GG républicains contre 200 opposants
4. La Croix et Le Monde adoptèrent semblable attitude. Le Monde, aban¬
donné par Keller et Cbesnelong, devait en 1895 fusionner avec l'Univers.
ÉMILE KELLER
autres. — Mais enfin le Pape reconnaissait, une fois de plus, que les catholiques pouvaient être républicains, et c’est ce droit — évident — que le cardinal s’apprêtait à leur présenter comme un devoir, comme un devoir en dehors duquel l’union des catholiques, indispensable au salut de l’Église de France, serait condamnée à l’impuissance.
Léon XIII avait-il, à ce point, changé d’opinion? Msr Baunard a rapporté que le Pape lui aurait dit plus tard au sujet du Ralliement : « Pour sa déclaration d’adhésion à la République, ce n’est pas une mission que je donnai au cardinal Lavjgerie, mais une permission et un encouragement... Je lui fis en outre la recommandation de ne pas engager à fond le Saint-Siège dans une action que l’Éminence mènerait par elle-même 1... » Mais sans doute faut-il noter, avec MB‘ Baudrillart -, « qu’au moment de la conversation de Léon XIII avec Mb'r Baunard, les affaires du Ralliement allaient déjà mal et que le Pape était pris entre le souci de la vérité et celui de décharger le Saint-Siège d’une responsabilité excessive ». L’entente préalable entre le Pape et le cardinal est en tous cas indiscutable : après avoir vu, à Fontainebleau, M. Carnot, président de la République ; à Paris, les ministres Freycinet, Ribot et Constans, Mri' Lavigerie eut, du 10 au 14 octobre 1890, des audiences suivies avec Léon XIII, et ce dernier admit qu’il fallait « briser les vitres avec les anciens partis », unir les catholiques sur le terrain républicain, prendre M. Relier pour chef et laisser à l’archevêque d’Alger le soin de choisir, pour rendre ces dispositions publiques, une occasion favorable. Avant de quitter Rome, le 18 octobre, le cardinal écrivit d’ailleurs au ministre de l’Intérieur, M. Constans, que « les avantages et la nécessité d’une adhésion explicite de l’épiscopat français à la forme républicaine étaient désormais reconnus par le Saint-Siège » et qu’ « il était tout prêt, pour sa part, à en donner le signal, si le Pape le lui demandait ».
L’occasion favorable se présenta le 12 novembre 1890. L’escadre de la Méditerranée était arrivée en rade d’Alger.
1. Revue des Sciences Ecclésiastiques, juillet-août 1913. Mourret, Histoire générale de l'Eglise, chapitre ix, p. 101.