‹ Un Demi-Siècle de Défense Nationale et ReligieuseChapitre 139 sur 189 · Keller à Chesnelong, lor février · texte numérisé non relu

Keller à Chesnelong, lor février

2. Lettre « personnelle » du 11 février, dont nous ne reproduisons pas le passage déjà donné par M*r Laveille (op. cit., p. 550)

ÉMILE KELLER

n’avons jamais eu au service de l’Église que des pensées de dévouement, pas la moindre velléité de prépotence égoïste... Mon bonheur serait de servir et ma joie serait de me soumettre. Il est pénible, il est cruel de retirer un concours là où on serait heureux de le donner avec tout son cœur ; et voilà pourquoi la retraite, même si elle est prescrite par la conscience et par l’honneur, me sera très douloureuse. Je crois pourtant qu’elle s’impose. »

Elle allait en effet s’imposer.

L’Encyclique aux Français du 16 février 1892, — « Au milieu des Sollicitudes », — distinguant les « pouvoirs établis » de la « Législation », conviait définitivement les catholiques à s’unir sur le terrain des institutions. Le 3 mai, dans sa lettre aux cardinaux, Léon XIII insista sur la nécessité « d’accepter, sans arrière-pensée, avec cette loyauté parfaite qui convient au chrétien, le pouvoir civil dans la forme où de fait il existait ». La vingt et unième Assemblée Générale des Catholiques de France se tenant sur ces entrefaites, le Congrès fit encore parvenir à Rome une adresse où, sans parler du Ralliement, il affirmait sa soumission aux ordres du Saint-Père ; le 12 mai, le cardinal Rampolla télégraphia à Chesnelong les bénédictions du Saint-Siège « dans la ferme confiance » que les catholiques français suivraient « la conduite tracée dans Ses dernières lettres en se plaçant sur le terrain constitutionnel ». Chesnelong parcourut ces lignes, les fit lire à Relier, gagna la salle du Congrès, et, debout, de sa voix la plus claire, la plus ferme, il donna connaissance à l’Assemblée de l’arrêt qui le condamnait ; puis il se rassit sans un commentaire, sans un mot, au milieu d’un silence de mort h — « Voyez comme je souffre, dit-il en sortant, les larmes aux yeux, à son vieil ami Merveilleux du Vignaux. Deux fois désavoué : par le Roi et par le Pape ! »

Le lendemain, il expédiait à ses correspondants une dépêche dissolvant V Union de la France Chrétienne, son « terrain de neutralité ne paraissant plus répondre aux désirs exprimés

1. Détails donnés par M. René Lavollée, témoin oculaire, à M.'r Laveille (oj). cit., p. 555).

l’ « UNION DE LA FRANCE CHRÉTIENNE » 339

par le Saint-Père ». — Plus de six ans après 1 2 3, il devait écrire à Relier :

« Devant le désaveu qui nous frappa par un télégramme qui me fut adressé un an après avoir reçu, pour le même objet, un bref du Pape très encourageant et très laudatif pour notre projet d’ Union de la France Chrétienne, je dus, le surlendemain même du jour où j’avais, devant le Congrès, exposé le programme accepté et loué un an avant, lire publiquement et avec respect le télégramme improbateur... En portant au cardinal ma démission et la vôtre, je lui déclarai que pour ma part je ne pouvais pas entrer dans la voie nouvelle, mais que je garderais le silence sur cette politique et que, par respect, je ne la combattrais pas. Je renouvelai cette double déclaration lorsque, plus tard, je lui écrivis à Rome pour le remercier de la lettre que vous connaissez et dans laquelle le Pape, en reconnaissant la délicatesse des motifs qui ne m’avaient pas permis d’entrer dans la politique nouvelle, nous transmettait et nous autorisait à faire connaître qu’il nous continuait toute son affection Lié par ma parole, je reste inflexiblement à l’état de non-adhésion à la politique nouvelle... »

Suivant les expressions d’Émile Relier « enveloppant la blessure de son cœur dans une inviolable réserve », Chesnelong n’en parla donc jamais en public ; mais il eut le cœur de son intime ami pour s’épancher, et comme Léon XIII lui-même désira le maintien du Comité Catholique de Défense Religieuse, il conserva du moins ce terrain d’obéissance sans réserve et de persévérante action.

Relier admirait une si parfaite mansuétude, mais il avait bien de la peine à s’y résigner, et, au point de vue politique, à sonner la retraite. Mer Perraud, évêque d’Autun, ayant publié Quelques réflexions sur l’Encyclique du 16 février 1892, il ne put s’empêcher d’en manifester son humeur à Chesnelong : « Nous descendons rapidement la pente qui ramène à la Commune et à la Révolution, et c’est le moment que M8r Perraud choisit pour comparer le comte de Paris aux rois fainéants, Carnot,

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