‹ Un Demi-Siècle de Défense Nationale et ReligieuseChapitre 101 sur 189 · Officiel du 2 décembre 1871t · texte numérisé non relu

Officiel du 2 décembre 1871t

ÉMILE KELLER

l'ouvrier en lui enlevant le droit d’association. Selon les expressions de Louis Blanc, « les corporations s’étaient formées sous l’influence dominante du principe chrétien », et « une passion qui n’est plus aujourd’hui dans les mœurs ni dans les choses politiques rapprochait alors les conditions et les hommes : la charité »... Il faut examiner de près les aspirations de la classe ouvrière et leur donner satisfaction dans une mesure juste et légitime ; car les ouvriers n’ont pas eu tout à fait tort de déclarer au Congrès d’Arras de 1876 qu’ils étaient condamnés à un assujettissement cent fois plus oppressif que l’état politique d’avant la Révolution, que notre bourgeoisie était pétrifiée sur place comme la femme de Loth, et que pour le plus grand nombre des bourgeois la politique n’était que le moyen de duper leurs concitoyens, de leur escamoter des suffrages. La République doit suivre enfin l’exemple de tous les pays étrangers, ou plutôt revenir aux plus saines traditions françaises. »

Émile Keller demandait donc pour les mines, manufactures et usines, la limitation du travail à 61 heures par semaine ; le repos du samedi à midi au lundi matin ; l’interdiction du travail des femmes de 7 heures du soir à 5 heures du matin, et du travail des femmes en couches durant le mois suivant la naissance ; une forte amende pour les délinquants, la prison pour les récidivistes ; le droit, non seulement pour les inspecteurs du travail, mais encore pour les commissaires de police, de constater les délits. Il indiquait, du reste, que « le Gouvernement s’honorerait beaucoup s’il entrait en négociations avec les autres pays et s’il réunissait un congrès pour déterminer d’un commun accord la limite que l’humanité commandait de fixer au travail des ouvriers 1 ». — La Chambre, qui écoutait à peine de tels discours, écarta le contre-projet...

La loi de 1881 sur les associations rétablit enfin la liberté professionnelle, mais avec une prudence et des restrictions qu’Émile Keller jugea excessives. Il réclama, en particulier, pour les syndicats le droit d’acquérir à titre gratuit ou onéreux, dans les mêmes conditions que les associations reconnues d’utilité publique. Après son échec électoral de 1881, cessant d’espérer en « une République de millionnaires » qui était « le plus cher des gouvernements », il rechercha en dehors d’elle

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