CHARLES RICHET
Il est difficile, pour ne pas dire impossible, de séparer une époque scientifique d'une autre par une date précise : car, sauf de rares exceptions, les découvertes se font par une série continue de progrès, sans qu'on puisse y saisir de fissure définitive.
Il est tout aussi impossible de séparer nettement l'œuvre des savants de tel ou tel pays ; car, d'un pays à tous les autres, sans cesse les travaux s'enchaînent. Par suite de la publicité rapide donnée aux découvertes scientifiques, grandes ou petites, ces découvertes sont, aussitôt, par les savants du monde entier, agrandies, développées, corrigées, commentées, si bien que le rôle scientifique de chaque nation est difficilement déterminable.
Ces réserves étant faites, on peut essayer d'indiquer quelle fut la part des savants français, médecins et biologistes, aux grands progrès réalisés par les sciences médicales et biologiques depuis 1870.
Ces sciences — est-il besoin de le dire? — sont tellement vastes que nous ne pourrons donner ici qu'un résumé élémentaire, et douloureusement incomplet *.
I . Le nombre des travaux de médecine et de biologie est de 50 000
Et d'abord nous séparerons nettement les sciences médicales, et les sciences biologiques (anatomie et physiologie).
En effet, dans les sciences médicales, il s'est fait une révolution profonde, un bouleversement total, une régénération complète. La vieille médecine et la vieille chirurgie ont disparu, pour faire place à une nouvelle médecine et à une nouvelle chirurgie, qui sont, malgré le peu de temps écoulé, très loin de leurs deux aïeules. Au contraire, pour l'anatomie et la physiologie, si de nombreux et réels progrès ont été effectués, rien n'a été bouleversé. La vieille anatomie ne s'est pas modifiée, ou à peine. La vieille physiologie s'est enrichie de très curieuses et instructives expériences ; mais l'édifice ancien est resté intact.
Ce qu'on enseigne aujourd'hui en anatomie, c'est l'anatomie de 1840, de 1860, de 1870, à très peu de nuances près. Ce qu'on enseigne en physiologie, c'est la physiologie de 1870, dont toutes les doctrines fondamentales sont demeurées. Les innombrables expériences, ingénieuses, qui l'ont enrichie, n'ont pas changé les théories générales de cette science.
Mais des théories médicales et chirurgicales de 1870 il ne reste plus rien, absolument rien. La thérapeutique a été rénovée de fond en comble. L'étiologie et l'hygiène d'autrefois n'existaient pas : elles forment maintenant un corps de doctrine homogène, absolument neuf. Il n'y a que la symptomatologie, c'est-à-dire le tableau clinique des phénomènes morbides qui soit restée immuable. Certaines pages d'Hippocrate sont aussi vraies aujourd'hui qu'il y a vingttrois siècles.
Tout de même, malgré les précises et admirables descriptions des vieux auteurs, la médecine et la chirurgie d'avant 1870 comptent à peine.
par an environ; ce qui fait, en quarante-cinq ans, 3930000 mémoires. Comme il y en a sensiblement 30 p. 100 en langue française, nous arrivons au chiffre de 675 000 travaux français. Admettons qu'il y en ait un sur mille ayant quelque valeur (!); c'est encore 675 mémoires ou livres importants. Qiie pouvons-nous, en quelques pages, dire qui ne soit insuffisant?
SCIENCES BIOLOGIQ.UES ET MEDICALES. 35 1