‹ Un demi-siècle de civilisation françaiseChapitre 94 sur 112 · PAUL STRAUSS · texte numérisé non relu

PAUL STRAUSS

Loin d'être antagonistes, l'assistance publique et la bienfaisance privée doivent être en perpétuel contact et en constant rapprochement. Le baron de Gérando l'a écrit excellemment, il y a de longues années : « Loin de s'exclure, elles s'aident et se suppléent mutuellement. Elles sont même nécessaires l'une à l'autre. »

Un pacte d'alliance offensive et défensive entre les bienfaiteurs publics et les philanthropes privés, contre la misère et tous les maux évitables, est la condition nécessaire du succès. On peut dire qu'en ces dernières années, la nécessité de cette collaboration permanente et confiante est apparue avec une force croissante, à mesure qu'a été mise davantage en pleine lumière la notion moderne du mal physique et moral évitable.

Longtemps la controverse s'est déroulée autour de la forme que doit revêtir la bienfaisance. Les champions du devoir, les défenseurs de la vertu ont mutuellement cause gagnée. Il n'existe aucune antinomie entre les manifestations diverses de l'altruisme. La règle solidariste et la suggestion charitable se confondent dans le même élan, vers un but commun.

Quelle que soit la diversité des mobiles d'action bienfaisante, la complexité des problèmes exige une telle conti-

nuité d'efforts que la coopération amplifiée des forces du bien est le gage indispensable de la victoire sur les éléments malfaisants.

L'agression allemande nous a surpris dans une période où la conception d'une hygiène sociale plus forte et mieux armée était à la veille de nous donner des moyens décisifs de lutte contre les causes de dégénérescence et les facteurs de dépopulation. Avec une ardeur accrue par des besoins de réparation nationale, ce combat intensif contre les agents intérieurs de destruction se poursuivra sans relâche au lendemain de la paix libératrice et victorieuse. Les formules d'entr'aide sociale s'élargiront hélas ! pour le soulagement des souffrances occasionnées par la guerre et pour l'atténuation de ses conséquences douloureuses.

Au lendemain de l'année terrible, après le siège de Paris qui fit tant de victimes innocentes, la sollicitude attendrie de la nation s'était portée sur l'enfance et l'adolescence. Des orphelinats s'ouvrirent pour les pupilles de la patrie, et, sur l'initiative inoubliable de Théophile Roussel, la première loi de protection des enfants placés en nourrice fut votée en 1874, en même temps qu'était instituée une protection inaugurale des jeunes travailleurs de l'industrie.

Tout appauvrissement du patrimoine national conduit logiquement à jeter les regards vers les nids et les berceaux où se préparent les générations de remplacement et de soutien. Et, dans cet ordre d'idées et de faits, le vice n'est pas moins néfaste que l'ignorance. Il est essentiel de combattre tout à la fois l'élevage meurtrier et l'éducation pernicieuse. C'est ainsi que les préoccupations prévoyantes du législateur de la troisième République l'ont amené successivement à proclamer l'instruction obligatoire et à sauvegarder la formation morale des enfants, des adolescents élevés par des parents indignes ou incapables. Les lois de 1882 sur l'enseignement obligatoire, gratuit et laïque, du 26 juillet 1889 sur les enfants moralement abandonnés, de 1898 sur les enfants maltraités, se rejoignent et se complètent.

Notre législation sur l'enfance, dont les débuts remontent à saint Vincent de Paul et dont les principes ont été posés

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par les Assemblées de la Révolution française, s'est progressivement améliorée, à mesure que la science a mieux éclairé la route et que les appels de la solidarité ont été mieux entendus.

Deux termes contradictoires doivent être et ont été effectivement conciliés. Il importe, d'une part, que l'Assistance publique hospitalière ouvre libéralement ses portes à tout abandon d'enfants mystérieux, afin de tarir la source des avortements et des infanticides, et, d'autre part, que la détresse ne soit pas une cause d'abandon. De belles initiatives parisiennes, dues, pour la majeure part, au Conseil Général de la Seine, ont frayé la voie au législateur qui, successivement, par les lois du 27 juin 1904 sur le service des enfants assistés, du 17 juin 19 13 sur le repos des femmes en couches, a édifié une œuvre considérable de protection des mères et des nourrissons.

Les philanthropes, les médecins, les hygiénistes ont vu plus clair et plus profondément, ils ont eu une notion plus exacte des réalités physiologiques et sociales. Il nous a été permis d'écrire, il y a quelques années : « La mortalité infantile déborde, elle est exorbitante et démesurée, avant et après la naissance. Il s'agit de la réduire, de l'abaisser par tous les moyens appropriés, en combinant les efforts, en variant les formules, en suscitant les initiatives libres et les mesures officielles. L'assistance maternelle est la meilleure sauvegarde des nourrissons, elle est la préface et le support de l'hygiène infantile. »

Contre la misère, contre les suggestions du désespoir, contre le surmenage, des barrières ont été dressées, par les pouvoirs publics et par des initiatives généreuses, municipales ou libres. S'il a fallu un trop long temps pour organiser cette protection de la mère ouvrière, la sauvegarde du foyer domestique, le protectorat des berceaux fragiles, si l'édifice est encore loin d'être achevé, les premiers résultats ne laissent pas que d'être importants et réconfortants.

Le rayonnement et l'application des travaux de notre grand Pasteur ont pour beaucoup contribué à abaisser l'humiliant contingent de la mortalité infantile. D'autres

causes y ont concouru, et, pour ne parler que de l'éducatioii maternelle, si imparfaite en tout pays, même parmi ceux qui ont institué l'assistance ou l'assurance maternelle, un instrument original, la consultation de nourrissons, dont le monde est redevable à l'initiative géniale de Pierre Budm, peut revendiquer une part notable de l'abaissement de la mortalité infantile. .

L'aide aux mères et aux tout petits a mis plus particulièrement en relief la collaboration de l'assistance publique et de la bienfaisance privée. Nulle part, plus que sur le domaine de la puériculture avant et après la naissance, n'a été scellée cette union étroite de collaborateurs d origine dissemblable et de mandats différents.

Que d'institutions publiques et privées dont le fonctionnement, pour revêtir des formes infiniment variées, est concordant et harmonique! Ce sont les secours de grossesse, les refuges-ouvroirs pour femmes enceintes, les maternités secrètes, les asiles de convalescence les mutualités maternelles, les cantines maternelles, les Consultations de nourrissons, les Pouponnières, les Gouttes f^ L^/^' ^^^ Crèches, les sociétés de Charité maternelle, de 1 Allaitement maternel, de protection de Fenfance, les œ^^^^%^^ i^^^^^^^,"' de berceaux, bref, tout un rayonnement diversifie de bonté secourable et de science tutélaire!

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