Officiel du 23 juillet
2. Pour ses entrevues avec le Comte de Chambord et le Comte de Paris, nous suivons de très près les récits qu’il en a laissés dans ses .Yo tes intimes.
EMILE KELLER
monarchique comme « un gland qui renferme celui du roi des arbres, le chêne, mais qui ne pousse pas tant qu’il n’a pas été mis en terre ». Depuis quarante années d’exil, qu’avait tenté le Prince pour rétablir ses droits ? « C’est l’épée à la main que les trônes se conquièrent et se gardent », et Keller, — qui reviendra à plusieurs reprises sur cette maxime, — aurait voulu voir l’héritier des Bourbons, « à cheval et en pantalon rouge », venir en France durant la guerre, braver les balles, venir à Bordeaux ou à Versailles « tendre la main à ses cousins les princes d’Orléans et à tous les gens de cœur pour relever la France agonisante ». Déçu dans ce désir, il se méfiait du défaut d’initiative du Comte de Chambord et ne cherchait pas à le voir.
Pourtant, lorsqu’en avril 1871 il séjourna à Ostende, il se trouva que le Prince était alors à Bruges. Sachant que son ami, le comte de Vanssay, était auprès de lui, il lui écrivit pour solliciter une audience qui fut accordée.
Dans un appartement fort modeste, Émile Keller trouva le Prince, « l’œil vif, bon et plein de noblesse, la physionomie ouverte et sympathique, présentant dans toute sa personne un reflet de la grandeur de sa race ». Durant l’heure que dura l’entrevue, sa conversation fut abondante et pleine de charme ; mais « pas une question sur les hommes ni sur les choses de France ! » Émile Keller, « confondu de cette réserve », lui dit qu'il était tout près, à Ostende, « à sa disposition pour tout ce qu’il aurait à lui demander » ; mais il ne fut plus rappelé.
Le sentiment ancien du visiteur était ainsi confirmé : avec son âme très noble, le Prince se fiait à « la vertu magique et en quelque sorte surnaturelle de son principe » ; il paraissait ignorer l’art « de le tirer de l’oubli et de le faire revivre ». Pour préparer la revanche, « premier souci d’un peuple vaincu et mutilé » ; imposer silence aux passions révolutionnaires à peine réprimées, et terminer la guerre anti-religieuse qui, depuis un siècle, minait la société jusque dans ses fondements, il fallait un gouvernement « militaire, autoritaire et chrétien». Or, le Comte de Chambord était « peu militaire de goût et d’idées » ; entouré d’une ancienne noblesse « très respectable
et très dévouée », il lui échappait que le temps présent réclamait « une aristocratie plébéienne », puisée surtout dans l’armée, « élite incontestée d’honneur, de probité et de patriotisme » ; par une singulière contradiction avec ses doctrines, son langage se ressentait de celui des « libéraux » qu’il fréquentait, et, « très chrétien de sa personne », il semblait peu préoccupé « de rendre à l’Église et à ses institutions la pleine liberté dont elles avaient besoin ».
L’Assemblée, dont il escomptait le concours, n’était pas d’ailleurs, au fond, portée à le lui fournir, et les opinions de la majorité parlementaire ne répondaient pas aux apparences du début. Si le Comte de Chambord ne possédait pas, pensait Keller, « la claire vue des maux du pays et des moyens de l’en délivrer », que dire, en effet, de l’Assemblée Nationale? Tandis que le Prince mettait son premier point d’honneur « à infliger un démenti à la Révolution qui avait guillotiné Louis XVI et chassé Charles X, à affirmer la supériorité du vieux droit divin monarchique sur le droit parlementaire moderne », et à exiger, comme signe de cette prééminence, le rétablissement de ce drapeau blanc « qui, pour le pays, restait le symbole terrifiant de l’ancien régime », l’Assemblée, de son côté, voulait passionnément « maintenir dans son intégrité le droit parlementaire et les libertés modernes représentées à ses yeux par le drapeau Lricolore ». L’un voulait revenir à 1814, l’autre à 1830, « sans se douter des transformations profondes qui s’étaient faites dans le pays, des périls nouveaux auxquels le radicalisme et le socialisme allaient l’exposer, et sans tirer aucun profit des dures leçons de la guerre et de la Commune ». L’Assemblée vota bien le service obligatoire et la réorganisation de l’armée, mais « elle tremblait d’être obligée de s’en servir et dissimulait, sous un gros budget de la guerre, le désir de la paix à tout prix ». En pleine réaction libérale contre l’Empire, « elle se figurait bonnement que la liberté illimitée de la parole et de la pensée ramènerait les hommes au paradis terrestre », et « l’on n’avait peur que d’une chose, c’était de paraître clérical ». Quant au Ministère conservateur, auquel la présidence du duc de Broglie prêtait une autorité particulière, « il sacrifiait YUnivers au courroux supposé de Bismarck,
ÉMILE KELLER
s’effrayait du mécontentement (jue pourraient causer les pèlerinages des bons catholiques français, et ne paraissait nullement pressé de rétablir la liberté des associations et des fondations pieuses ou charitables ; nul ne voyait venir l’effroyable tyrannie d’une bourgeoisie libre penseuse et radicale, ni les convulsions d’un peuple socialiste ».
