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LA LUTTE CONTRE LE MICROBE

LES TOXINES MICROBIENNES. — LA SÉROTHÉRAPIE. — LES VACCINATIONS PAR PRODUITS SOLUBLES. — LE SÉRO-DIA- GNOSTIC. — LA PHAGOCYTOSE. — LES HÉMATOZOAIRES ET LE PALUDISME. — L'ANAPHYLAXIE .

Ce qui domine la pathologie contemporaine, c'est la lutte contre le microbe cause immédiate et efficace de la maladie. Depuis le premier travail de Pasteur sur les vers à soie, il a été démontré que la plupart des maladies, sinon toutes, sont dues à la prolifération d'un microbe pathogène. Mais nous ne pouvons entrer ici dans le détail de toutes les découvertes de microbes spécifiques. Elles sont dues le plus souvent à des médecins allemands qui, employant une technique très parfaite, ont pu mettre en évidence, pour la tuberculose, la morve, la pyohémie, le choléra, la diphtérie, etc., le microbe qui était l'agent actif de la maladie.

Les méthodes de culture varient avec chaque microbe incriminé.

Plus importants sont les travaux sur l'immunité et les toxines microbiennes. Car il ne suffit pas d'avoir décelé par le microscope et les cultures in vitro le microbe offensif, il faut encore connaître ses effets, et, par conséquent en déduire les procédés qui permettront de le combattre.

Une grande découverte a été faite, c'est que les effets du microbe, c'est-à-dire les symptômes de la maladie que provoque ce microbe, sont dus en grande partie, sinon en totalité, aux poisons sécrétés par ce microbe. Ce qui peut être prouvé par ce fait que l'injection du liquide où a vécu un microbe (en déversant ses poisons) est toxique sans qu'il y ait intervention du microbe vivant et pullulant. Cela avait été pressenti par divers auteurs, Salmon en Amérique, Charrin et Bouchard, en France; mais la démonstration irréfutable en fut faite par la belle expérience de Roux et Yersin (1888). Ils montrèrent que tous les symptômes de la diphtérie, jusqu'à la mort même, apparaissent quand on injecte le liquide où a végété le bacille diphtérique, même quand le bacille a été tué par la chaleur ou des agents chimiques. Si décisive que soit cette expérience, n'oublions pas qu'elle était, comme tant d'autres, incluse pour ainsi dire dans l'expérience de Pasteur relative au choléra des poules. Le liquide qui avait servi à la culture de ce microbe après filtration et décantation, ne contenait plus de microbes, et cependant il était toxique.

On comprit alors qu'il y a des toxines microbiennes, c'est-à-dire des substances spéciales à chaque microbe, détenues dans le sang, et que la mort par les microbes est la mort par une intoxication.

De là cette idée fondamentale qui a reçu de multiples et fécondes applications pratiques ; c'est que les vaccinations peuvent être effectuées tantôt par l'injection de liquides de culture, stérilisés après culture, et tantôt par l'injection du sang (ou du sérum) des animaux inoculés et guéris.

Ces deux méthodes — qui sont les grandes conquêtes de la science médicale contemporaine — sont la méthode des

vaccinations préventives (ou thérapeutiques) et la méthode sérothérapique.

Pour suivre l'ordre chronologique, nous parlerons d'abord de la sérothérapie, dont le principe est dû à Héricourt et Charles Richet (1888).

L'expérience faite par eux fut décisive. Même, depuis cette époque qui paraît lointaine, tant la technique a été perfectionnée en d'innombrables détails, et approfondie au point de vue théorique par de belles expérimentations, elle est restée inattaquée et inattaquable. Elle démontrait ceci, que le sang d'un animal infecté, et guéri de cette infection, peut, s'il est injecté à un autre animal soumis à cette même infection, le protéger et le guérir. Deux ans après, Charles Richet faisait la première injection sérothérapique qui ait été pratiquée sur un homme (6 janvier 1891).

On sait que l'expérience de Héricourt et Charles Richet fut, par Behring, reprise pour la diphtérie et le tétanos. Il serait inique d'en nier la portée considérable. Tout de même elle est venue deux ans après nos premiers travaux, et elle ne fait qu'appliquer à deux maladies (humaines) la loi de pathologie générale et de thérapeutique expérimentale que nous avions établie.

La sérothérapie est une médication merveilleuse dans les cas de diphtérie, de tétanos, de méningite cérébro-spinale et de morve. A l'Institut Pasteur, grâce à Roux, la méthode sérothérapique acquit une précision étonnante. L'Institut Pasteur put fournir du sérum antidiphtérique et antitétanique dans des conditions irréprochables de pureté et

d'efficacité.

