I. Iscre, Savoie, Haute-Savoie
soit des chutes d'eau, soit des grandes stations centrales thermiques. La région du Nord, grosse productrice d'électricité, grâce aux gaz de hauts fourneaux et de fours à coke, paraît aussi indiquée pour entreprendre dès maintenant la fabrication de l'acier électrique dans des conditions de prix acceptables. La Société des Hauts Fourneaux de Caen a projeté de son côté de monter deux fours Héroult de cinq tonnes et deux de vingt-cinq tonnes, alimentés en marche liquide par l'aciérie Thomas. Appelée à une extension dont il paraîtrait imprudent de fixer les limites, l'électro-sidérurgie sera sans doute, en raison surtout de notre richesse en grandes forces hydrauliques, un élément de prospérité industrielle particulièrement précieux pour cette France où elle est née et à qui elle doit une très notable part de ses premiers succès.
CONCLUSION
La fabrication de la fonte et de l'acier s'est, comme nous l'avons vu, très vigoureusement développée dans notre pays depuis quinze ans : il ne faut considérer ce progrès que comme une étape. Notre consommation de fonte, qui donne une certaine mesure de notre activité industrielle, a doublé en dix ans; de 2672 000 tonnes en 1903, elle a dépassé 5200000 tonnes en 1913, représentant une consommation par tête d'habitant de 132 kilogrammes (contre 122 kilogrammes en 1912 et 113 en 191 1). C'est un résultat appréciable ; si toutefois nous le comparons à ceux obtenus dans des pays voisins, nous constatons que notre marché intérieur doit être susceptible d'absorber une production de fonte sensiblement plus élevée*.
Notre commerce extérieur de produits sidérurgiques a
I. Comité des Forges de France. Rapport de la Commission de Direction à l'Assemblée Générale du 14 mai 1915.
évolué jusqu'ici entre des limites assez étroites : nous avons eu peu recours à l'importation de produits étrangers, ce qui fut un avantage, mais nous n'avons pas répandu au loin des tonnages élevés de nos propres fabrications. De 1903 à 1913, nos importations de fonte ont oscillé entre 25000 et 68000 tonnes*. Nos importations de fer et d'acier, sous forme de demi-produits et de produits laminés, ont varié de 14000 à 32000 tonnes, de 1903 à 1910, et ont été en moyenne de 56000 tonnes de 191 1 à 1913. On ne saurait, il est vrai, à côté de ces chiffres, négliger ceux relatifs aux matières importées sous le régime de l'admission tempc'aire et réexportées sous forme de produits métallurgiques m inufacturés. Pour la fonte, les admissions temporaires ont progressé de 99000 tonnes en 1903 à 263000 tonnes en 1913 : pour le fer et pour l'acier, elles ont passé de 15000 à 59000 tonnes. Dans leur ensemble ces tonnages représentent une fraction faible de notre production ; nous n'en avons pas moins avantage à les réduire encore notablement, et, bien qu'il s'agisse parfois de certaines qualités spéciales, dont la fabrication est peu importante en France, nous pouvons arriver à produire la plus grande partie des matières en question par nos propres moyens.
Pendant la même période de 1903 à 191 3 nos exportations de fonte ont été en moyenne de 175 000 tonnes par an ; nos exportations de fer et d'acier ont varié entre 230000 et 410 000 tonnes, avec une moyenne de 290 000 tonnes (le chiffre de 410000 tonnes a été atteint en 1913). Pour apprécier sous leur vrai jour ces chiffres d'exportations, il est indispensable de noter que, pendant longtemps, celles-ci ont simplement suivi les fluctuations de notre situation industrielle, ne pouvant, pour des raisons complexes, répondre à un plan arrêté de conquête des marchés étrangers. L'accroissement considérable de notre extraction de minerais de fer, la création d'usines à fonte et d'aciéries à production intensive, l'amélioration des moyens de transport à l'intérieur du pays, nous mettent en mesure désormais de lutter efficacement dans le grand mouvement sidérurgique mondial.
I. Les chiffres relatifs à notre commerce extérieur sont puisés dans les Documents Statistiques des Douanes.
Nous venons de parcourir dans ses plus grandes lignes la marche de nos industries productrices du fer. Les progrès que celles-ci ont réalisés, malgré des circonstances dont souvent elles ne pouvaient pas éviter le contre-coup, sont d'autant plus encourageants que leur état actuel ne saurait être considéré comme une apogée. Nous devons aussi noter que ces progrès ont toujours reposé sur des bases solides ; s'ils sont moins brillants que ceux constatés dans certains pays, ils ont été à la fois plus réguliers et plus continus, et ne se sont pas trouvés aussi durement atteints par certaines crises. « C'est que, suivant la juste parole de M. Angles d'Auriac, dans le domaine de la sidérurgie, comme dans toutes les autres branches de notre activité industrielle, nous avons apporté les qualités précieuses d'ordre et de mesure qui sont la caractéristique du génie français. » D'ailleurs, pour donner une impression plus complète et trouver une large contre-partie à la faiblesse de certains tonnages, il eut été nécessaire de pouvoir également suivre le développement de nos industries minières et de parcourir le vaste cycle de nos industries de constructions mécaniques. Le cadre de cette étude ne nous le permet pas. Nous ne voulons pas cependant la terminer sans faire au moins allusion aux conséquences des découvertes de nos savants et de nos ingénieurs, dans l'art de fabriquer l'acier, pour l'automobile, l'aéroplane et le matériel d'armement, ces trois branches bien françaises de la construction métallurgique, sur lesquelles se concentrent aujourd'hui toutes les énergies. Puisque le sort des combats se ramène souvent, en cette lutte pour le triomphe de la civilisation, à la suprématie de l'artillerie, nous ne devons pas oublier que l'artillerie française avait déjà affirmé sa maîtrise sur l'artillerie allemande dans de nombreux concours à travers le monde et avait fait ses preuves sur les champs de bataille dans les guerres des Balkans, avant de s'imposer à nos ennemis sur les fronts alliés.
Demi-siècle civilis. franc. a6