‹ Un Demi-Siècle de Défense Nationale et ReligieuseChapitre 129 sur 189 · OPPOSITION AU « RALLIEMENT · texte numérisé non relu

OPPOSITION AU « RALLIEMENT

SOMMAIRE

Avant le Ralliement : les idées royalistes de Léon XIII et du futur cardinal Lavigerie. — Evolution politique de RF'r Lavigerie. — En 1889, RI. Piou fonde la Droite Constitutionnelle ; l’Union catholique elle-même élargit son terrain d'action. — L'Encyclique du 19 janvier 1890. — Entente entre le cardinal Lavigerie, le Gouvernement et Léon XIII. — Le Toast d'Alger (12 novembre 1890) : son insuccès. — Désaveu officieux du Saint-Siège : protestations du cardinal.

Relations antérieures entre Rl6r Lavigerie et Emile Keller. — Ce dernier préside la Société antiesclavagiste. — L'archevêque d'Alger lui demande, au nom de Léon XIII de diriger le ralliement des catholiques à la République . — Approuvé par l’archevêque de Paris, Keller refuse : lettres du cardinal Lavigerie et réponses de son correspondant (octobre 1890 à janvier 1891). — Le cardinal essaie de remplacer Keller par Pierre Veuillot, combat l'influence à Rome de Ms* Freppel et tient à justifier sa conduite. — Encouragé par le Nonce RI«r Rotelli, Keller expose à Léon XIII la situation politique de la France et les moyens de réaliser plus efficacement l’union des catholiques sur le seul terrain de la défense religieuse (lettre du 7 février 1891).

Devenu l’adversaire irréductible du régime républicain qui lui paraissait être, non pas une simple forme de gouvernement, mais, comme à l’époque révolutionnaire, une doctrine essentiellement contraire aux principes religieux et à l’ordre social, Émile Keller allait se trouver en opposition avec la politique de Léon XIII, lui, le plus ardent défenseur du Saint-Siège, le plus soumis des chrétiens, le Français le plus dégagé des intérêts ou des passions de parti ! Il crut que le « Ralliement », conseillé ou ordonné au nom des intérêts religieux, ne pouvait plus qu’en consommer la ruine, et il refusa d’en devenir le

chef, car c’est lui qui avait été choisi pour remplir ce grand rôle. On conçoit le drame qui se joua alors dans son âme, on devine que seules d’irréductibles raisons déterminèrent sa résolution : nous allons les exposer avec l’unique souci de dévoiler toute sa pensée. La Grande Guerre n’a-t-elle pas suffisamment modifié l'horizon politique de la France, rapproché les cœurs et élargi les idées ; le cycle des événements qu’était appelé à dominer le « Toast d’Alger » n’est-il pas assez fermé pour qu’on puisse aujourd’hui parler de Ralliement sans sortir du calme domaine de l’histoire ?

Au moment du Ralliement, Émile Iveller n’avait aucune raison de croire que Léon XIII fût personnellement favorable à raffermissement du régime républicain.

Après la mort du Comte de Chambord, le nouveau Pape avait vu le Comte de Paris, s’était réjoui des dispositions du Prince à l'égard de l’Église, et n’avait pas dissimulé son désir de voir se rétablir en France la Monarchie. Le 17 octobre 1878, Iveller et son fils Jean avaient, du reste, été reçus en audience par le Souverain Pontife qui leur avait en ces termes confirmé ses sentiments : « Pourquoi, chez vous, les conservateurs ne sont-ils pas unis? Les orléanistes ne sont-ils donc pas réconciliés avec les légitimistes? Ah ! si le Comte de Chambord avait compris qu’il fallait se faire voir, au besoin s’exposer aux coups et prendre possession du pouvoir au lieu de soulever la question étroite du drapeau l 2... La France n’a pas de gouvernement établi : c’est ce qui la tue... Il lui faudrait un gouvernement solide quel qu’il fût, pourvu qu’il fût chrétien, d’ailleurs : monarchie ou monarchie constitutionnelle, peu importe a. »

Le 16 novembre 1883, le Pape avait tenu au futur colonel P. Keller un langage analogue insistant sur la nécessité de rétablir d’abord la Monarchie 3.

Lorsque Boulanger commença à faire parler de lui, Ch. Ches-

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