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CHIRURGIE

Plus peut-être encore pour la chirurgie que pour la médecine, c'est Pasteur qui a tout fait, non pas personnellement et directement, puisqu'il n'a jamais été ni chiruro^ien ni médecin ; mais parce que lés immenses progrès que la chirurgie a réalisés, dérivent de lui.

Ce fut le chirurgien anglais Joseph Lister qui, en 1867, comprit le premier ceci : que, puisqu'il y a des germes partout, ces germes, tombant sur une plaie, l'infectent, empêchent la cicatrisation, produisent du pus, et entraînent la mort par pénétration des microbes offensifs dans le sang.

Mais la doctrine de Pasteur-Lister fut longtemps avant d'être acceptée et reconnue. Ce n'est guère que quinze ans après leurs premiers travaux que la pratique de l'antisepsie devint générale. Tant les idées invétérées sont dures à déraciner! C'est à un jeune chirurgien français, J. Lucas- Championnière que revint la gloire de lutter pour l'antisepsie dès la première heure, et de la faire enfin triompher. Dès 1868, aussi bien dans le domaine de la pratique obstétricale que de la pratique chirurgicale, Lucas-Championnière appliquait le traitement de Lister, c'est-à-dire la désinfection des plaies par le phénol, et il arrivait à réduire la mortalité opératoire dans des proportions considérables.

De toutes parts, en France et à l'étranger, chirurgiens et accoucheurs (ceux-là guidés par L. Le Fort et Tamier), maintenant convaincus que la mort est due à l'infection par des microbes, pratiquaient la chirurgie antiseptique : et la mortalité diminuait toujours; et on pouvait presque sans danger faire les opérations les plus hardies, sur les articulations, sur les viscères péritonéaux, sur le crâne, sur la plèvre. La pyohémie (ou infection purulente), la gangrène, l'érysipèle, le tétanos disparaissaient de la pathologie chirurgicale.

Bientôt, sans qu'on puisse attacher un grand nom à cette œuvre magnifique, mais impersonnelle, l'asepsie succédait à l'antisepsie. Au lieu de détruire les microbes par des agents chimiques versés sur les plaies, on songea à obtenir des plaies sans microbes. L'asepsie succéda à l'antisepsie. Et les avantages de cette thérapeutique nouvelle sont des plus notables. Un antiseptique, si peu caustique qu'il soit, est cependant toujours plus ou moins ofifensif pour toutes les cellules vivantes, autant, et même davantage, pour les tissus que pour les microbes, de sorte qu'il y a intérêt à opérer dans un milieu stérile, sans qu'il y ait nécessité de stériliser la plaie par des agents chimiques. Donc, puisqu'on a éliminé par avance les germes, on n'a pas à répandre sur la plaie des poisons redoutables, comme le phénol, l'iodoforme, les sels de mercure. La plaie opératoire évolue sans parasites, et alors les substances parasiticides (c'est-àdire les antiseptiques) qui sont toxiques et troubleraient la reconstruction normale des tissus vers la cicatrisation et la guérison, ces substances sont devenues inutiles.

Alors on imagina tout cet admirable arsenal de la chirurgie moderne, les autoclaves, l'ouate stérilisée, le catgut stérilisé, les instruments stérilisables, les gants de caoutchouc stérilisés, etc., tous moyens qui permettent au chirurgien d'opérer sans qu'il y ait de microbes pathogènes à craindre.

Mais le principe de l'asepsie dérive fatalement de l'antisepsie. Et quoique la pratique soit différente, la théorie est la même : c'est l'élimination des microbes offensifs, tantôt leur destruction (dans l'antisepsie), tantôt leur suppression (dans l'asepsie).

Et quand nous disons que cette œuvre est impersonnelle, c'est une erreur : elle relève de Pasteur. C'est encore lui; c'est toujours lui. Son nom, uni à celui de Lister, est le plus grand nom de la chirurgie.

A côté de ce triomphe chirurgical, inouï, prodigieux, tous les autres progrès de la chirurgie paraissent accessoires. Car bien évidemment, du moment que le chirurgien pouvait sans danger toucher aux viscères, toute une pratique nouvelle en devint naturellement la consé-

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quence. Il y a maintenant une chirurgie du foie, de l'intestin, de l'estomac, du rein, du pancréas; alors que jadis il était interdit de tenter une opération qui ouvrît le péritoine.

Notons cependant que la thérapeutique chirurgicale a fait un progrès considérable avec les rayons X, découverts par Rontgen, et cela à un double point de vue, d'abord pour le diagnostic ; car avec les rayons X on peut déceler la présence des corps étrangers métalliques, et connaître dans les fractures, luxations, et en général dans toutes les affections osseuses, l'étendue exacte des lésions osseuses; ensuite au point de vue thérapeutique, car les rayons X (et aussi probablement les rayons émanés du radium), peuvent faire disparaître les épithéliomas superficiels, et les tumeurs, malignes ou non, de la peau, au moins au début. Il est difficile d'ailleurs, d'attribuer spécialement à tel ou tel chirurgien de la France ou de l'étranger le mérite d'avoir appliqué les rayons X au diagnostic des fractures, voire au traitement des épithéliomas. L'idée est trop simple pour qu'elle ne soit pas venue spontanément à l'esprit de tous. Elle était la conséquence, immédiate et fatale, de l'admirable découverte de Rontgen. Ajoutons que les méthodes radiographiques ne sont pas moins utiles à la médecine qu'à la chirurgie. Elles ont permis de préciser le siège et l'étendue des lésions viscérales de la tuberculose, de la syphilis et du cancer.

L'anesthésie locale par l'éther que déjà avait recommandée A. Richet en 1854, a été complètement renouvelée et transformée par la grande découverte de Koller sur l'action anesthésique de la cocaïne. P. Reclus a su en régler l'emploi méthodique dans les opérations. S'il n'a pas inventé de toutes pièces ce procédé anesthésique, il a eu le mérite de son application aux petites et même parfois aux grandes opérations chirurgicales. L'anesthésie locale par la cocaïne (et par ses dérivés) rend de très grands services; car elle évite l'emploi du chloroforme ou de l'éther, qui ont toujours de sérieux inconvénients.

En somme, qu'il s'agisse de l'antisepsie, ou de l'asepsie, ou des rayons X, l'incomparable, la grandiose, la sublime

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œuvre chirurgicale de notre époque contemporaine est due à la collaboration de tous les chirurgiens de tous les pays ' .

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