SCIENCES MÉDICO-CHIRURGICALES : PASTEUR ET SON INFLUENCE
Certes, avant Pasteur, même dans des temps très anciens, des penseurs, des observateurs, et même quelques expérimentateurs travaillant isolément, avaient conçu cette idée que les maladies ont pour origine la ûiultiplication de certains germes nocifs. Toutefois il y a un abîme entre le vague énoncé d'une hypothèse, et la démonstration irréfutable d'un fait précis, de sorte qu'on peut, sans injustice pour Spallanzani, Cagnard-Latour, Roy et surtout Davaine, faire remonter à Pasteur cette notion, maintenant banale, que les maladies sont dues à des microrganismes qui se développent dans les corps.
C'est de 1863 à 1869 que Pasteur conçut et réalisa cette mémorable série d'expériences qui constituent une des plus glorieuses conquêtes scientifiques de tout temps et de tout pays. D'abord, en 1863, il démontra que les germes sont répandus partout, dans l'air et à la surface de tous les objets; ensuite il prouva que ces germes peuvent être ensemencés dans des liqueurs stériles, et que là, ils sont capables de pousser, comme les grains de blé dans les sillons. En 1867, il put, grâce à l'initiative éclairée de V. Duruy et de l'empereur Napoléon III, aller à Alais, dans le Gard, étudier les maladies des vers à soie. L'année suivante, il avait démontré victorieusement ce grand fait dominateur : La maladie des vers à soie est due à la pullulation d'un micr organisme.
C'est à la même époque qu'à l'hôpital d'Edimbourg J. Lister, appliquant à la chirurgie les idées de Pasteur, inaugurait l'antisepsie chirurgicale.
C'est aussi à la même époque qu'un médecin militaire français, Villemin, découvrit un des faits les plus importants de la science médicale, à savoir que la tuberculose est une maladie inoculable et contagieuse (1867). Ghauveau, phy-
siologiste français, put, l'année suivante, démontrer avec précision que la tuberculose est contagieuse par voie alimentaire, autrement dit que des viandes tuberculeuses peuvent conférer la maladie.
Ainsi, avant 1870, les bases fondamentales de la médecine et de la chirurgie avaient été établies. Mais elles n'avaient reçu aucune consécration, ni pratique, ni théorique. On n'y croyait pas. Quelque invraisemblable que soit cette proposition, elle est cependant rigoureusement vraie. Ni en chirurgie, ni en médecine, l'origine parasitaire des maladies n'était admise. Les ignorants ignoraient; les médecins niaient, et les savants doutaient.
Le grand effort de la science médicale va donc être (de 1870 jusqu'à 1915, ou plus exactement jusqu'à 1890) de donner toute leur magnifique ampleur à la conception de Pasteur, conception qu'on peut formuler ainsi : La maladie (chirurgicale ou médicale)^ c'est le parasitisme.
Dans tous les pays, des travaux excellents ont été faits, des découvertes intéressantes et fécondes; mais, quel que soit l'intérêt de cette grande œuvre, il n'est pas permis d'oublier que Pasteur en fut l'instigateur. Abjoveprincipium. Toute la science médicale d'aujourd'hui dérive de lui, et de lui seul. De même qu'avant Lavoisier on n'avait rien compris à la physiologie et à la chimie, de même, et plus encore peut-être, avant Pasteur, on n'avait rien compris à la médecine.
Nous ne nierons pas les éclatants mérites des savants éminents, français ou étrangers, qui ont découvert des faits de haute importance, et reconstitué la science médicale. Tout de même, il faudra reconnaître qu'ils sont tous, Français ou étrangers, des élèves de Pasteur. Qu'ils le reconnaissent ou qu'ils le nient, peu importe. S'il n'y avait dans l'histoire de la médecine, qu'un seul nom à citer, ce serait celui de notre grand Pasteur*.
I. Pour se rendre compte de l'immensité de son œuvre, il n'y a qu'à songer aux procédés techniques maintenant employés communément en hygiène, en chirurgie, en médecine. Tous ou à peu près ont été d'abord mis en œuvre par Pasteur. Certes on les a intensivement perfectionnés, multipliés. L'outillage est devenu compliqué et excellent.