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CE QUE LA FRANCE A FAIT EN. ECONOMIE POLITIQUE

Depuis le xviii" siècle, l'œuvre de la France en économie politique a été incessante. La grande école des physiocrates, qui florissait il y a cent cinquante ans, a été la mère de l'économie politique moderne. Des hommes comme Quesnay, Gournay, Turgot ont proclamé les principes de cette science en même temps qu'Adam Smith le faisait en Angleterre. Si leur théorie que le sol constitue la seule richesse peut être considérée comme excessive, il n'en est pas moins vrai que tous les biens viennent de la terre. Des transformations successives créent de nouvelles valeurs : mais, en dernière analyse, c'est du sol que tout procède.

Dans les temps plus récents, l'économie politique a été brillamment représentée par Jean-Baptiste Say, Frédéric Bastiat, Michel Chevalier, Blanqui, Rossi, Levasseur, de Foville, pour ne parler que des morts, et par une pléiade de contemporains. Ils sont restés fidèles aux idées des physiocrates en ce qui concerne le libre-échange et la liberté humaine : ils pensent que tout homme a le droit de travailler comme il l'entend, de vendre et d'acheter à sa guise les produits qu'il fabrique et ceux dont il a besoin.

Jean-Baptiste Say a fixé les frontières de la science. Son traité a été reproduit dans presque toutes les langues européennes; il a classé dans un ordre logique les faits ayant rapport à l'Économique et a apporté sur ce domaine une précision qu'on ne connaissait pas avant lui. Il considèrç les nations comme des entités vivantes; elles ne durent qu'autant que les diverses parties en sont agissantes, de môme que le corps humain n'existe que grâce à la vie de chacun de ses organes. L'économie politique, qui nous

apprend à remonter des faits aux causes, exerce une influence sur les qualités morales d'un peuple aussi bien que sur ses institutions, La civilisation, qui multiplie nos besoins, nous donne en même temps les moyens de les satisfaire. La théorie des débouchés, démontrant qu'il n'y a pas d'antagonisme entre l'intérêt individuel et celui de la nation, lui paraît de nature à répandre dans le monde des semences de concorde et de paix qui croîtront avec le temps. Espérons que, lorsque le xx^ siècle sera plus avancé, la prédiction de Jean-Baptiste Say se réalisera.

Le comte Mollien, qui vécut près d'un siècle, eut un rôle particulièrement brillant sous le règne de Napoléon I". Il fut le modèle des grands administrateurs dont la lignée s'est perpétuée en France. Il peut être considéré comme le maître d'hommes tels que Thiers, Magne, Léon Say, qui ont été d'éminents ministres des Finances et les gardiens vigilants de la richesse publique. Thiers et Léon Say ont appliqué leurs théories économiques lorsqu'ils furent au pouvoir. Tous deux étaient des adversaires déterminés du papier-monnaie, tous deux insistèrent pour qu'après la guerre de 1870 le Trésor remboursât rapidement à la Banque de France les sommes qu'il lui avait empruntées. Les principes financiers de Thiers étaient ceux du Grand Napoléon, dont il écrivit l'histoire. Il était un partisan résolu des finances saines, du protectionnisme, de la politique conservatrice. Son étude sur la propriété, publiée à l'époque de la Révolution de 1848, est un des plaidoyers les plus éloquents qui ait jamais été écrit en faveur des droits de l'individu. Ses discours sur les budgets, les impôts, les tarifs douaniers sont des modèles. On peut ne pas partager ses vues, mais on ne saurait s'empêcher d'admirer la merveilleuse clarté de ses exposés. En dépit de la célèbre boutade qu'il lança un jour à l'adresse de l'économie politique, on doit le considérer comme un économiste et surtout comme l'un des meilleurs financiers du siècle dernier.

Léon Say a laissé un Dictionnaire d'économie politique. Traducteur du Traité des changes étrangers de Goschen, il écrivit pour cet ouvrage une préface qui, avec le rapport

présenté par lui au Parlement sur le paiement de l'indemnité de guerre allemande, sont de petits chefs-d'œuvre : c'est là qu'il montra comment la vente des fonds étrangers possédés par les capitalistes français a empêché la hausse des changes en 1871 et comment le produit de cette vente leur a permis de souscrire des rentes nationales et de fournir au Trésor toutes les sommes dont il a eu besoin à cette époque historique.

