Amendement du 2 juin 18S8, et séance du 2 février
contre-projet qui complétait cette dernière loi en l’étendant aux travaux publics, aux chemins de fer et au service des postes.
Dans son rapport, M. Magne, auteur principal du projet de loi, représentait la loi de 1814 comme une œuvre de réaction cléricale, royaliste, nobiliaire, et il invoquait, pour la discréditer, la Saint-Barthélemy et les Dragonnades... Sans disculer d’aussi sots arguments, Émile Iveller lit remarquer au rapporteur qu’il n’avait, totalement, oublié qu’une chose : l'intérêt des ouvriers. Il rappela que Proudhon lui-même avait consacré toute une brochure au repos dominical, et il en lut une belle page :
« Quelle pitié m’inspirent ces faiseurs d’homélies sanglantes, ces amis du peuple, ces amis de la classe ouvrière, ces amis du genre humain, ces philanthropes de toute farine, méditant à leur aise sur les maux de leurs semblables, qui souffrent au sein d’une molle oisiveté de ce que le pauvre n’a que six jours de fatigue, et, de l’insuffisance de son salaire, ne concluent jamais autre chose sinon : il faut travailler, il faut épargner. Le dimanche, dont le respect semble avoir diminué, revivra avec toute sa splendeur quand la garantie du travail aura été conquise avec le bien-être qui en est le prix... Dans la célébration du dimanche est déposé le principe le plus fécond de notre progrès futur.
Le dimanche, continuait Émile Iveller, est en effet, pour l’ouvrier moderne, « comme une oasis au milieu du désert » ; c’est la condition nécessaire de sa vie intellectuelle et morale, la grande charte de l’ouvrier libre, le privilège glorieux qui le distingue de l’esclave antique. — Il suffit cependant à M. Magne d’invoquer encore la « domination cléricale », la « liberté de conscience », le droit qu’avaient les seuls « républicains » de parler au nom des ouvriers, pour l’emporter sur son loyal adversaire h
Entre eux, il y avait un siècle d’erreurs, et les pires malentendus, comme Émile Relier l’exposa en discutant la loi sur la limitation des heures de travail dans les manufactures :
« La fameuse loi de 1791, rappela-t-il, a constitué la liberté du patron, la liberté du capital, mais elle a tué la liberté de