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I. Départements du Nord et du Pas-de-Calais

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centres de Paris et de Rouen, — la proximité des ports de Dunkerque, de Calais et de Boulogne ont dès longtemps rendu prospères les industries sidérurgiques du Nord. En 1867 elles étaient représentées par des usines peu nombreuses mais importantes : Marquise, Outreau, Denam et Anzin, Maubeuge, Hautmont, Aulnoye, Fernère-la-Grande, Fourmies. A cette époque, on exploitait encore sur place des minerais de fer qui alimentaient partiellement les 25 hauts fourneaux en activité, minerais du Boulonnais (Pas-de-Calais) et de la région d'Avesnes (Nord) S mais on importait déjà des minerais de Lorraine, d'Espagne et d'Algérie Tous les hauts fourneaux marchaient au coke, soit avec du coke reçu de Belgique, soit avec du coke fabriqué sur place au moyen de charbons anglais ou indigènes. La production de fonte était, en 1866, de 175000 tonnes, environ le cinquième de la production totale. De nombreux fours à puddler et à réchauffer donnaient des fers bruts et des fers marchands estimés. Seule la fabrication de l'acier s'implanta tardivement : à la fin de 1869 on ne comptait encore aucune cornue Bessemer ni aucun four Martin . En 1876, (au moment où se produisait l'évolution pour les usines du Centre), la production de l'acier commençait à intervenir dans la région du Nord qui, par ailleurs, se classait au second rang, après la Meurthe-et-Moselle, pour la fabrication de la fonte (206000 tonnes), et au premier rang, avec une situation tout à fait prépondérante, pour celle du fer (197 000 tonnes, soit près de 25 p. 100 de la production totale). C'est surtout cependant depuis quarante ans que cette région s'est le plus développée.

En 1900, l'étape franchie était considérable, mais ce sont les années suivantes qui ont marqué les progrès les plus rapides. La production de fonte, de 413 000 tonnes en 1900, est passée à 577000 tonnes en 1910 et à 933000 tonnes en 191 3- Pour ces mêmes années, la production de l'acier en lingots a atteint 321000, 792000, et i 094000 tonnes, tandis que celle des aciers ouvrés s'est élevée à 319000,

I. Actuellement toutes les concessions sont abandonnées ou inexploitées.

a. S. Jordan, op. cit., t. I-H.

693 000 et 950000 tonnes. La fabrication du fer et de l'acier soudés, qui a toujours été une des spécialités de la région du Nord, a sans doute diminué, comme partout ailleurs, mais sans perdre le premier rang par rapport aux autres régions : de 290 000 tonnes en 1900, elle s'est abaissée seulement à 195 000 tonnes en i9ioet à 178 000 tonnes en 191 3. Les résultats obtenus en 1913 représentent respectivement pour la fonte, l'acier en lingots, les aciers ouvrés et le métal soudé, 18 p. 100, 23,5 p. 100, 30 p. 100 et 44 p. 100 des productions totales correspondantes.

Les 23 hauts fourneaux en feu au début de la guerre étaient alimentés par des minerais d'origine très diverses. Les minettes lorraines et les carbonates grillés normands constituent le plus gros tonnage ' ; la réception des minerais de Meurthe-et-Moselle se fait dans des conditions avantageuses, au retour des trains envoyés dans l'Est chargés de coke. En dehors de ces minerais de France, on importe par mer des minerais de Bilbao et d'Algérie, des magnétites pures ou phosphoreuses de Suède, des minerais de manganèse des Indes, du Brésil, de Russie et de Grèce. Enfin les lits de fusion comprennent des quantités importantes de scories diverses et de résidus de pyrites '. Ces conditions d'approvisionnement permettent de fabriquer toutes les catégories de fonte : à côté des fontes Thomas qui forment actuellement près des trois quarts de la production, mais dont la fabrication dans la région ne remonte qu'à 1895, on produit encore beaucoup de fontes fines et il ne semble pas que le tonnage de celles-ci soit appelé à diminuer \ Presque tout le coke employé est fait avec des houilles locales; on ne recourt qu'exceptionnellement aux

I. Plusieurs des Sociétés sidérurgiques de la région du Nord possèdent des concessions ou ont des participations dans des mines en Meurthe-et-Moselle; d'autres ont obtenu des concessions dans le bassin de Normandie.

3. L'iivolution de la Sidérurgie Française. Son état actuel et ses perspectives d'avenir dans le district du Nord, par P. Angles d'Auriac, Ingénieur au Corps des Mines à Lille. Bulletin de la Société de l'Industrie Minérale, 1-1912.

3. En 191 3, la production se répartissait ainsi : fonte Thomas, 678000 tonnes; fonte d'aftinage, 96 ooo tonnes ; fonte de moulage, 85000 tonnes; fontes spéciales, 31 000 tonnes.

cokes étrangers. Depuis quelques années on a beaucoup développé l'utilisation directe des gaz épurés des hauts fourneaux, comme celle des gaz des fours à coke, dans des moteurs pour actionner des machines soufflantes ou des groupes électrogènes.