Wolowski est également l'un de ccb économistes qui ont pris une part importante à la vie publique. Il a contribué à la fondation du Crédit Foncier de France, qui a rendu populaire le système d'amortissement des hypothèques au moyen d'annuités : à la fin de la période fixée, qu'elle soit de 40, 50 ou 75 ans, le débiteur a libéré son immeuble de toute charge par les paiements annuels qu'il a effectués entre les mains du Crédit Foncier, et qui comprenaient chaque fois le paiement de l'intérêt échu et le remboursement d'une fraction du capital.

Frédéric Bastiat, malgré la brièveté de sa vie (il mourut âgé de 49 ans) produisit quelques-unes des œuvres les plus remarquables du siècle. Après avoir lutté avec succès contre le socialisme et le protectionnisme, il écrivit son livre des Harmonies économiques^ dans lequel il montre que l'équilibre des forces individuelles est le résultat de leur propre pondération et non celui d'organisations artificielles.

Michel Chevalier, qui mourut en 1879, fut à la fois écrivain, professeur et homme d'action. Il appartenait à l'école célèbre de Saint-Simon. L'œuvre à laquelle son nom est resté attaché est celle des traités de commerce, que la France signa en 1860 avec l'Angleterre et ensuite avec un grand nombre d'autres pays : le régime ainsi créé ôonstituait un progrès considérable dans la voie de la liberté des échanges. Avec l'appui de l'empereur Napoléon III, il réussit à détrôner le système des tarifs protectionnistes ou prohibitifs qui avait été en vigueur pendant de longues années en France et dans le reste de l'Europe. Il fit beaucoup pour les ouvriers; son livre sur l'organisation du travail et la question des travailleurs résume les réformes accomplies dans ce sens. Son introduction au rapport du Jury international

à l'Exposition de 1867 forme un tableau magistral de la situation de l'industrie à cette époque.

^ Blanqui fut le premier rédacteur en chef du Journal des Economistes et Joseph Gamier le premier secrétaire perpétuel de la Société d' Économie politique de Paris. Cette société mérite d'être signalée ici : fondée en 1842, elle a compté parmi ses membres tous les économistes marquants du pays. La liste de ses présidents et vice-présidents est celle des hommes qui ont le plus fait pour cette science. Beaucoup d'économistes étrangers de valeur ont été et sont encore ses correspondants ; elle a toujours lutté pour la défense des principes libéraux, le libre-échange, la saine monnaie, la plus grande liberté laissée à l'eifort humain, à la science, au mérite individuel, au travail et à l'intelligence.

Auguste Comte, qui, après avoir posé les principes du positivisme, mourut en 1857, s'est survécu dans les personnes de ses disciples Pierre Laffitte et Littré. Ce dernier est l'auteur du Dictionnaire de la Langue française, livre classique considéré comme la première autorité en matière linguistique après le Dictionnaire de l'Académie Française. Comte divisait l'histoire de l'humanité en trois phases : théologie, métaphysique, positivisme; il faisait reposer ce dernier sur la biologie. Il considérait que le savoir humain embrasse six sciences principales, dont l'ensemble forme la philosophie. Sa thèse favorite était que les progrès de la science et de la philosophie, après que le monde aura traversé les trois phases de la politique, conquérante, défensive et pacifique, amélioreront l'humanité. Le système des sciences mathématiques, physiques et naturelles développé dans son Cours de philosophie positive, est peut-être le tableau le plus complet de l'avancement des sciences dressé depuis Aristote et Bacon. Comte insistait sur les attaches qui relient entre elles les diverses parties de la science humaine, depuis l'astronomie jusqu'à la biologie. Il a émis des vues particulièrement originales en matière de mathématiques et de mécanique.

Le Play a été l'un des fondateurs de la science moderne qui porte le nom d'économie sociale. Ingénieur de grand renom, il fut mis à la tête de l'Exposition internationale de

Paris de 1867, qui n'a pas cessé d'être considérée comme le type de ce que doit être une entreprise de ce genre. Il avait beaucoup voyagé et s'était préoccupé d'entrer en contact avec les familles attachées au sol et dont l'organisation lui semblait de nature à assurer le bonheur des hommes. Son livre les Ouvriers des deux mondes contient une série d'études de ce qu'il appelle les familles-souches, qu'il propose comme modèles à l'humanité. Ce système de monographie sociale a eu d'importants résultats. Le Play est le fondateur d'une école qui poursuit l'œuvre de la Réforme sociale en s'inspirant de ses préceptes.

