus trop sentir leur influence sur la législation.

Demi-siècle civilis. franc. S

66 UN DEMI-SliciE DE CIVILISATION FRANÇAISE.

nlu'^1>l;n?r' '' ^'■'"'^' P" '"""^ conséquences, tiennent à plus d une cause : aux souvenirs d'autrefois et aussi à une étrange ogomaci,ie. Notre langue n'a pas de termes pour dT tmguer les diverses manières par lesquelles s'exerce l'action d une métropole sur un pays soumis. Elle les désigne toutes indistinc ement par le mot : colonisation. Et elle appeUe eolon,es tous les pays d'outre-mer sur lesquels cette S pôle a étendu son pouvoir. Or, il n'est pas de langage plus inexact. Une colonie est, sous un climat salubre, un pays neuf, en principe vide d'habitants ou peuplé seu ement de quelques tribus rares et grossières, que viennent occuper et organiser, selon leurs mœurs et méthodes, les enfants d'un

depuis'Ts',T -T- "r'"f •• "^ P'^P'-'^' "'^ "°^ acquisitions depuis 1870 étaient situées sous les Tropiques ou à leur

voisinage: elles étaient peuplées, quelques-unes débordaitnï

men^tTs Tk' '' ''"'' '""''"""'^ "'^'^'^°' P^^ "écesl^ re ment des barbares, mais parfois les représentants de belles et anciennes civilisations qui, même décadentes, dominaient eneore leur vie publique et privée. Ces acquisitions, nous les désignions, cependant, toutes par le nom générique de colonies. Aucune différence dans les termes ne nous mcLu sur la voie d'une différence nécessaire dans l'administrtion Enfin, autre cause d'erreur - la nation française a toujours e e dominée par un irrésistible besoin d'uniformité et de logique. Pour tous les Français, une même religion; pour tous les collèges, un même programme; pour toutes les provinces, une même organisation Ce qui en France, convient à l'Aquitaine doit convenir à la Flandre t.V^ Bretagne. Ce qui, dans le monde, convient à la France doit convenir à toutes ses colonies. De cela les exemples abondent. Quand, par hasard, ce n'est pas l'arg^! ment d uniformité qui décide le législateur et l'administrateur, c est l'argument de logique. « Mais, messieurs, si vous êtes logiques... > a, dans le Parlement et les Commissions pesé d'un poids décisif, pour en entraîner les membresaux conclusions les plus imprudentes.

Pour toutes ces raisons, la France et ceux qui la gouvernent, eurent les yeux longtemps fermés sur tout ce que leur nouveau domaine colonial exigeait de solutions nou-

l'effort colonial. 67

velles et variées. Le vrai problème qui se posait, ils ne l'entrevoyaient pas. Ce n'était plus : « Comment coloniser des pays neufs » ; mais « comment administrer les peuples conquis ». Problème infiniment compliqué et délicat.

Et, comme s'il ne l'était pas assez, nous allions pour d'autres causes, inhérentes à nos mœurs, le compliquer encore davantage. Dans cet empire colonial sporadique et bigarré, où il était manifeste que, pour des raisons physiologiques, les blancs ne pouvaient, sauf exceptions, ni fonder une race, ni s'enrichir par le travail de leur corps, mais ne devaient avoir d'autre rôle que celui du cerveau qui dirige les muscles d'autrui, il existait des régions, comme notre Afrique du Nord, où, grâce à la mer ou à l'altitude, les gens de notre sang peuvent vivre, travailler, se reproduire. Ces régions étaient habitées par des peuples, Arabes, Berbères, possesseurs immémoriaux de la terre, que les traités et l'honneur nous interdisaient de leur ôter. Adonnés surtout à l'industrie pastorale, ces peuples, clairsemés, avaient laissé inoccupées de vastes étendues de terre fertile, dont les bons agriculteurs que sont les Français tireraient le meilleur parti. Cela se savait. Les générations de soldats qui, sous trois régimes, de 1830 à 1880, avaient parcouru l'Afrique du Nord, avaient rapporté au pays le souvenir de ces espaces inutilisés. Le petit bourgeois français et même notre paysan voyaient là un eldorado. Ils ne pouvaient pas supporter que le sang de nos soldats eût conquis des terres cultivables dont nos cultivateurs n'auraient pas leur part. Les terres occupées aux Arabes, le reste aux Français, était une devise que beaucoup jugeait modérée à l'excès. Elle conduisait tout droit à coloniser. Cela semblait tout naturel. Cela était infiniment dangereux.

