LA QUESTION RELIGIEUSE ET LES DÉCRETS DE
ÉMILE KELLER
SOMMAIRE
Continuité de l’action religieuse d'Emile Relier. — Projet de loi abolissant les Articles Organiques du Concordat. — Construction de la basilique de Montmartre. — Le Comité de Saint-Pierre.
Jules Ferry pourchasse les Congrégations non autorisées: l’Article 7 et les Décrets de mars 1880. — Les Congrégations religieuses en France. — Discours du 17 mars. — Réunion chez Emile Relier des Supérieurs d'Ordres. — L’expulsion des Jésuites. — Intervention de Rome : la Déclaration de soumission aux lois constitutionnelles. — Attitude contraire de Relier et de ses amis : lettres de de Mackau, A. de Mun et Chesnelong. — Prévisions de Relier. — Le crochetage des couvents.
Lutte contre l’application des Décrets : discours des 12 novembre et 12 décembre 1880.
La participation d’Émile Relier à la politique monarchique ne l’empêcha pas plus que ses autres préoccupations de laisser, dans son immense labeur, la question religieuse au premier plan. Le défenseur de la Foi en péril continuait après la guerre le rôle du « Député du Pape », et il importe de mettre cette continuité en évidence avant d’aborder l’époque du Ralliement.
Alors que l’Assemblée Nationale paraissait vouloir réagir contrele césarisme révolu tionnaire, il avait rédigé une proposition de loi abrogeant les Articles Organiques du Concordat : il faut, disait son Exposé des Motifs, faire disparaître de nos lois les maximes tyranniques que des pouvoirs malveillants ont
inventées pour opprimer les consciences et qui, heureusement tombées en désuétude, sont appliquées et développées autour de nous avec une coupable émulation ; les Articles Organiques violent toutes les règles du droit public ; par eux, l’État a tranché seul, et sans consulter l’Église, des questions qui la touchent dans son existence, dans sa hiérarchie, dans ses intérêts les plus chers; le Gouvernement fait dépendre de son bon plaisir la publication et la validité des décisions doctrinales de l’Église, c’est-à-dire la vérité religieuse elle-même ; il va jusqu’à imposer comme dogme obligatoire la fameuse Déclaration schismatique de 1682, désavouée par Louis XIV et par Bossuet, et cent fois condamnée par l’Église... On ne pouvait mieux dire ! Mais Émile Relier chercha en vain une signature pour sa proposition l.
Il fut plus heureux, malgré certains déboires, en juillet 1873, lorsque le Gouvernement présenta le projet de loi tendant à déclarer d’utilité publique la construction d’ « une église », qui devait être la basilique de Montmartre. Choisi à l’unanimité comme rapporteur de la Commission parlementaire, il introduisit résolument, dans le texte du projet de loi, la phrase de la lettre de l’archevêque de Paris spécifiant que le sanctuaire national serait élevé « en l’honneur du Sacré-Cœur de Jésus- Christ pour appeler sur la France, et en particulier sur la capitale, la miséricorde et la protection divines ». Le rapport était adopté, imprimé, distribué 2, lorsqu’au dernier moment des « trembleurs » allèrent trouver le cardinal Guibert et lui affirmèrent qu’une telle rédaction compromettait tout. L’archevêque de Paris, très ému, vint demander à Relier d’y renoncer : « Alors, répondit-il, je renoncerai à être rapporteur de la loi », et il écrivit le 23 juillet à M. Baze, président de la Commission, en lui adressant sa démission : « Faisant les choses, je trouve plus digne de le dire ». La loi perdit quelque chose de sa noble et haute précision ; elle fut votée néanmoins : selon les expressions du cardinal Guibert, « la foi, l’habileté et la sagesse » que Relier apporta