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CHIMIE BIOLOGIQUE

La chimie intervient aujourd'hui pour une forte part dans l'explication des phénomènes de la vie des végétaux et des animaux. Elle s'y rencontre avec toutes les sciences naturelles. Ce serait donc sortir du sujet de cette notice que d'y trop insister. Il convient cependant de donner un aperçu de quelques progrès les plus importants réalisés depuis un demi-siècle.

Pour les végétaux^ l'une des questions les plus discutées était celle de l'assimilation de l'azote, emprunté directement ou indirectement à l'air atmosphérique. Ce problème semble aujourd'hui à peu près résolu, grâce à un ensemble d'expériences successives, dues à MM. Armand Gautier etDrouin, Berthelot, Hellriegel et Wilfahrt, Schlœsing père et surtout à MM. Schlœsing fils et Laurent, avec des analyses de gaz très précises. La conclusion est que l'azote gazeux de l'atmosphère peut être fixé : par des microbes se trouvant dans le sol arable; par des microbes installés dans les racines des légumineuses, d'où leur rôle bien connu de plantes améliorantes ; enfin par quelques végétaux inférieurs, notamment par certaines algues. Ces découvertes, dues surtout à des savants français, ont des relations étroites avec les données fournies par Pasteur pour les microbes. Elles sont également corrélatives des expériences mémorables de MM. Schlœsing et Miintz qui ont établi définitivement la théorie de la nitrification (1877) en la rattachant à un microbe spécial isolé peu après.

On doit, à côté de ces recherches, mentionner celles qui concernent la « migration i> des hydrates de carbone dans la vie des végétaux et le mode d'utilisation des corps miné-

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raux dans leur nutrition. A ces travaux, après ceux de Boussingault, s'attachent particulièrement en France les noms de Dehérain, Aimé Girard, H. Le Play. M. Maquenne, M. Schlœsing fils, M. Mazé, M. Lindet, M. André.

L'influence catalytique du manganèse dans la végétation semble résulter des expériences de M. Gabriel Bertrand : les composés de ce métal seraient de vrais ferments minéraux et serviraient de « porteurs d'oxygène ».

Pour les animaux^ la chimie biologique a été singulièrement éclaircie par les expériences de Claude Bernard, surtout par celles qui ont établi l'existence du glycogène : le foie, grâce à cette sorte de matière sucrée, est comme le grenier d'abondance de l'organisme et peut servir d'intermédiaire entre la digestion et la nutrition proprement dite.

Le rôle des ferments solubles dans l'organisme a été bien déterminé pour beaucoup de cas : on leur attribue de plus en plus d'importance : on sent que c'est grâce à leur action catalytique que beaucoup de réactions chimiques peuvent se produire dans l'organisme à basse température.

Il semble essentiel de signaler l'ensemble des recherches relatives à la production de l'énergie dans l'organisme et à la chaleur animale. Elles sont basées sur le principe de l'équivalence entre la chaleur et le travail mécanique. Des savants d'Allemagne et d'Amérique (M. Atwater notamment) y ont une part très notable. Mais en France, sans remonter jusqu'à Dulong, les noms de Hirn, M. Chauveau, Berthelot, M. Armand Gautier, M. d'Arsonval, MM. Richet et Hanriot, M. Miintz, s'y trouvent attachés par leurs belles recherches. Elles ont déterminé la valeur nutritive des différents aliments en tenant compte, non seulement de leur nature chimique, mais surtout de la quantité de chaleur dégagée par leur transformation chimique. De là sont résultées des idées précises sur la quantité d'énergie nécessaire à l'entretien de la vie et au travail physique : on est même arrivé à une théorie de « l'alimentation ratioixnelle », popularisée par MM. les docteurs Landouzy et Marcel Labbé.

Il ne faudrait pas conclure de tous ces progrès scienti-

fiques de la chimie biologique qu'ils nous amènent au matérialisme brutal prêché à Leipzig dans leurs « sermons du dimanche » (Sonntags-Predigten) par M. Oswald et M. Haeckel, deux des signataires les plus en vue de l'adresse des 93 intellectuels allemands. M. Armand Gautier, le savant le plus autorisé aujourd'hui pour ces questions, conclut son traité de chimie biologique de la manière suivante : « La vie, c'est l'état de fonctionnement des agrégats organisés qui empruntent toute leur énergie au monde extérieur... et la font concorder vers un but commun.... Mais à ces manifestations viennent s'ajouter chez les animaux supérieurs ce que Spinoza appelait la « vue intérieure », c'est-à-dire ce sens intime qui nous donne la connaissance des impressions reçues, de leur forme, de l'ordre de leur succession, et l'aptitude à en voir les rapports, quelquefois les causes et l'enchaînement, phénomène mystérieux de la conscience et de la pensée qui échappent à la fois à l'expérimentation et à la mesure et qui font partie du domaine de la métaphysique. »

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