Molinari, quoique né en Belgique, doit être compté parmi les économistes français : il vécut à Paris, fut le collaborateur assidu ÔM Journal des Débats, rédacteur en chef an Journal des Économistes et a écrit un grand nombre de livres, dans lesquels il s'est montré partisan déterminé du libre-échange et de toutes les libertés. Il n'a pas cessé de croire à la vertu de l'initiative humaine et, jusqu'à son dernier jour (il mourut nonagénaire), il défendit énergiquement les opinions libérales.

Levasseur a été l'un des économistes les plus féconds des temps modernes; son activité s'étendait à de multiples domaines : géographie, démographie, statistique, économie politique. Son livre sur la population de la France est classique. A de fréquentes reprises, il fit un rapport sur la population du globe à l'Institut international de statistique, dont il a été pendant de longues années vice-président. A la session de 1911, qui se tint à la Haye, peu de temps après sa mort, son portrait, entouré d'un crêpe, fut placé sur l'estrade, et le Prince Consort des Pays-Bas vint s'incliner devant cette image, y déposer des palmes et, rendre en termes éloquents, au maître disparu l'hommage qu'il méritait. Levasseur considérait l'économique comme une science physicomorale, il acceptait la définition de la « science de la richesse » : il ajoutait qu'elle étudie les lois selon lesquelles les hommes produisent et consomment la richesse tout en échangeant leurs services. Pour lui, l'économique est une science expérimentale, qui s'occupe de phénomènes internes et externes : les premiers sont d'un caractère psychologique

et comprennent les désirs, les besoins, les mobiles personnels de nos actes économiques; les derniers consistent dans la puissance de production, les ressources naturelles, les faits relatifs à la production, la distribution, la circulation et la consommation des richesses, les rapports qui naissent entre les hommes par le travail et l'échange. Levasseur n'acceptait pas les théories des écrivains qui, comme List, prétendent qu'il y a une économie humaine, une économie nationale, une économie individuelle : il n'y a pas plus d'économie nationale, disait-il, qu'il n'y a de chimie ou d'astronomie nationales : il n'y a qu'une science économique.

DeFoville, en même temps qu'économiste, était un mathématicien et un écrivain élégant. Lui aussi jouissait d'une grande réputation auprès de ses collègues étrangers, qui l'appelèrent à la vice-présidence de l'Institut international après la mort de Levasseur, auquel il ne survécut que deux ans. Son nom reste attaché à la méthode de l'annuité successorale, qui a été exposée plus haut. Il fut un maître en matière monétaire : pendant longtemps directeur de l'administration des monnaies et médailles, il écrivit un volume, intitulé la Mmmaie, qui est consacré à l'étude de cet élément si important de l'activité humaine depuis les origines de notre civilisation. II s'appliqua aussi au problème des transports; il insistait sur les conséquences profondes des transformations qui, dans les temps modernes, ont rapproché les unes des autres les parties les plus éloignées du globe. Comme Levasseur, il fut un démographe, "particulièrement préoccupé des problèmes qui se rapportent à la population française. II poursuivit des recherches sur les origines et le développement des villes, qui se sont agrandies d'une façon si rapide au cours des temps modernes.

Paul Leroy-Beaulieu est peut-être la figure qui donne la meilleure idée du caractère de l'économie politique française moderne. Ses œuvres sont un heureux mélange de théorie et de pratique, grâce auquel ses traités de la science des finances et d'économie politique demeureront des livres classiques. II a expliqué comment il a étudié la vie réelle, se mettant en contact avec le monde des affaires, devenant

Demi-siècle civilis. franc. j^

cultivateur, colon, conversant avec des financiers, de petits capitalistes, des négociants, des ouvriers, s' efforçant d'aller à la source des problèmes et les expliquant ensuite d'une façon claire, simple, attrayante. Disciple d'Adam Smith, il considère que l'économie politique est une science descriptive, tenant à la fois de l'histoire naturelle et de celle de l'humanité ; il lui assigne deux devoirs : étudier le passé et l'état présent des sociétés humaines. Jamais ces sociétés n'ont été plus intéressantes qu'aujourd'hui, où les points de contact deviennent de plus en plus nombreux entre nations qui se trouvent à tous les degrés de la civilisation.