Le colon, qui a quitté, pour s'enrichir, une patrie délicieuse (comme est la France), est par définition, quels que soient sa race et son degré de culture, avide de richesses; parfois même, dépourvu de scrupules. La terre de l'indigène, il la convoite; le travail de l'indigène, il en a besoin. De là, à exproprier l'indigène et à le domestiquer, il n'y a qu'un pas. L'administration est là pour l'en empêcher; mais alors elle voit sa tâche doublée. Le problème d'admi-

nistrer des peuples conquis se complique du problème de contenir des colons, de faire vivre en paix deux races et de les conduire toutes deux, par des voies paisibles, à la prospérité. C'est quasiment insoluble. Les deux nations à qui la continuité dans l'effort colonial a conféré la maîtrise en la matière, les Anglais et les Hollandais, le savaient si bien qu'elles ont longtemps essayé d'empêcher ou de retarder la venue de leurs nationaux dans leurs provinces d'outre-mer. Jusqu'en 1832, la Compagnie des Indes interdisait, sans une permission rarement accordée, l'entrée sur son domaine même des citoyens britanniques. Encore aujourd'hui, le gouvernement de l'Inde n'y autorise presque aucune entreprise de colonisation. Dans cet immense empire, vaste comme l'Europe de Moscou à Gibraltar, peuplé de 325 millions d'habitants, on ne compte que 150000 Anglais, hommes, femmes, enfants, soldats (75 000), fonctionnaires, marchands : les agriculteurs y sont des unités. Dans les Provinces-Unies, baignées par le Gange fertilisant, qui renferment 50 millions d'âmes, vous ne trouveriez pas un seul colon même d'origine britannique. C'est à peine si dans deux ou trois districts on a autorisé les Anglais à planter du thé et du jute. Ces prohibitions sont acceptées par le peuple conquérant. A ce prix, l'Angleterre a acheté le loisir de se consacrer entièrement à l'administration de ses sujets indiens. Elle se paie de ses soins par le commerce et le prestige accrus.

Nous, Français, en Afrique du Nord, nous avons, sur un territoire qui contient 10 millions d'indigènes, Arabes et Berbères, laissé pénétrer, mieux que cela appelé, recruté un million d'Européens, dont 600000 Français. Beaucoup sont dans les villes; mais beaucoup sont disséminés dans les campagnes, cultivent des céréales, élèvent du bétail, ont planté de la vigne, des arbres à fruit, des oliviers. Le résultat a été qu'ils sont devenus les maîtres de l'administration et du pays, et qu'ils n'ont pas laissé aux indigènes toute la place ni assuré tous les égards qu'il eût convenu. On peut s'étonner que cette conduite n'ait pas excité la rébellion. Nous en dirons plus loin la cause. Après la paix, tout ceci sera à reviser et à réajuster.

l'effort colonial. 69

Il est rare qu'un système n'ait que des vices. Ceux du nôtre confessés, disons ses avantages. Il en a d'admirables. J'ai, dans une note précédente, cité quelques chiffres qui rendent compte des progrès matériels réalisés. Ils pourraient être plus brillants. Nous nous en contentons, non par une satisfaction vaniteuse, mais parce que tout progrès est lent, et que ceux-ci, représentés comme l'aboutissement d'une période de cinquante années, sont le fait surtout des dix dernières. Désormais les erreurs de méthode sont reconnues, les institutions et les lois s'améliorent*; l'avenir nous

sourit.

