Nous l’avons vu plus haut, p
2. « Vivement pressé par nous de vous apporter son concours, ajoute Keller, ce fut M. Lamy qui le refusa en se réservant d'agir de son côté. »
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républicains catholiques, et en général à tous les honnêtes gens désireux de combattre les lois persécutrices, en laissant de côté les querelles de parli. La vingtième Assemblée Générale des Catholiques de France allait justement se tenir : à la séance du 26 avril 1891, présidée par le cardinal Richard, Chesnelong remercia Son Éminence de n’avoir pas exigé des royalistes le sacrifice de « la loyale fidélité de leurs convictions et de leurs espérances », supplia les catholiques de s’unir étroitement, rappela que cette union nécessaire était conforme aux Encycliques de Léon XIII et qu’il fallait la réaliser « en n’écartant aucune bonne volonté loyale, ni aucun dévouement sincère ». Le cardinal donna alors publiquement « mission » à Chesnelong et à Relier, président et vice-président du Comité de Défense Religieuse, de compléter ce Comité en groupant autour d’eux de nouvelles énergies : « Nous n’aurons pas seulement avec nous, disait-il, ceux qui partagent notre foi ; les hommes honnêtes qui ne subissent pas le joug des sectes anti-chrétiennes ne refuseront pas de s’unir à nous pour défendre les consciences contre l’oppression qui pèse sur elles h »
Le congrès terminé, Relier rédigea une Adresse au Pape indiquant les résolutions adoptées : Chesnelong la corrigea et l’expédia à Rome. Le 23 mai, Léon XIII répondit à Chesnelong, fort élogieusement, que l'union projetée lui était « agréable par-dessus tout ». On pouvait aller de l’avant, et si Relier avait dû rompre avec le cardinal Lavigerie, il était maintenant autorisé à croire que les « ralliés » ne jouissaient pas seuls de l’approbation du Saint-Siège.
Au cours des semaines suivantes, V Union de la France Chrétienne était constituée sous la présidence de Chesnelong ; la vice-présidence de Relier, du baron de Mackau, du comte de Mun et de d’Herbelot. Le Comité comprenait des personnages d’opinions politiques non moins diverses : le P. Bailly, de la Croix; P. Veuillot, de Y Univers ; Levé, du Monde; de Claye, de la Défense ; Raoul Ancel, de Y Œuvre des Cercles ; le marquis de Beaucourt, de la Société bibliographique ; le
1. Sauf indications contraires et avant d'utiliser les lettres inédites (Iveller- Chesnelong) que nous avons entre les mains, nous résumons brièvement ici la documentation déjà fo.urnie par M«r Laveillc (Vie de Chesnelong) .
ÉMILE KELLER
vicomte de Roquefeuil, de Y Association catholique de la Jeunesse française ; Abel Rainbeaux, de YŒuvre des Patronages ; les sénateurs Lucien Brun, Buffet et de Ravignan ; les députés comte de Lanjuinais et Thellier de Poncheville. La Correspondance hebdomadaire 1 devenait le bulletin attitré du Comité qui publia, le 19 juin, une Déclaration où, répondant à l’appel de S. E. le cardinal-archevêque de Paris, il demandait « le concours des chrétiens et de tous les honnêtes gens, quelles que fussent leurs opinions politiques, pour défendre et réclamer d’un commun accord les libertés civiles, sociales et religieuses dont on les dépouillait ». De nombreux prélats, et les plus en vue (comme les archevêques de Reims, de Lyon et d’Aix), encouragèrent le mouvement ; le nouveau nonce, Msr Ferrata, lui parut favorable ; de Mun à Lyon 2, Buffet dans les Vosges, Relier dans la Manche inaugurèrent une brillante campagne de conférences de propagande.
Ainsi, tout marchait bien pour l’Union en 1891. — En 1892, tout changea.
Le 22 janvier 1892, pour répondre aux vexations gouvernementales qui avaient payé les avances du cardinal Lavigerie et du Saint-Siège, les cardinaux français (les Cinq) lancèrent un manifeste reprochant vigoureusement au gouvernement républicain d’être depuis douze ans « la personnification d’une doctrine et d’un programme en opposition absolue avec la foi catholique », mais conseillant aux catholiques « l’acceptation franche et loyale des institutions politiques ». Soixantequinze évêques y adhérèrent. Le 25 janvier, le Monde publiait une lettre du comte de Mun au Père Didon s’appuyant sur le manifeste pour demander la formation d'un parti catholique constitutionnel :
« Chacun va dire son mot, écrit aussitôt (26 janvier) Relier à Chesnelong, et il me paraît bien difficile que la Correspondance
1 Organe du Comité de défense religieuse: elle parait toujours en 1922.
2. C'est Relier qui, le 4 octobre 1891, demanda à Chesnelong de prier de Mun d’aller à Lyon avec lui, Chesnelong.
3. Proposé par le cardinal Langénieux, rédigé en grande partie par Mt'r d'Hulst.
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hebdomadaire garde le silence... qui équivaut à la mort. En attendant que les choses se soient éclaircies, le mieux n’est-il pas de soutenir tranquillement que le terrain de la France Chrétienne n’est pas changé? Comme nous sommes bien décidés à ne pas le modifier, il me semble qu’il n’y a aucun inconvénient à le maintenir... Il serait vraiment curieux que le parti constitutionnel fût formé par ceux qui avaient donné la main au général Boulanger pour étrangler la République. »
Au nom de la Jeunesse Catholique, le comte de Roquefeuil adressa au comte de Mun une lettre publique acceptant d’entrer dans le nouveau parti. « Au Cercle catholique, on est moins pressé ; néanmoins, un tiers environ des membres penchent vers la République. La plupart de nos amis ne voient dans la Déclaration qu’un manifeste contre la politique républicaine et attachent peu d’importance à la fameuse phrase d’ acceptation franche et loyale 1. » Chesnelong, bien entendu, partageait les sentiments de son ami 2 :
« Plus je réfléchis, plus je suis contristé, troublé, découragé de la situation qui nous est faite dans l’ Union de la France Chrétienne. L’acceptation résolue, franche, loyale, des institutions républicaines, non plus seulement tolérée, permise, ou même indirectement conseillée, mais commandée aux catholiques, au même titre que la défense des libertés religieuses, comme un devoir de conscience et de patriotisme,... quelle confusion! Le cardinal Richard ne veut pas, j’en suis convaincu, de la formation d’un parti catholique constitutionnel, et la formation de ce parti serait la suite logique de la lettre des Cinq. Le cardinal voudrait, je n’en doute pas, la continuation de l’Union de la France Chrétienne, dont plus que personne il a la paternité, et la lettre des Cinq a dévasté le seul terrain sur lequel l’union des catholiques pût se faire avec honneur et agir avec efficacité... Comment le cardinal pourra-t-il accorder l’acceptation demandée par le programme de la lettre des Cinq avec la neutralité loyale dans une liberté respectée qui était au fond du programme de V Union ?... Pourrons-nous vivre longtemps, et quelle autorité aurions-nous pour faire prévaloir le programme de la neutralité ? La presse ne nous soutiendrait pas... Je n’accepterai d’être ni à la tête ni à la suite d’un parti catholique républicain... Nous