Longue est la liste des économistes français contemporains qui ne cessent de produire des travaux remarquables. Presque tous sont professeurs dans les facultés de droit ou à l'École des sciences politiques. Celle-ci a compté et compte dans son corps enseignant nombre des maîtres de la science économique. Fondée au lendemain de la guerre de 1870 par Boutmy, l'éminent moraliste, Taine, le marquis de Champlouis, dirigée successivement par Boutmy, Anatole Leroy-Beaulieu et Eugène d'Eichthal, l'auteur de Souveraineté du peuple et Gouvernement, à' Alexis de Tocqueville et la Démocratie libérale, de Socialisme et problèmes sociaux, de Socialisme, communisme et collectivisme, elle a joué un rôle important dans le développement de la science économique. Elle a formé des générations d'hommes qui, dans l'inspection des finances, à la Cour des comptes, au Conseil d'État, dans la diplomatie et la haute administration métropolitaine et coloniale, sont restés fidèles aux grands principes français. Des étudiants étrangers viennent, tous les ans, s'asseoir sur les bancs de la rue Saint- Guillaume, d'où ils emportent dans leur pays le souvenir inoubliable des leçons qu'ils ont reçues. Parmi les maîtres qui depuis quarante ans ont occupé ou occupent encore les chaires de cette Ecole, nous citerons René Stourm, dont les livres sur le budget et les systèmes généraux d'impôt sont des modèles; Arnauné, auteur de la Monnaie, le crédit et le change, l'un des meilleurs traités parus sur la matière ; Raphaël-Georges Lévy, auteur de Banques d'émission et Trésors publics, des Mélanges financiers, du Péril finan-

FINANXE, COMMERCE, TRANSPORTS. 243

cier\ Colson, conseiller d'État, auteur d'un Traité d'économie politique qui présente un heureux mélange de précision scientifique et d'expérience pratique; Beauregard, député de Paris, dont la voix éloquente s'est si souvent fait entendre au Parlement, auteur des Éléments d'écono^nie politique, qui résument son brillant enseignement; André Liesse, également professeur au Conserv^atoire des arts et métiers, qui a publié la Statistique, la Question sociale, Vauban économiste et une étude sur le Travail puissamment analysée au point de vue scientifique, industriel et commercial.

Les Facultés de droit ont fait, de leur côté, une place grandissante à l'enseignement de l'économie politique. M. Cauwès a publié un cours dans lequel il se prononce nettement en faveur de rinter\'entionnisme et du protectionnisme, se séparant ainsi de la majorité de ses collègues. L'un des écrivains qui ont contribué à faire connaître au dehors la science française est M. Charles Gide. Ses Principes d'Economie politique ont été traduits dans presque toutes les langues européennes. A côté de lui enseignent ou ont enseigné Raoul Jay, le fondateur de l'Association internationale des Travailleurs ; Bourguin, mort jeune, qui s'était occupé des lois ouvrières et avait écrit les Systèmes socialistes et V Evolution économique ',Y'û\e\r et Turgeon, qui ont fourni des travaux remarquables à la Revue d^conontie politique, organe principal des professeurs des Facultés. Les principaux livres de Villey sont Du rôle de VÉtat dam V ordre économique, le Socialisme contemporain. Turgeon a écrit un ouvrage sur le Féminisme français; Jourdan, mort en 1891, a été un des premiers à défendre la thèse libérale dans nos Écoles de droit; Femand Faure, qui a laissé une trace brillante au Pariement et dans l'administration des finances, a publié les Éléments de statistique, c'est-à-dire de la science qu'il enseigne avec autorité; Deschamps et Souchon se rattachent à la doctrine libérale : le premier dirige la Revue de l'histoire des doctrines écoftomiques; le second a écrit un livre important sur la Crise de la main-d'œuvre agricole en France-, Truchy s'est consacré aux questions financières : il a fait paraître