Quant aux résultats d'ordre moral, ils ont dépassé ce qu'il était raisonnable d'espérer. Il serait trop long de les exposer en détail. Un fait les résume tous. Nos lois n'étaient pas suffisamment accommodées aux mœurs de nos sujets; nos fonctionnaires n'étaient pas toujours impartiaux; nos colons avaient, à l'occasion, la langue maligne et la main rude; malgré cela, — qui, de jour en jour, disparaît ou s'atténue, — nos sujets, au cours de cette guerre, résistant aux innombrables tentatives de les détacher de nous et de les tourner contre nous, ont montré une fidélité à toute épreuve, et, mieux que cette fidélité qui pourrait n'être que de la crainte ou de la discipline, une véritable sympathie. N03 Africains du Nord et de l'Ouest, et, parmi eux, les Marocains soumis d'hier, ont combattu avec nous, faisant notre admiration et la terreur de nos ennemis. Celles de ces races soumises à qui nous n'avons pas demandé le secours de leurs armes ont protesté près des autorités locales. Nos Indo-Chinois ont fourni à nos usines militaires une main-d'œuvre subtile et attentive, et à nos œuvres d'importants secours en argent. L'union entre eux tous et nous s'est montrée résistante.

D'où vient cela? De ce que ces peuples, guidés par les plus éclairés d'entre leurs compatriotes, ont compris qu'il ne leur serait plus, au train actuel des choses, permis désor-

I. Pour ce qui est des lois, la faute, impardonnable, d'avoir transporté aux colonies des textes faits pour la métropole, est déjà en partie réparée. Depuis quelques années, en Tunisie, depuis moins encore, au Maroc, des législateurs autorisés ont fait des lois qui égalent, si elles ne les dépassent, les meilleures des possessions étrangères.

mais de vivre indépendants, selon leurs propres lois, et que, contraints de se soumettre à une domination étrangère, ils préfèrent la nôtre, dont ils connaissent la justice et même la douceur. Un grand administrateur d'Indo-Chine disait récemment que les lettrés ont gardé la mémoire de la bienveillance qu'à un siècle de distance, deux Français de marque, l'évêque d'Adran, Mgr Pineau de Behaigne, et Paul Bert, demeuré cependant si peu de temps parmi eux, ont toujours, en public et en privé, témoignée à la population indigène. Voilà qui compte devant leur esprit. Pour en tirer toutes les conséquences heureuses, nous n'aurons demain qu'à leur faire dans leur pays la place et, dans l'administration de ce pays, la part que mérite cette fidélité et que justifieraient leurs aptitudes.

Mais il y a autre chose que cette vague bienveillance et la sympathie qu'elle a éveillée, et de plus décisif. Notre peuple est, de tous, celui qui a le moins de préjugés de race. Nous ne tenons pas nos sujets à distance; nous nous approchons d'eux; nous leur faisons place parmi nous et jusqu'au foyer. Le domestique arabe ou berbère, dans la ferme d'Algérie et de Tunisie, arrive à se sentir de la famille. Nos agriculteurs du Nord africain les ont associés à leurs travaux et initiés à leurs méthodes. Par leur exemple quotidien, ils ont répandu infiniment plus d'instruction pratique que toutes les écoles techniques et professionnelles des autres pays. Nous avons enseigné à nos auxiliaires indigènes non seulement l'art de traiter les terres et de les cultiver, mais celui de récolter, de serrer les récoltes, d'attendre l'époque opportune des ventes, celui d'économiser et d'accumuler, de constituer avec les bénéfices et les économies le capital; nous leur avons révélé bien des secrets de la science agricole et même du commerce et des placements. Grâce à nous et à nos leçons, beaucoup sont à l'aise; un certain nombre sont riches. Et non seulement en Afrique du Nord, mais le long de l'Atlantique qui baigne notre Afrique Occidentale, et plus encore dans notre Indo-Chine, où les millionnaires ne se comptent plus par unités.