On comprend maintenant pourquoi Iveller resta, après la guerre, à l'écart du mouvement royaliste. Somme toute, les idées du Comte de Chambord, telles que celui-ci les exposa dans son manifeste du 5 juillet 1871, pouvaient s’harmoniser avec les siennes : ce gouvernement « conforme aux besoins réels du pays », que le Prince entendait fonder « sur les larges assises de la décentralisation administrative et des franchises locales », Keller ne cessa d’y aspirer. Mais il ne voyait encore, ni dans l’héritier des Bourbons, ni dans son entourage, ni dans son parti, ni dans l’Assemblée, le moyen de sortir de l’ornière. « Tu auras vu le nouveau manifeste du Comte de Chambord, écrivit-il à sa femme le 9 juillet. Voilà la fusion chavirée et tous les légitimistes dans une confusion dont tu ne peux pas te faire d’idée. Quant à moi, je pense plus que jamais qu’il faut accepter la forme républicaine tant qu’elle pourra durer, et concentrer ses efforts sur la défense des intérêts catholiques. Je voudrais voir grouper sous ce drapeau tout ce qu’il y a de chrétien à la Chambre. Voilà pour le présent. L’avenir appartient à Dieu. »
En 1874-1875, lorsque se posa la question constitutionnelle, il fallut bien pourtant engager l’avenir, décider du sort de l’État et du pays. Il se livra alors, dans l’âme d’Émile Keller, un grand combat dont il retraça les phases dans les longues et profondes méditations politiques 1 que nous allons essayer de résumer fidèlement.
A son sens, nous le savons, la France vaincue aurait dû être un camp d’instruction militaire. Durant dix ans, on aurait dû bannir les discours, ne parler ni de « mécanique constitu-
1 Ces Notes personnelles étaient destinées à lui servir de canevas pour ses discours parlementaires, et en particulier pour les discussions de la Commission des Trente à laquelle il appartint.
tionnelle », ni de liberté. Mais il s’était levé, même devant l’ennemi, un parti insurrectionnel, celui de la Commune et de la Ligue du Midi, plus pressé de sauver la Révolution que de sauver la patrie. La première tâche de l’Assemblée Nationale était de brider ce parti désorganisateur et démoralisateur, de faire « acte de vie » ; au lieu de cela, le Centre gauche lui avait donné la main, et le Centre droit, par ses tenaces préjugés sur l’inviolabilité des Principes de 1789, en était devenu lui-même le complice.
L’Assemblée était composée de bourgeois riches, conservateurs, inopinément portés au pouvoir, et semblables à des médecins qui, prenant vaguement conscience du mal à combattre, ne pouvaient se mettre d’accord sur le traitement à suivre. Beaucoup demeuraient sans volonté ferme, incapables de marcher résolument à un but précis. Nommés pour conduire et sauver le pays, ils cédaient sans cesse du terrain à l’ennemi et faisaient, plus ou moins consciemment, le jeu de leurs adversaires. En dehors de la gauche révolutionnaire, — dont le but, le but de destruction, était nettement défini, — on allait à la dérive.