Si la Lorraine est par excellence le pays de l'acier Thomas, le Nord, après avoir été la terre d'élection du fer puddlé et soudé, est devenu surtout celle de l'acier Martin. En effet les 575000 tonnes d'acier Thomas, qu'il a livrées en 1913*, représentent seulement 20 p. 100 de notre production totale, concentrée en petit nombre d'usines dans sept départements, tandis que ses 480 000 tonnes d'acier Martin forment 30 p. 100 d'une fabrication beaucoup plus divisée et répartie entre vingt-six départements. Les aciéries les plus importantes sont celles de Denain et Anzin (qui ont fourni à elles seules, en 191 3, 400 000 tonnes d'acier), du Nord et de l'Est (Trith-Saint-Léger), des Aciéries de France (Isbergues et Calais), delà Providence (Hautmont),de Senelle-Maubeuge. Non seulement ces usines transforment en demi-produits ou en produits finis presque tous les lingots qu'elles coulent, mais elles utilisent un tonnage important de lingots d'autres provenances '. La production devait être considérablement accrue, dans un avenir prochain, par le développement d'installations existantes et par la construction de nouvelles usines, dont la plus puissante, celle de Pont-à-Vendin, est prévue pour une production annuelle de 300 000 tonnes de fonte, transformées sur place en majeure partie.

La répartition du tonnage des aciers ouvrés est une autre caractéristique de la région du Nord. Comme dans l'Est on fabrique des rails, des poutrelles et des profilés, mais ils ne représentent que 23,5 p. 100, au lieu de 59 p. 100, de la production régionale (1913). Au contraire, toutes les autres catégories de produits laminés, à l'exception des blindages, figurent pour une part importante dans la production nationale : 35,5 p. 100 pour les aciers marchands, 38,8 p. 100 pour

1. On produit de plus, au convertisseur Bessemer (acide) 40000 tonnes d'acier, employées entièrement à faire des moulages.

2. 89000 tonnes en 1913. Un certain nombre des Sociétés sidérurgiques du Nord possèdent également des usines en Meurthe-et-Moselle.

les tôles, 53,5 p. loo pour les moulages d'acier et la totalité des tubes. De leur côté, les pièces de forge interviennent pour plus d'un tiers dans l'ensemble de notre production. De plus en plus on cherche à s'orienter vers les produits fins et notamment vers ceux intéressant les chemins de fer, l'automobile et l'artillerie, qui étaient jusqu'ici l'apanage du Centre.

Pendant longtemps on a considéré que la situation la meilleure, pour une usine sidérurgique, est de se trouver à proximité immédiate des mines de fer destinées à l'alimenter : c'est le cas des usines lorraines. Les progrès si rapides des usines du Nord, construites près des houillères dont elles tirent le charbon et le coke, prouvent que l'on ne saurait, en une matière si complexe, fixer de règle a priori. Si, de fait, avec le rendement relativement faible des lits de fusion français, il y a intérêt, pour le prix de revient des matières brutes, à être « sur le minerai », il y a au contraire un certain avantage, pour les opérations de dénaturation, à être « sur le combustible ». D'autre part il ne faut pas perdre de vue les répercussions des questions de main-d'œuvre et d'écoulement des produits fabriqués. En dehors des facteurs généraux que nous avons rappelés, les ressources en maind'œuvre de la région du Nord ont largement contribué à l'extension de ses industries sidérurgiques. Bien que cette main-d'œuvre ait donné lieu à des difficultés assez sérieuses et bien qu'elle soit loin d'être surabondante, elle n'en est pas moins composée d'éléments locaux nombreux et stables, pour lesquels la spécialisation s'ajoute à l'habileté professionnelle. Elle est aussi renforcée d'une manière appréciable par de bons contingents belges.

Avant le grand développement des usines de l'Est et du Nord, la recherche de conditions économiques favorables avait conduit à la création d'établissements sidérurgiques, échelonnés le long de nos côtes au lieu d'être groupés près d'un centre minier, et devant au voisinage de la mer leurs facilités d'approvisionnement et d'exportation. Certains de ces établissements, comme celui du Boucau, situé à l'embouchure de l'Adour, reçoivent toujours par bateaux, sur-

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tout d'Espagne et d'Angleterre, à la fois leur minerai et leur combustible. D'autres, comme les usines d'Isbergues, dans le Pas-de-Calais, ou de Trignac, édifiées à l'embouchure de la Loire, sont aujourd'hui moins tributaires de l'étranger pour leurs matières premières. Depuis quelques années, la construction d'usines littorales a été de nouveau à l'ordre du jour, soit en vue de l'exportation, soit pour la fabrication de produits nécessitant l'emploi de minerais étrangers. Les hauts fourneaux de Caen ont ainsi été prévus pour traiter des minerais de Normandie avec des charbons importés de Westphalie et d'Angleterre et pour exporter une partie de leurs fontes. Les hauts fourneaux de Rouen doivent permettre à un certain nombre de firmes françaises, participant à leur création, de produire sur notre sol des fontes hématites et des fontes spéciales dont elles ont besoin, avec des charbons anglais et des minerais d'Algérie, de Suède et d'Espagne'. D'autres usines sont encore projetées sur les côtes de la région du Nord et l'on peut augurer pour notre « district sidérurgique du littoral » de bonnes perspectives d'avenir.

Pour se former une opinion d'ensemble sur les évolutions de notre sidérurgie, il faudrait aussi rappeler l'activité lointaine de nos provinces de Franche-Comté et de Champagne, qui durent leur notoriété à la fabrication de la fonte et du fer au charbon de bois. Les fers dits de Comté étaient encore considérés, au moment de l'Exposition de 1867, comme les meilleurs fers de notre pays et leur rayon de consommation s'étendait sur toute la France et jusqu'en Angleterre. La Champagne, autrefois l'un des centres principaux de la production du fer en France, était déjà bien déchue à cette époque de son ancienne importance^. Les difficultés de la lutte économique et la centralisation industrielle des grandes usines, marchant à la houille, ne permirent pas le maintien d'un rang séculaire, mais grâce à de fortes traditions certaines branches d'industrie ont pu conserver une vitalité intéressante : nous voyons les départe-

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