Ainsi commencent à se réaliser les prévisions des par-

l'effort colonial. 71

tisans de la politique coloniale. En dépit des railleries des Allemands, de List notamment et de Bismarck, dans nos diverses colonies et possessions vivent des centaines de mille de Français, heureux et considérés, et, près d'eux et à leur école, des millions d'indigènes, qui les approchent et les imitent, et marchent, derrière eux et déjà à côté d'eux, sur une voie de richesse et de progrès. Ces colonies ne coûtent presque plus rien à la métropole; elles ont accru considérablement nos échanges ; plusieurs seraient de taille, si on le leur permettait, à assurer elles-mêmes leur défense ; et, en attendant, leurs contingents se confondent avec les nôtres pour combattre l'ennemi commun. Nos sujets et nous n'avons vraiment qu'une patrie.

Il y a vingt ans, dans un article célèbre, l'un des plus éminents opposants de la politique coloniale, le duc de Broglie, ancien président du Conseil, écrivait, on l'a souvent rappelé depuis quelques mois : «Je ne demande pas... s'il est résulté pour nous de cette expansion, plutôt de cette enflure de puissance si largement dessinée sur le papier, une force ou une ressource qui puisse suppléer à celles qui nous ont été enlevées (par la guerre de 1870), Ce serait se moquer du monde que de faire une telle question et l'ironie en pareille matière serait inconvenante. Les plus satisfaits ne peuvent prétendre même à prévoir le jour où on pourra tirer de nos possessions nouvelles soit une recrue pour notre armée soit une recette pour notre budget. » Un peu plus près de nous, il y a quinze ans, un des hommes qui ont marqué dans ce pays, chargé de tracer le tableau des progrès de la France au cours du xix' siècle, attachait encore si peu de prix à nos entreprises coloniales que, dans ce tableau même, il ne leur donnait pas de place. La France, certes, ne partageait ni leur dédain ni leur incrédulité. Elle a senti, d'année en année, croître chez elle la confiance en ses colonies, en même temps qu'elle voyait les intérêts s'y développer. Mais jusqu'à hier, elle n'avait pas eu la perception nette de tout ce qu'elles apportent de forces et de prestige à une métropole. Il a fallu pour cela la guerre et ses enseignements et aussi, à une heure solennelle, la parole et l'attitude d'un gouvernement ami.

C'était à Berlin, le 4 août 1914. L'Allemagne, déterminée à attaquer la France et la Russie, s'efforçait toutefois de limiter le nombre de ses ennemis. Sir E. Goschen, ambassadeur d'Angleterre en Allemagne, avait été convoqué à la Wilhelm-Strasse par M. de Bethmann-Hollweg, chancelier de l'Empire. Pour décider l'Angleterre à rester neutre, M. de Bethmann-Hollweg promettait de respecter la France vaincue (il ne doutait pas qu'elle le fût) et de ne rien lui ôter de ses provinces continentales ou même de ses rivages que baignent la mer du Nord et la Manche. Devant ces promesses, sir E. Goschen restait froid. La France continentale, c'était quelque chose. « Mais ses colonies, celles notamment de l'Afrique du Nord, vous engagez-vous aussi à les lui laisser?» M, de Bethmann-Hollweg refusa de s'engager. Sur quoi l'Angleterre refusa de promettre sa neutralité, jugeant qu'il était dangereux de laisser une fois encore affaiblir la France et qu'une France sans colonies cesserait d'être une grande puissance. C'était l'opinion que, vingt-cinq ans plus tôt, Jules Ferry avait formulée devant un Parlement incrédule. L'étranger nous la renvoyait, plus imposante. Elle répond de façon victorieuse à tous les critiques de la politique coloniale ; elle réconforte ses partisans et rassure la France et ses amis sur l'opportunité et l'efficacité de lointaines entreprises conçues dans le doute et poursuivies, pendant cinquante années, à travers tant d'obstacles, avec une obstination confiante*.

I. Si la place ne m'avait fait défaut, j'aurais ajouté ici quelques pages, pour dresser le bilan de ce que devra être l'œuvre dos années qui vont suivre : réformes administratives, réformes de la politique indigène, progrès dans les méthodes agricoles.

PAR

Page 1