Alors Saint-Cyrien
ÉMILE KELLER
mentaires qui, « caressant son faible », l’engageaient à attendre un retour du suffrage universel. M. Bocher lui conseillait de ménager sa fortune, et Ferdinand Duval amusait par ses mots d’esprit les vieux amis de la Monarchie. A côté d’eux, se trouvaient pourtant des hommes plus portés à l’action, comme les généraux Humann et de Charette, et c’est sur les instances de ces derniers que le Prince demanda un jour, « de la façon la plus inattendue », à Émile Relier de grouper les royalistes parisiens en vue d’une action prochaine. Relier avait « une confiance limitée » dans l’entreprise, mais il espérait y voir l’indice d’une orientation nouvelle, et il partit pour Londres afin de s’entendre avec le Prince. Ses « conditions », note-t-il, étaient fort simples : ne relever que du Prince ; agir indépendamment de Ferdinand Duval ; ne pas avoir à s’occuper de la question financière ; faire agréer comme « lieutenant », son ami le comte de Mayol de Lupé, dont il connaissait de longue date la noble énergie.
Tout fut ainsi réglé, et Relier se mit en rapports avec les monarchistes les plus notoires de la capitale. Il s’agissait de constituer un Comité central et d’organiser des réunions dans chaque arrondissement. A part le VIIIe, les quartiers riches se montrèrent « très froids ». L’accueil fut, par contre, très sympathique et le groupement facile dans les quartiers populaires.
Quels résultats pratiques obtiendrait-on? Les lettres du Comte de Paris à Émile Relier fournissent quelques notions sur la politique qu’entendait alors suivre le premier :
On a proposé à la Chambre, — écrivait en substance le Prince à Relier, — la suppression des crédits pour les établissements protestants : ne se trouvera-t-il pas un catholique sincère et éloquent pour les défendre ? Il aurait là un acte politique à faire ; vous vivez trop près de Montbéliard pour ne pas le comprendreC.. Il faut toujours placer, comme vous le faites, les intérêts supérieurs du pays au-dessus des considérations électorales 1 2 3... Plus il importe de développer et de répandre dans le pays l’idée monarchique, plus il faut dans la Chambre s’attacher à la poli-
1. Nous ignorons la date de cette première lettre du Comte de Paris à Keller.