Expression de Mm“ Keller (5 mai
ÉMILE KELLER
Dieu que l’accomplissement de sa volonté et le courage de l’accepter. »
Ses enfants, — dont la benjamine, Madeleine, naquit en 1875 *, — étaient assez nombreux pour que la part de Dieu ne lui parût point excessive : « Le sacrifice de ma fille Marie, écrivait-elle d’ailleurs, me fait mieux sentir qu’aucun de ces enfants n’est à moi, que mon but ne doit pas être d’y trouver ma jouissance personnelle, mais uniquement de les élever pour Dieu. »
Il lui restait à achever une telle éducation par le spectacle de souffrances personnelles héroïquement supportées.
En 1871, ses douze maternités n’avaient altéré ni sa santé ni sa grâce. Les angoisses de la guerre elle-même n’avaient fait que grandir son cœur : « Loin d’avoir vieilli, son visage avait pris un charme de plus. »
En 1891, au mariage de son fils Pierre, elle étonnait encore son entourage par sa santé et sa jeunesse. Elle continuait à conduire ses filles dans le monde et elle accomplissait « avec bonne grâce » — selon sa propre expression — ce « devoir maternel » (février 1892).
En 1893, à soixante ans, au moment où elle aurait pu voir grandir paisiblement ses petits-enfants et prendre un peu de repos après une vie si laborieuse, commença un calvaire qui dura quinze années. Sa main tremblait et son écriture s’altérait. En 1894, elle eut encore la force d’aller à Paris et à Dijon, présider à deux naissances ; au Clos-Mortier, soigner son petitfils Stanislas -, qui succomba le même jour que sa cousine Chantal Marcotte de Quivières, fille de Rosalie ; à Saint-Chamant, fermer les yeux de sa sœur Jenny : « Les actes d’abandon en la divine Providence, s’écrie-t-elle, sont presque devenus la respiration de ma vie. » — Mais sa vie même était désormais la proie d’une lente paralysie qui l’entravera peu à peu, lui interdira l’écriture en raidissant sa main, le travail manuel,
1. Aux sept entants que nous avons déjà nommés, s’étaient ajoutés : Catherine en 1864 ; Pierre en 1867 ; Marie-Thérèse en 1868 ; Dominique en 1869 ; François en 1871 ; Marguerite en 1873 et Madeleine.