‹ Un Demi-Siècle de Défense Nationale et ReligieuseChapitre 111 sur 189 · Scheen House, 26 avril el 17 juin · texte numérisé non relu

Scheen House, 26 avril el 17 juin

idées folles » qui le consternèrent. Pour renforcer sans bruit les régiments de l’Est, le ministre vidait en effet les régiments de l’intérieur, comme on l’avait fait pour l’expédition de Tunisie. Que resterait-il ensuite, dans les régiments décharnés, pour encadrer la masse des réservistes?

Boulanger continuait d’ailleurs la politique militaire suivie depuis seize ans : une armée forte sur le papier, mais sans cesse affaiblie par des congés de popularité l. Il avait diminué l’effectif réel de 20.000 hommes, alors que Bismarck accroissait le sien de 40.000. Keller, indigné de telles mesures, n’avait trouvé à la Chambre, pour les repousser, qu’un seul collègue, et un collègue de gauche, Nadaud.

A deux doigts de la guerre, Boulanger ne changeait pas de système : Keller était fixé sur ce « cerveau creux » dont il n’y avait rien à attendre, et dont il y avait tout à redouter.

Il le signala donc à ses amis du Parlement comme « un danger pour la paix du monde », et comme un aventurier capable seulement de tromper le pays « par une apparence d’action ».

Le Comte de Paiis, ennemi de la violence, ne songeait pas à s’appuyer sur lui pour un coup de force, mais il le considéra comme un allié dans la bataille électorale, un allié destiné à conquérir la majorité parlementaire. Les groupements royalistes parisiens furent en conséquence négligés, et comme leur chef ne pouvait leur communiquer « la fièvre boulangiste devenue la maladie du parti », maladie qui ne l’avait pas gagné lui-même, il dut abandonner sa mission de propagande et d’organisation.

Après le désastre électoral, il écrivit au Prince qu’il fallait se hâter de réparer la faute commise et d’en laisser les responsabilités à ceux qui l’avaient conseillée.

Mais si le Prince ne les désavouait pas, les hommes, moins généreux, qui l’avaient engagé dans une telle voie, l'abandonnaient et passaient à la république. Comme cette nouvelle orientation fut décidée chez le marquis de Breteuil, dans un déjeuner auquel figuraient, entre autres notabilités catholiques, le baron de Maekau et le comte Albert de Mun ; comme

1 Voir chapitre xvii.

ÉMILE KELLER

ces derniers étaient en relations suivies avec le Saint-Siège, « il est permis de penser, conclut Relier, que leur nouvelle attitude n’a pas été sans influence sur celle de Léon XIII »‘.

Le « Ralliement » se préparait. Émile Relier refusera, nous le verrons, d’en prendre la direction. Il continua à correspondre avec le Comte de Paris. Le Prince approuva, bien entendu, son opposition au Ralliement et reconnut lui-même, le 30 août 1891, que l’Union de la France chrétienne \ dont Émile Relier était alors l’un des promoteurs, devait respecter les convictions de chacun, ne pas confondre son action avec celle du parti monarchique et ne pas avoir de directeurs qui fussent en même temps directeurs de comités monarchiques. — - Usant, en retour, d’ « une franchise toute alsacienne », Émile Relier lui recommandait de saisir toutes les occasions d’entretenir des rapports avec les ouvriers, d’affirmer qu’il était le protecteur du travail et de la petite épargne, qu’il entendait et pouvait seul résoudre le problème social : la grande erreur qu’on essayait de propager consistait à prétendre que la République était vraiment un gouvernement démocratique, répondant aux besoins et aux aspirations populaires, alors qu’ « une aristocratie de scribes et de rhéteurs antireligieux, doublée par une aristocratie de spéculateurs et de financiers, exerçait la plus dure et la plus inique des tyrannies. » Le Prince partageait ces opinions et observait qu’en effet la Monarchie répondait bien mieux que la République à un état social démocratique, puisque celle-ci exploitait le peuple au profit d’une coterie insatiable de places et d’argent !.

Au cours de l’été 1894, le Comte de Paris invita son conseiller à venir le voir en Angleterre. Émile Relier, souffrant, ne put déférer à ce désir, mais fit part au Prince de ses angoisses patriotiques et de la seule solution qu’il entrevoyait désormais :

« Voilà vingt-trois ans déjà, rappelait-il , que nous avons perdu l’Alsace-Lorraine. Voilà quarante-six ans que la Monarchie elle-même a disparu : en dehors des vieillards, elle n’existe plus pour le peuple français qu’à l’état de souvenir historique.

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