Nous ne parlerons pas ici des autres sérothérapies; non que d'innombrables travaux n'aient été effectués, non que nous n'ayons le droit de concevoir de fortes espérances sur leur avenir, mais parce que les résultats obtenus ne sont pas encore définitifs. Ni pour la tuberculose, ni pour le choléra, ni pour la fièvre typhoïde, la sérothérapie ne semble très efficace. Elle ne l'est guère que contre la peste et l'envenimation. La sérothérapie contre la peste a été découverte par Yersin (1894). La sérothérapie contre l'intoxication venimerse par Calmette (1895). La sérothé-

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rapie contre les affections cancéreuses a donné des résultats douteux, mais encourageants (Ch. Richet et Héricourt, 1894). En tout cas, même si une nouvelle application de la sérothérapie est découverte, ce ne sera jamais qu'une conséquence de l'expérience fondamentale de 1888.

Les vaccinations par produits solubles ont été étudiées par un très grand nombre d'auteurs, et il est assez difficile de décider quelle est la part fondamentale des uns et des autres. Il paraît cependant que Bouchard et ses élèves, surtout Charrin, ont eu une influence prépondérante pour l'emploi méthodique de cette action, soit immunisante, soit thérapeutique.

Afin de ne pas multiplier outre mesure les citations d'auteurs et les considérations pathologiques, je citerai seulement la vaccination antityphoïdique, et la vaccination anticholérique.

La vaccination antityphoïdique a été pour la première fois démontrée par Ghantemesse et Widal (1883). Certes il y a une notable distance entre leur première expérience, et la vaccination antityphoïdique telle qu'elle se pratique maintenant. Tout de même ce qui importe, c'est la première démonstration, même incomplète. Les progrès d'une technique ne relèvent pas d'une histoire générale de la science '.

Puisque nous parlons de la sérothérapie et des vaccinations antityphiques, il faut indiquer ici une très belle découverte faite par Widal; celle du sérodiagnostic de la fièvre typhoïde. On savait, depuis Charrin et Roger et Metchnikoff, et Griiber, et Durham, que le sérum des animaux immunisés contre un microbe a la curieuse propriété d'agglutiner ces microbes. Widal a pensé à se servir de cette propriété agglutinante pour faire le diagnostic de la fièvre typhoïde. Et en effet, ce n'est pas seulement chez les animaux immunisés, c'est encore chez les malades qu'apparaît l'agglutinine. Ainsi, en prélevant quelques gouttes de sang et en cherchant à voir si ce sérum est agglutinant

I. Mentionnons seulement, comme très importante, la distinction qu Achard a su établir entre la fièvre typhoïde vraie et les fièvres paratyphoïdes.

des bacilles d'Eberth, peut-on faire cliniquement le diagnostic précis, absolument rigoureux, de la fièvre typhoïde.

Dans le domaine des maladies infectieuses une découverte de premier ordre a été faite par Laveran. Il a montré en effet que chez les individus atteints de fièvre intermittente paludéenne les globules rouges du sang contiennent des parasites, qui ne sont pas à proprement parler des microbes (lesquels sont des végétaux), mais des hématozoaires, c'est-à-dire des infusoires vivant dans le sang, et capables de désagréger le globule rouge, par conséquent de produire l'anémie spéciale aux individus atteints de fièvre paludéenne. Laveran supposa que ces hématozoaires des malades atteints de malaria avaient été introduits dans leur sang par la piqûre de certains moustiques. Les expériences et obser\'ations de Ross et des auteurs américains apportèrent la preuve rigoureuse que cette hypothèse était exacte.

Depuis lors on a montré que beaucoup de maladies (la fièvre jaune, la maladie du sommeil, le typhus exanthématique, etc.), sont dues aux piqûres d'insecte. La connaissance de cette étiologie pour un grand nombre de maladies infectieuses a rénové la pathologie, surtout la pathologie exotique. Que l'on réussisse à détruire les moustiques, les mouches, les punaises, les poux, et on supprime quantité de maladies. L'hygiène des pays chauds a donc fait des progrès considérables. En effet, puisqu'on est arrivé à connaître la nature du mal, on en peut trouver le remède; déjà en Amérique on a à peu près fait disparaître la fièvre jaune, en empêchant la prolifération des moustiques.

