Voir Mourret, op. cit.. IX. pp
ÉMILE IvELLER
pour lui et lui apporta, le 16 novembre 1881, en récompense de ses longs et éminents services à la cause catholique, le titre de Comte romain. Le 25 septembre 1882, en quittant Paris, il assura le comte Iveller « qu'il n’oublierait jamais toutes les preuves d’amitié qu’il avait bien voulu lui donner pendant les trois années qu'il avait résidé en France ; jusque-là, il l’aimait et l’estimait comme un vrai soldat de l’Église ; mais à présent, les sentiments de vive gratitude venaient se joindre aux premiers ; il priait Dieu que la France produisît de plus en plus d’hommes de sa valeur et que surtout elle sût les apprécier ». De Rome, et malgré son douloureux état de santé, le nouveau cardinal lui renouvela, d’une écriture toute tremblée, l’expression de sa reconnaissante admiration :
« Je trouve dans vos lettres, comme dans vos si intéressantes conversations, non seulement un jugement sain, mais élevé et vraiment chrétien, sans cet atroce alliage de passion et de petitesse humaine qui obscurcissent les horizons les plus clairs et corrompent, du moins du côté extérieur, les plus saintes causes... Je trouverai toujours moyen de taire arriver jusqu’à qui de droit vos précieuses informations. »
Le cardinal Czacki devint ainsi, auprès du Saint-Siège, l’un des meilleurs soutiens du Monde. Le 1er mars 1884, il « se réjouissait de grand cœur » de sa réorganisation, lui souhaitait « quelques plumes plus vibrantes », recommandait à Émile Keller d’y réserver plus de place à Oscar Havard — « qui a justement de la verve avec un esprit modéré » — et de trouver à Rome un correspondant « sérieux et non compromettant » ; le 20 mars, il déplorait les difficultés financières persistantes du journal, mais « ne croyait pas à la possibilité d’un placement quelconque d’actions à Rome ». — Cette correspondance, aussi confiante qu’alïectueuse, continua jusqu’en
M>r Lavigerie, de son côté, fit à Rome, pour le journal, de précieuses démarches et transmit au cardinal Jacobini une lettre de Chesnelong et Keller du 16 juin 1885. En 1886, le 8 février, l’archevêque d’Alger proposa lui-même à Émile Keller une nouvelle intervention auprès de Léon XIII : « Où en est le journal Le Monde ?... Il faut pouvoir marcher. Si vous
avez besoin de mon concours ici, je sais à vous » l. Ces espérances ne furent pas trompées ; mais Émile Relier ayant représenté à l’archevêque d’Alger, le 25 novembre 1887, qu’il n’y avait plus qu’à se laisser absorber par Y Univers si certaines difficultés n’étaient pas vaincues, M>r Lavigerie lui répondit qu’il devait écrire personnellement au cardinal Rampolla, et le Vatican, comprenant mal qu’un journal si obéré eût tant d’importance et d’influence, cessa de le soutenir
La tâche d’Émile Relier était, en effet, fort lourde et fort épineuse. Il recherchait les meilleurs moyens « de réveiller notre public endormi, notre clergé somnolent et nos évêques tout occupés à sauvegarder le traitement de leurs curés 3 ». En 1885, il acquit la collaboration d’Édouard Drumont, qui resta d’ailleurs peu de temps au Monde. A la même époque, M. Auffray cessa son concours à la suite du refus de Levé d’insérer l’un de ses articles. Levé ayant agi de même avec M1’"1' d’Hulst, celui-ci écrivit à Relier « qu’il trouvait ces timidités déplorables et que, si cela devait continuer ainsi, si surtout M. Levé devait se prévaloir de son titre de directeur pour lui mettre la main sur la bouche, il se sentirait très refroidi dans son désir de procurer des ressources au journal » 4. « Quand il s’agit d’un homme tel que Mb’r d’Hulst, estima Relier, et qu’on lui demande de faire un article sur un sujet important,... on peut lui demander d’y changer un ou deux mots, mais du reste l’article doit être publié, lors même qu’il aurait quelque inconvénient ». Le conflit fut heureusement apaisé par ce moyen, et M’v d’Hulst se déclara « satisfait et plein d’ardeur » pour aider le journal.
Les « timidités » que déplorait M8r d’Hulst concernaient V Affaire Pitra : le Journal de Rome — de Henri des Houx — avait publié, le 19 mai 1885, une lettre du cardinal Pitra, vicedoyen du Sacré Collège, attaquant avec la dernière violence la condescendance du Pape pour l’esprit moderne, parlant de