un livre sur le Système des impôts directs d'Etat en France ; Perreau a commencé la publication de son cours ; Hitier semble devoir se consacrer à l'Économie rurale ; Rist a collaboré avec Gide à une Histoire des doctrines économiques ; Brocard a étudié la Concentration et Centralisation dans le commerce de Banque ; Allix est l'auteur d'un Traité élémentaire de science et de législation financière ; Brouilhet s'est occupé des trusts et cartells, des assurances ouvrières en Allemagne; Germain Martin a publié des œuvres de valeur sur V Histoire des finances et de l'industrie; Aftalion s'est occupé des Crises périodiques de surproduction et a marqué, dans d'autres travaux, une originalité de vues intéressante ; Nogaro s'est signalé par des études monétaires; Schatz par un livre sur V Individualisme; Dolléans par le Chartisme; Depitre, adjudant d'infanterie, disparu depuis plus d'un an, commençait des travaux pleins de promesses. Dubois a composé un Précis de l'histoire des doctrines économiques.

En dehors des Facultés de droit, nous citerons des écrivains comme Georges Blondel, connu par ses études sur l'Allemagne. Nous rappellerons des livres tels que ceux d'Henri Michel sur Vidée de l'État; de Durkheim, sur les Règles de la méthode sociologique, de Martin Saint-Léon sur VHistoire des corporations, d'Andler, sur la Civilisation; de Simiand sur le Salaire des ouvriers.

L'Histoire des doctrines économiques a été écrite par Espinas. Beaucoup d'autres travaux devraient être mentionnés : mais ils relèvent plutôt de la science sociale que de l'économique : ce sera notre excuse pour ne pas les

citer ici. ,

En dehors des Écoles officielles, l'enseignement de 1 Economie politique a été donné, dans les Facultés libres, par des hommes tels que Rambaud à Lyon et Béchaux à Lille. Ce dernier a écrit un ouvrage sur \qs Écoles économiques au XX" siècle. Lepelletier, professeur à l'Institut catholique de Paris, est en même temps secrétaire général de la Société d'économie sociale et rédacteur principal de la Réforme sociale, organe de l'école de Le Play. En face de ces conservateurs, parmi lesquels il convient de citer Claudio

Jannet, mort il y a quelques années, après nous avoir laissé, entre autres ouvrages, le Socialisme d'Etat et la Réforme sociale, le Capital, la Spéculation et la Finaiice, nous trouvons les catholiques de gauche, Boissard. Bureau et le P. Antoine, orientés vers rinter\-entionnisme.

Si dans les Facultés de droit la tendance interventionniste et protectionniste, à une certaine époque, a été particulièrement sensible, on peut dire que les représentants des idées libérales y occupent aujourd'hui une large place.

Dans son ensemble, l'école économique française suit une voie opposée à celle de l'étatisme. Des hommes comme Yves Guyot, dont la plume féconde a produit de nombreux exposés d'une doctrine très ferme, Daniel Zolla, qui domine les questions agricoles, Daniel Bellet, qui s'est acquis un légitime renom par ses travaux d'économie industrielle, sont des individualistes résolus.

On a parfois désigné l'école économique française du nom d'orthodoxe. L'épithète n'est pas exacte, elle est vague et n'indique pas sa véritable tendance, qu'on caractériserait plus exactement en l'appelant libérale. C'est en effet à la Hberté humaine que les maîtres de la science française et la plupart de leurs disciples sont restés attachés : tout en reconnaissant la puissance des lois naturelles, ils croient à l'action de l'individu et des groupements d'individus.

Cette doctrine est féconde, parce qu'elle engendre l'effort et que, sans effort, il n'y a pas de progrès. Tous ceux qui ont été réalisés depuis un demi-siècle en France dans le domaine économique procèdent du même principe : agriculteurs, industriels, financiers ont travaillé à mettre en œuvre les ressources qui étaient à leur portée. Les savants qui ont essayé de dégager les lois selon lesquelles ce développement s'est opéré, ont eu en vue l'amélioration morale des hommes aussi bien que celle des conditions matérielles de leur existence. Ils n'ont pas séparé la science sociale de la science économique : à ce double titre nous croyons pouvoir dire qu'ils ont bien mérité de l'humanité.

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