Lettres à Emile Keller, Scheen House. 22 et 28 juin
ÉMILE KELLER
de représenter. Ils ont raison de compter sur la Monarchie qui seule peut sauver la France, et je sais que de mou côté je peux compter sur eux i. »
Émile Relier était ainsi devenu le confident du Prince et son collaborateur très dévoué. Au moment des élections, le Comte de Paris lui avait confié de délicates missions et des pouvoirs étendus comme arbitre. En 1889, la moitié des arrondissements parisiens étaient « organisés », et toutes les classes sociales y prêtaient maintenant leur concours. Un groupe de jeunes orateurs animaient les réunions. En dehors « des petites intrigues et des petites jalousies à écraser du pied », il y avait bien deux difficultés sérieuses : l’argent était rare, personne n’ayant accepté la mission d’en trouver, et le Comte de Paris, « très réservé », ne laissait pas encore entrevoir , malgré les instances réitérées de Relier, « la résolution de venir à un jour donné se mettre à la tête de ses partisans et jouer sa vie avec eux ». Mais enfin la flamme monarchique était entretenue, et ce feu sacré sauvegardait l’avenir.
Or, les ressources qui manquaient au parti royaliste, Émile Relier les vit tout à coup engagées dans une « aventure sans issue » qui lui montra à quel point était contrebalancée, par les conseils les plus opposés, son influence sur le Prince.
Le général Boulanger avait caressé tous les partis, des royalistes aux socialistes. Ministre de la Guerre, il avait tourné toutes les têtes et persuadé à l’Europe elle-même qu’il serait l’homme de la revanche. Émile Relier trouverait-il enfin l’épée libératrice ? Il la chercha là comme ailleurs, et au moment où l’incident Schnæbelé menaçait de mettre le feu aux poudres, il alla carrément voir le général au ministère.
Rempli d’hommes et de femmes aux allures bruyantes et vulgaires, — ce qui semblait humilier profondément l’huissier de service, — l’antichambre du grand homme ressemblait à une baraque foraine. Boulanger reçut le député de Belfort « avec des effusions de tendresse » dont il n’avait cure, écouta à peine les renseignements qu’il lui apportait d’Alsace et lui exprima, au sujet de ses préparatifs de mobilisation, « des