A la Commission des Trente, alors que des abîmes auraient dû séparer ses membres, il était impossible de démêler d’essentielles différences entre les propositions des divers partis. La majorité des membres étaient des parlementaires fort sincères, plutôt monarchistes que républicains, mais pour lesquels une république conservatrice équivalait à une monarchie constitutionnelle : ils cherchaient, de très bonne foi, des institutions susceptibles de s’appliquer à l’un ou à l’autre régime. Émile Keller, excédé de tant d’obscurité, finit par demander au Gouvernement où l’on prétendait en venir : « Vous êtes bien curieux ! » lui répondit simplement, « dans le tuyau de l’oreille », un ministre plus gracieux que les autres. La république ne convenait pas à la Commission, mais elle n’osait pas supprimer le titre présidentiel; la monarchie ne lui déplaisait pas, mais elle n’osait heurter de front — comme pour la question du Drapeau — la bourgeoisie voltairienne ni le césarisme bonapartiste ; elle repoussait l’Empire, mais elle l'aurait subi plutôt que de devenir franchement républicaine ou fran-
ÉMILE KELLER
chement royaliste ; elle estimait finalement le Septennat une merveille, puisque cela lui permettait d’être, sournoisement, les deux à la fois. Et si le pays demandait à son tour où tendait sa Constitution à double fin, ne pourrait-on aussi lui répondre : « Vous êtes bien curieux !... »
Ainsi ballotté, le maréchal de Mac-Mahon, au lieu de gouverner lui-même dans un sens ou dans l’autre, au lieu d’être le monarque ou son précurseur, devait se contenter d’obéir — provisoirement — au Centre Droit. Les républicains lui tendirent bientôt les bras, le considérèrent comme « un cheval de renfort », précieux pour organiser la République. Il lui devint donc interdit de combattre le principe révolutionnaire.
Ne sachant ni ne pouvant rien faire, le parlementarisme se montrait aussi impropre à la république conservatrice qu’à la monarchie constitutionnelle. 11 attendait que le Roi vînt fléchir le genou devant la loi, et il reconstruisait, en attendant, « la petite machine de 1830 ».
En déclarant la monarchie impossible, en lui imposant des conditions inacceptables, il livrait au mépris public et aux entreprises révolutionnaires le seul régime propre à arracher la France aux caprices des majorités et aux aveugles luttes des partis.
Que valaient, en effet, les grands principes laissés à la base du pouvoir? Souveraineté nationale, liberté de conscience : formules bonnes à renverser les gouvernements « honnêtes et bêtes ». Aucun gouvernement ne peut subsister s’il ne place la souveraineté au-dessus de l’opinion, la vérité en dehors de la liberté de conscience. Les coquins emploient ces formules pour s’emparer du pouvoir et les fouler cyniquement aux pieds dès qu’ils y sont parvenus, car leur morale politique consiste à s’y maintenir par tous les moyens. La souveraineté nationale est une fiction menant le pays au radicalisme légal. Sa source est le suffrage universel : or, la Convention, les plébiscites de 1851 et de 1870 avaient assez prouvé qu’on déchaînait ainsi toutes les haines, tous les enivrements, toutes les peurs, toutes les bassesses. La Souveraineté a sa source première en Dieu, c’est-à-dire dans les lois de vérité et de justice éternelles ; en ce monde, elle ne peut avoir pour supports que
la hiérarchie sociale et les institutions traditionnelles adaptées au tempérament de chaque peuple : « Non, concluait Keller, je ne courberai pas la tête devant l’idole de la souveraineté nationale ; je proteste d’avance contre les arrêts de cette souveraine qui s’est prostituée à tous les despotismes, contre les plébiscites qui nous donneraient encore un Robespierre ou un César ! »
On parle de république « conservatrice ? » Mais vouloir faire de la république le gouvernement des meilleurs, « une course au clocher vers la vertu », c’est une singulière utopie. La vie privée de la majorité des hommes étant un tissu de faiblesses, de convoitises, de rivalités, comment croire que les mêmes hommes deviendront dans la vie publique « des rosières et des Cincinnatus ? » L’amour effréné de l’argent, le luxe, la spéculation empoisonneront les hommes publics comme les électeurs : c’est ce qu’avaient bien compris les Romains et les Spartiates lorsqu’ils déclaraient les richesses incompatibles avec les vertus républicaines. La république conservatrice irait, par la force des choses, là où la Gauche entendait l’attirer : vers la liberté illimitée de la presse et des réunions, l’enseignement gratuit, obligatoire et laïque, la suppression des Congrégations et du budget des cultes, la séparation de l’Église et de l'État, la ruine totale des croyances religieuses, et finalement une nouvelle invasion étrangère h Puisque l’on rejetait le principe monarchique, le pouvoir souverain et unique de l’arbitre royal, on se soumettrait nécessairement au principe démocratique, au pouvoir de tous, c’est-à-dire à l’anarchie généralisée.
