Lettre à Chesnelong
.1. Le 5 octobre 1881.
ÉMILE KELLER
si aimé de nous tous, si cher, en particulier, à celui qui vous doit, pour une bonne part, le meilleur de ses idées, et qui, de loin comme de près, vous sera toujours uni et dévoué du fond du cœur ».
Telle était la profondeur du travail d’union des Comités catholiques !
C’est Émile Keller que Chesnelong avait désigné, en octobre 1881, pour succéder à Albert de Mun : « Entre vous deux, — lui écrivait son cousin de Claye le 8 octobre, — régnera une entente complète et intime. » Entre « le chef laïque des catholiques de France », comme ses ennemis nommaient Chesnelong, et Émile Keller, l'harmonie était en effet parfaite, et leur correspondance en témoigne avec une merveilleuse continuité :
« Mon cher ami, — - répondait le second, le 14 septembre 1880, à la lettre qui lui racontait les incidents de la Déclaration, — vos bonnes pages m’ont été une grande consolation au milieu des tristesses qu'il fallait avaler, et il m’est bien doux de me sentir, en toute circonstance, si pleinement d’accord avec vous. » « Vous et moi, — observait le premier, le 18 septembre, au sujet de son dessein de voyage à Rome, — nous ne serons pas deux, mais un, fortifié et doublé ; ce sera mieux, beaucoup mieux que d’être seul ; le Pape nous parlera à tous deux comme si chacun de nous était seul : à deux, rien ne nous échappera de ce que nous aurons à dire ; nous nous compléterons pendant l’entretien, et nous nous compléterons aussi par l’échange de nos souvenirs et de nos impressions pour bien pénétrer le sens et l’esprit de ce que nous aurons entendu : nous aurons enfin un fanal commun pour nous conduire dans les difficultés. »
Treize ans plus tard, dix-sept ans plus tard, après tant de « difficultés », le langage n’avait pas changé :
« Vous c’est moi, moi c’est vous ; et cette solidarité qui m’est chère, qui est ma joie et ma sécurité, me paraissait d’autant plus forte et plus étroite que vous étiez seul à la représenter. 1 2 » « Je relisais, tout à l’heure, une lettre-mémoire, lettre que sur les points traités par votre article - j’écrivis il y a deux ans à