Scheen House, 3 décembre
tique des résultats immédiats. A nous de préparer l’avenir. Aux députés de sauver le présent. La nouvelle loi militaire est bien mauvaise ; mais si on renversait le Gouvernement, on ne l’empêcherait pas de passer et on replongerait le pays dans des aventures auprès desquelles la plus mauvaise loi devient insignifiante 1... Il faut laisser à chacun le soin de choisir son terrain électoral. Mais j’estime comme vous qu’à côté de la politique parlementaire et de la politique électorale, il y a ce que j’appellerais la politique doctrinaire, si ce mot n’était pas maintenant pris en mauvaise part. Cette politique, qui doit être poursuivie avec persévérance, à travers tous les incidents et les accidents journaliers, a pour but de faire connaître la Monarchie, de la faire désirer, de montrer la nécessité d’y revenir le plus promptement possible. Elle doit être comme le chœur de la tragédie antique qui tire la morale de chaque péripétie du drame représenté sur la scène -.
Ce « drame » était aussi social que politique, et puisque les ouvriers de Paris se montraient les plus fidèles à la Monarchie, Keller proposa au Prince, en 1888, de lui en amener une députation de trente ou quarante. Le peuple, et l’armée qui en sort, lui avaient du reste inspiré toujours beaucoup plus de confiance que la noblesse et la bourgeoisie. — Le Comte de Paris accepta l’idée, reçut la députation, et fixa avec soin le sens des allocutions qui lui seraient adressées sur les corporations, la représentation des intérêts, les assurances 3. Il manifesta d’abord « une timidité qui surprit les ouvriers », mais, la glace rompue, il se montra bon et paternel ; et puis, « c’était le Roi, et chacun revint charmé, plein d’enthousiasme et d’entrain pour la propagande ».
Afin de soutenir ces bonnes volontés, Keller développa à Paris l’association qu’il avait créée sous le nom de France Nouvelle, association d’ouvriers monarchistes dont le Comte de Paris suivit avec satisfaction les progrès. « Remerciez d’avance en mon nom ces enfants de Paris de cette manifestation de leur sympathie pour l’exilé, — écrivait-il le 26 avril 1889, à la veille du premier banquet de l’association, — de leur ferme confiance dans le succès prochain de la cause que j’ai l’honneur