Enfin ce sont surtout des médecins français qui ont établi qu'il y a, à côté des maladies dues aux microbes (c'est-à-dire à des Bactériacées), il en est qui sont dues à des champignons parasites. Poncet, pour l'actinomycose; Rénon, pour l'aspergillose; Beurmann et Gougerot, pour la sporotrichose.

Ainsi le rôle du parasitisme dans les maladies — c'est-àdire à peu près ce qu'il y a d'essentiel dans la médecine — a été d'abord reconnu par des savants de notre pays ; par Pasteur, pour les bactéries; par Laveran, pour les hématozoaires; par Poncet, pour les champignons.

Si nous nous étendons sur l'histoire des maladies infectieuses, c'est parce que là surtout les progrès de la médecine ont été considérables.

Je mentionnerai pour terminer deux autres découvertes importantes, la phagocytose et l'anaphylaxie.

La phagocytose a été dénommée et découverte par E. Metchnikoflf. Encore que Metchnikoflfsoit d'origine russe, il a, depuis trente ans, travaillé en France, de sorte qu'il peut à bon droit être considéré comme un savant français (il est sous-directeur de l'Institut Pasteur).

Metchnikofï a démontré que les globules blancs du sang peuvent englober, et finalement détruire, les cellules vivantes, bactériennes ou non. Ils se comportent comme les amibes qui se nourrissent de cellules. Donc, dans la défense de l'organisme les leucocytes (ou globules blancs) jouent un rôle essentiel, ils semblent avoir une fonction, qui est de combattre et détruire les microbes. D'admirables expériences (faciles à contrôler par le microscope) établissent ce rôle défenseur des leucocytes. Beaucoup de savants de tous pays ont ensuite enrichi la science de faits très intéressants sur la phagocytose; mais ce sont les expériences de Metchnikoff et de ses élèves qui, sans contestation possible, depuis 1877, date à laquelle Metchnikoff fit seâ premières observations jusqu'à 1915, ont apporté les faits les plus précis et les plus suggestifs.

L'anaphylaxie a été dénommée et découverte par Portier et Charles Richet (1902). C'est un phénomène tout à fait imprévu, qui, au lieu de l'immunisation, consiste en la sensibilisation de l'organisme par une injection antérieure. Sur un animal sensibilisé, une dose de poison, cent fois plus faible que la dose mortelle, peut amener la mort; en tout cas elle entraîne des accidents graves. Ch. Richet a plus tard démontré que dans le système nerveux et dans le sang des animaux anaphylactisés, c'est-à-dire ayant reçu une injection d'une matière albuminoïde, il s'est développé des substances spéciales, particulières à chaque albuminoïde, qui inoffensives en elles-mêmes, deviennent un poison très actif quand elles se trouvent en présence de cette même matière albuminoïde (1907). Arthus, en 1903, avait déjà découvert

que le sérum injecté une seconde fois déchaîne des accidents anaphylactiques, maladie du sérum, et Besredka, en 1907, à l'Institut Pasteur, imagina la méthode antianaphylactique qui permet d'éviter dans le traitement sérothérapique les accidents de l'anaphylaxie.

Comme la phagocytose, l'histoire de l'anaphylaxie est presque exclusivement française.

En résumant ce chapitre bien incomplet, nous voyons que dans le domaine de la pathologie générale les principales découvertes sont d'origine française; l'action des produits solubles microbiens (Pasteur, puis Bouchard etCharrin et Roux et Yersin); les vaccinations par produits solubles (Bouchard et Charrin, Chantemesse et Widal); les hématozoaires du paludisme, et l'infection par les moustiques (Laveran) ; la sérothérapie (Charles Richet et Héricourt) ; la phagocytose (Metchnikoff) ; l'anaphylaxie (Portier et Charles Richet); l'agglutination (Charrin et Roger), et le sérodiagnostic (Widal).

A ces découvertes fondamentales on ne peut comparer en importance que les très belles découvertes de R. Koch sur le microbe de la tuberculose et la tuberculine ; de Behring sur l'antitoxine du tétanos et de la diphtérie.

11 est bien entendu d'ailleurs que ces découvertes, malgré leur valeur déjà considérable au moment même où elles ont été faites, ont été fécondées et agrandies par de multiples travaux dus à la collaboration active des savants de tous pays. Et, pour être juste, il faut reconnaître que les savants allemands, très nombreux, et travaillant avec soin et patience, ont, sur maints points de détail et de technique, apporté des corrections, des applications, des développements de réel intérêt; mais qui, dans une histoire générale de la science, sont relativement secondaires.

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