C’était le triomphe de la Révolution, « bête féroce » qui dévore si on ne la tue pas, mais qui prétend condamner ses adversaires aux protestations légales, pacifiques et impuissantes. Elle a déjà détruit ainsi la Pologne. Allons-nous nous livrer de nouveau à son bon plaisir, sous le prétexte que c’est celui du « peuple ? » Une loi qui n’est plus juste, plus chrétienne, n’est plus pour nous une loi ; en cessant d’être chrétienne, la France se condamnerait à mort. Or, telles sont les
1. C'était bien au début de 1875 que Keller prévoyait tout cela.
conséquences de la République radicale. Sans vouloir abolir le catholicisme, beaucoup d’incroyants ont la manie de le vouloir « approprier aux temps modernes » : ces pauvres d’esprit ne voient pas que le catholicisme intégral peut seul tenir tête au libre examen, et que toute religion de fabrication humaine tombe vite sous l’universel mépris. Mais les radicaux — alliés en cela de Bismarck — entendent bien mener une guerre à mort contre la Foi, qui est la principale force sociale de ce pays. Une fois la démocratie déchristianisée, le mal l’emportera nécessairement sur le bien, en ce champ de bataille des passions humaines. Le peuple tombera « sous la férule des scribes et des juifs », car il peut plus facilement que l’élite être égaré par les folles promesses, les audacieux mensonges des charlatans qui l’exploitent ; il ressemble à une mer dont le vent, à son gré, soulève et pousse les Ilots. Le droit commun appliqué au mal comme au bien produit l’empoisonnement des multitudes, l’oppression des honnêtes gens et de tous les faibles. L’illusion de Lamennais et de trop de démocrates chrétiens est de s’imaginer que le mal réside dans les gouvernements, et non dans la nature humaine dont ces gouvernements étaient l’image ; de croire que le péché originel, dont dynasties et aristocraties sont tributaires, n’a pas gangréné le peuple, et que l’avènement de ce dernier va tout corriger : en réalité, la république de leurs rêves exige des hommes plus parfaits, donc un peuple plus chrétien, une éducation et des lois plus chrétiennes.
Du moment que la république, dans la France actuelle, a de tout autres tendances, il convient de revenir à la monarchie, à la royauté chrétienne, qui « représente les principes de tout vrai gouvernement ». Elle est à la fois « une digue et une protection » pour le peuple lui-même, qu’il faut contenir, diriger, instruire, gouverner, défendre ; pour l’armée, qu’il faut discipliner par l’esprit d’honneur et d’abnégation, commander, maintenir hors de la politique, au service de la loi, sauver aussi du joug des rhéteurs et des communards ; pour la magistrature, que son intégrité, sa dignité, sa fermeté doivent préserver « de la chasse à l’avancement, plaie de ce temps » ; pour les propriétaires, dont la sécurité dépend delà répression
des spéculateurs véreux et des exploiteurs sans conscience de la classe ouvrière ; pour le clergé, qu’il faut maintenir, comme l’armée, hors des lu L tes de parti, mais protéger contre ses mortels ennemis. Contrairement à la république, qui est « la libre curée », ce régime domine toutes les influences, tous les intérêts personnels, pour les faire concourir au bien général. Dans l’ordre moral, il garantit la permanence des principes supérieurs qui s’imposent au respect de tous, et qu’aucune majorité, aucun pouvoir n’a le droit d’enfreindre ; dans l’ordre politique, il érige la souveraineté au-dessus des compétitions de parti. Le Roi est un arbitre héréditaire assez haut placé pour fouler aux pieds les considérations de personnes et ne servir que l’intérêt national. Au fond, ce gouvernement est « le seul gouvernement populaire durable et sérieux », et il répond aux instincts comme aux besoins du pays. N’est-ce pas outrager le bon sens que de placer dans les gouvernés le principe du gouvernement? C’est comme si l'on faisait élire les officiers par les soldats. Une armée pourrait à la rigueur élire son général, mais à condition de ne pas intervenir dans le choix des officiers ni dans la conduite des opérations. Et il est clair que « le gouvernement doit être d’autant plus fort, plus entier, plus absolu, qu’il procède d’une élection populaire, incapable de lui imposer des conditions ».
