L'HYGIÈNE SOCIALE
Le rapprochement synthétique de tous ces efforts et d'autres encore, a été opéré par l'Alliance d'hygiène sociale, fondée par le Président Casimir-Perier et aujourd'hui présidée par M. Léon Bourgeois. Ce qu'ont compris ces initiateurs de haute valeur, c'est la nécessité de l'entente méthodique et persévérante entre les divers combattants de l'armée du bien. Une telle coopération a tout à la fois pour objet de réaliser l'accord indispensable et de susciter les initiatives adéquates au milieu. A aucune époque, en effet, l'analyse des causes directes et indirectes des maux évitables n'a été plus approfondie.
Un exemple fera mieux ressortir l'efficacité de cette méthode. La mortalité infantile a des causes médicales et des causes sociales. Les unes et les autres s'enchaînent. Si la gastro-entérite sévit, atteignant mortellement de trop jeunes victimes, elle est la résultante d'une alimentation vicieuse. Le meilleur moyen de prémunir le nourrisson contre de tels accidents, est de lui assurer le bienfait de l'allaitement maternel, et en même temps, de procéder à l'éducation delà mère par la consultation de nourrissons. A défaut de l'allaitement au sein, la distribution de lait pur, de lait stérilisé, constitue un procédé puissant de protection. L'aide maternelle a été mieux comprise, parce que préventive et opportune.
La recherche de la paternité est venue apporter une garantie supplémentaire, déjà obtenue par les abris mystérieux destinés aux futures mères. Les consultations pour femmes enceintes, les secours de grossesse, le repos légal avant et après les couches, ordonné et facilité par la loi du 17 juin 1913, les refuges-ouvroirs, les cantines maternelles
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offrant la nourriture sur place aux femmes enceintes et aux mères-nourrices, la mutualité maternelle associant l'assistance à la prévoyance et étendant tout un réseau d'organes protecteurs sur les mères laborieuses, les Pouponnières et les crèches devenant des écoles de puériculture à côté des Consultations de nourrissons et des Gouttes de lait, le Patronage s'installant au centre des administrations publiques et des institutions hospitalières pour mieux remplir la tâche de protection préventive à longue portée, tel est, dans ses grandes lignes et dans ses traits essentiels, l'organisme nouveau, sans cesse en perfectionnement, d'assistance maternelle et infantile.
La loi du 17 juin 19 13 réserve aux mutualités maternelles, aux œuvres variées d'assistance maternelle, un merveilleux champ d'activité secourable, afin qu'il y ait jonction de l'assistance légale et de la bienfaisance privée. L'apostolat des femmes, qui pendant la guerre donnent d'incomparables preuves de leur vaillance morale, s'exerce depuis quelques années dans toutes les branches de l'assistance maternelle, et leurs guides indispensables, les médecins, rivalisent d'ardeur civique et de vigilance scientifique.
Autour de l'école, dès la seconde enfance, le même efibrt préventif se poursuit. L'hygiène scolaire, entendue au sens le plus large du terme, s'est assigné pour but la sauvegarde sanitaire des enfants et des adolescents, afin de les protéger contre la tuberculose. Le professeur Grancher a été, comme Pierre Budin pour la puériculture, un initiateur inoubliable. La Ligue de l'hygiène scolaire, la Commission permanente de la tuberculose, la Ligue de l'enseignement, les Congrès spéciaux, ont marqué la voie à suivre, jalonnée par les fondateurs des cantines scolaires, des colonies de vacances, par les propagateurs de l'éducation physique, par l'inspection médicale des écoles, par les Associations de parents d'élèves. Le savant docteur Albert Calmette a pu dire, en exhortant ses auditeurs à protéger scientifiquement les enfants du peuple depuis leur naissance jusqu'à la sortie de l'école primaire et même au delà : « Notre patrie, qui a vu naître Pasteur, se doit à elle-même de ne point oublier que l'hygiène et l'éducation, solidaires
Oemi-siède civilis. franc. aj
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l'une de l'autre, sont les vraies sources de la civilisation et du bien-être ! »
La mutualité française, elle aussi, a eu la claire vision de ces nécessités vitales; elle a envisagé résolument son rôle, agrandi par la mutualité maternelle autour des berceaux, par la mutualité scolaire autour de l'école, par la rénovation du logis et la guerre au taudis, par la création de dispensaires antituberculeux, par les leçons d'hygiène ouvrière auxquelles se livrent les groupements de travailleurs.