Le monarque héréditaire est « absolu », en ce sens qu’il n’est pas simplement « le bras de la majorité » et que lui seul possède la plénitude de la souveraineté. Mais sa volonté est celle de la nation, — comme la volonté d’un père de famille est celle des générations dont il continue la chaîne et perpétue les traditions. — Il est soutenu par le consentement du peuple, qui voit en lui le seul arbitre « sage, désintéressé, équitable ». Les libertés des citoyens sont d’ailleurs d’autant plus grandes, la centralisation politique d’autant moins nécessaire et d’autant plus relâchée, que le Pouvoir est plus incontesté. La Monarchie française, enfin, n’est ni césarienne, ni parlementaire. Elle esL « représentative » : au lieu de livrer les destinées du pays à un Parlement où bouillonnent les convoitises et qui peut, à une voix de majorité, trancher ses destinées, elle a recours, pour s’éclairer, à la représentation de toutes
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les forces vives de la nation, « représentation multiple, non permanente, contrôlant et ne gouvernant pas, toute-puissante quand elle est d’accord et que sa résistance dure ». Mais « comment comprendre un prince résistant à deux Chambres qui reproduisent pendant trois ans leurs réclamations »? — Ici, Iveller esquisse un projet de Constitution :
Conseil d’État nommé par le Prince, ayant l’initiative et la préparation des lois ;
Chambre haute composée des plus éminents dignitaires (amiraux, maréchaux, généraux de corps d’armée, cardinaux, premiers présidents) ;
Chambre basse composée des délégués des Conseils généraux, siégeant durant trois mois ;
Conseils généraux nommés par les censitaires, anciens sousofficiers, soldats décorés ou médaillés, pères de six enfants, chefs de corporations ouvrières ;
Conseils municipaux nommés de façon analogue.
En ce qui concernait le Pouvoir souverain et provisoirement, il eût désiré que fussent prises les décisions suivantes :
« La Monarchie héréditaire, représentative et chrétienne, est le gouvernement de la France ;
« Avant le 20 novembre 1880, le maréchal de Mac-Mahon s’entendra pour le rétablissement de la Monarchie avec le chef de la famille des Bourbons ;
« Tant qu’un accord n’aura pas été réalisé, l’Assemblée Nationale ne se séparera pas et le maréchal de Mac-Mahon continuera à exercer le pouvoir exécutif dans les conditions fixées par la loi du 13 mars 1871;
« Il n’y aura d’élections partielles que dans les départements dont la moitié au moins des sièges seront vacants. »
L’Assemblée eût profité des circonstances exceptionnelles où elle se trouvait pour arrêter le pays au bord de l’abîme et reconstituer, légalement, l’État. Mais son indécision, son absence de doctrine favorisèrent le vote de la République, et Émile Relier lui-même, qui ne la vota pas, fut obligé de s’accommoder de la situation de fait : « Du moment qu’on refuse de faire la Monarchie, écrivit-il à sa femme le 19 juillet 1875, il faut bien avouer qu’on est en République, et ne pas
vouloir, comme les doctrinaires, danser indéfiniment sur la corde raide ».
C’est ainsi qu’il fut amené, aux élections de février 1876 \ à accepter l’application du régime établi, tout en déclarant, d’ailleurs, vouloir le préserver « des passions anarchiques et anti-religieuses qui seraient sa condamnation ». A la Chambre, lors de la validation de l’élection du comte Albert de Mun, il tendit la main à tous les amis de la liberté : « Je crois, dit-il, que parmi ceux qui veulent fonder la République, il doit s’en trouver en grand nombre nous appelant à venir, sur le terrain de la Constitution, défendre nos convictions, notre liberté, les principes chrétiens sur lesquels repose l’ordre social. » Enfin, le 8 juillet 1876, sous le Ministère « centre-gauche » de M. Dufaure, il tint à revendiquer son indépendance politique vis-à-vis des diverses fractions de la droite, et rappeler, aux applaudissements du centre et de la gauche, que « pour sa part il avait accepté le terrain de la Constitution pour y défendre de toutes ses forces les principes conservateurs et chrétiens ».
Si l’on peut dire qu’il fit alors figure de « rallié », on voit dans quel sens il faut interpréter la formule : de convictions monarchistes, il luttait sur le terrain de la république conservatrice; mais la république antichrétienne, dont il prévoyait le fatal avènement, allait bientôt rencontrer en lui un irréconciliable adversaire.