Prévention morale et préservation physiologique ont des points de contact assez visibles pour que les deux tentatives ne soient pas séparées. La Société générale des prisons, les Comités de défense des enfants traduits en justice, les Tribunaux pour enfants, les Sociétés de sauvetage, de patronage des jeunes détenus, etc., sont au premier rang des protecteurs moraux de l'enfance délaissée, martyre ou délinquante. Ici encore, comme pour la guérison du mal physique, la conception contemporaine de l'intervention préalable et préventive se déroule avec toutes ses conséquences. A l'exemple des États-Unis, nous avons récemment tiré un meilleur parti de notre législation ancienne de 1850, en la modernisant, en l'adaptant à une meilleure compréhension de la tâche de relèvement et d'éducation.
C'est dès l'enfance, en pénétrant dans l'intimité des foyers délabrés, que les mesures de protectorat moral doivent être prises. Le martyrologe et le délaissement portent des fruits empoisonnés. C'est aux causes profondes qu'il faut s'en prendre, si l'on veut éviter les effets néfastes qui se manifestent sous la forme de vagabondage et de dépravation précoce. En resserrant les mailles de l'obligation scolaire, non seulement par un surcroît de vigilance, mais encore et surtout par un redoublement d'aide prévoyante et secourable, il est, il sera beaucoup fait pour tarir les sources de la criminalité juvénile. Une première loi sur l'éducation des pupilles difficiles ou vicieux de l'Assistance publique, une autre sur l'éducation des enfants arriérés, celle qui date d'hier sur les tribunaux pour enfants et sur la liberté surveillée, se reliant à notre législation sur l'enseignement et
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sur l'assistance infantile, ne tarderont pasàproduire leur plein effet. Il faut multiplier les postes d'observ^ation : la consultation de nourrissons hospitalière, autonome, annexée à des œuvres, pour le contrôle médical des nourrissons; l'inspection médicale des écoles, pour la sur\'eillance sanitaire des écoliers ; le dispensaire d'iw giène sociale, pour le dépistage de la tuberculose et l'éducation antituberculeuse.
Dans l'intervalle qui sépare la sortie de l'école de l'entrée au régiment pour les garçons, l'institution du Patronage, avec le terrain de jeu, les exercices sportifs, offre une étape intermédiaire qui ne doit pas être négligée. L'éducation ménagère pour les jeunes filles, à l'issue des classes primaires, avec les patronages, les œuvres du trousseau, etc. n'est pas moins propice à un relais d'h3'giène et de moralisation. Le passage au régiment donne une occasion de contrôler efficacement la santé des jeunes gens, par une vie au grand air, des exercices appropriés, une nourriture saine, par un ensemble de mesures relevant de la viriculture.
Plus on pénètre dans l'examen des faits et des œuvres, et plus est éclatante la nécessité de ce rassemblement des adversaires du mal qu'a voulu constituer dans notre pays la vaste et active Alliance d'hygiène sociale. En vérité, les philanthropes, les hygiénistes, les éducateurs, les moralistes, les sociologues, les criminalistes, les économistes, ne peuvent plus travailler en ordre dispersé, s'ignorant' les uns les autres, enfermés dans leurs spécialités respectives. Les liens de la solidarité pour le bien les unit en face d'une coalition adverse qui englobe tous les éléments malfaisants, tous les facteurs de déchéance et de dépopulation, depuis le microbe pathogène jusqu'au vice, en passant par le paupérisme, l'insalubrité, l'ignorance.
Cette union n'est pas fiiite pour engendrer la confusion; bien au contraire, elle nécessite la division du travail, la continuité et la distinction des efforts, la spécialisation des remèdes, mais elle a pour but et pour résultat de mieux répartir les forces bienfaisantes, de les grouper en ordre compact, de les faire concourir harmonieusement à la lutte contre la souffrance, contre la misère humaine, à la bataille
contre le mal, à l'extension du bien-être, à la suppression du paupérisme.
L'assistance française, envisagée dans ses divers compartiments, public, privé, mutualiste, scolaire, pénitentiaire, ne revendique dans le monde aucun monopole. Fière de ses origines, fidèle à ses traditions, elle se borne à faire tout son devoir en acquittant une dette sacrée envers une patrie bien-aimée qui a proclamé les droits de l'homme et du citoyen, sans rien répudier des gloires et des enseignements du passé, et qui, dans la bataille furieuse qu'elle soutient et qu'elle est à la veille de gagner pour le droit et la civilisation, n'a cherché qu'à renforcer son armure de bonté et de solidarité.