‹ Un Demi-Siècle de Défense Nationale et ReligieuseChapitre 143 sur 189 · Réponse à Chesnelong du 12 juillet · texte numérisé non relu

Réponse à Chesnelong du 12 juillet

l’ « UNION DE LA FRANCE CHRÉTIENNE » 343

rendait naturellement cette vie fort précaire. L’Épiscopat n’était pas porté à les soutenir : « Sacrifiés à la stabilité gouvernementale », leurs chefs, lorsqu’ils allaient rendre leurs hommages à l’archevêque de Paris, « ressemblaient au gladiateur antique disant à César : Morituri, te salutarit »l. — En dehors d’eux, la confusion, la désagrégation qu’ils avaient prédites se développaient, et l’on vit, en 1896, de jeunes catholiques lyonnais organiser un congrès sans demander avis à leur archevêque, exclure l’Épiscopat de leurs réunions et en réserver l'honneur, ainsi que la présidence du banquet final, à Edouard Drumont, alors que les évêques étaient si souvent malmenés dans les colonnes de la Libre Parole. La Correspondance hebdomadaire ayant parlé de ce congrès, l’archevêque de Lyon s’en plaignit 2 au directeur du bulletin, ce qui fournit à Émile Keller une occasion, bien inattendue, de rappeler à Mb’r Coullié la doctrine et les desiderata du Comité Catholique :

« Nous partageons complètement votre manière de voir au sujet du Congrès de Lyon, auquel aucun de nos amis n’a pris part. Nous n’avons pas de plus vif désir que de voir les catholiques défendre leurs libertés et leurs droits sous la conduite et la direction de leurs évêques. C’est ce désir que notre rédaction avait mission d’exprimer... Permettez-moi de vous avouer très respectueusement la peine et le malaise que nous éprouvons quand cette direction nous fait défaut. Je le fais d’autant plus facilement que je m’adresse à un évêque... qui a donné aux Congrégations religieuses le signal de la résistance aux injustices fiscales...

« Depuis quatre ans, nous avons reçu peu de directions et peu d’encouragements. Pendant qu’on accablait nos gouvernants de congratulations et qu’on s’efforçait d’arracher aux catholiques une adhésion peu sincère au régime républicain ou un respect malaisé pour le personnel gouvernemental, on nous interdisait de tenir des Congrès, on laissait sommeiller les catéchismes électoraux et la résistance aux lois sectaires. Nous avons tous accepté ce silence, attendant des jours meilleurs, et ce n’est pas notre faute si des catholiques moins patients ont élevé la voix sans consulter personne et ont réclamé l’action. Bien décidés à ne rien faire en dehors de la hiérarchie, nous voudrions voir

1. Keller à Chesneloug, 28 octobre 1894. 2 Lettre du 4 décembre 1890.

344 ÉMILE KELLER

tout l’Épiscopat animé du zèle intrépide dont vous avez donné tant de preuves 1 2... »

A cette époque, la Franc-Maçonnerie était presque devenue une religion d’État, une contre-Église. L’ « esprit nouveau » de Spuller, puis 1’ « apaisement » de Méline n’avaient pas empêché le « bloc républicain » de se reconstituer sur le terrain de l’anticléricalisme. Mais cela n’arrêtait pas le Ralliement, et l'on projeta de réunir à Reims, en octobre 1897, un premier Congrès national catholique — républicain - — , congrès au cours duquel le cardinal Perraud allait rappeler que « les Français acceptaient les institutions démocratiques, à la condition qu’elles fussent une vérité, res publica, la chose de tout le monde, sans qu’il y eût des profiteurs et des parias ». La Correspondance hebdomadaire annonça, sans commentaires, que le Comité de Défense Religieuse y resterait étranger. Le cardinal Richard s’en froissa :

« Il fallait bien dire, observa Keller -, si nous en faisions ou non partie, et si le cardinal avait le droit d’être mécontent, c’était de ceux qui, après son refus formel, se sont vantés de lui faire forcer la main à Rome. Je commence à être rassasié de ces mécontentements tombant sur nous comme une grêle, alors que nous faisons tout au monde pour ne pas déplaire. Je crois que je ferais bien de quitter le Comité Catholique où je suis une pierre d’achoppement et d’où je fais fuir les autres. »

Simple boutade d’un bon soldat qui ronge son frein. Chesnelong d’ailleurs le modérait, l’encourageait, et quelques semaines après, Keller consentait à « vivoter » au Comité Catholique, tout en dressant, pour la Défense Religieuse, un véritable plan de campagne :

« Il me paraît difficile qu’à la veille des élections de 1898 nous ne disions rien à nos amis qui attendent de nous une direction, aux catholiques décapités et dispersés, au Saint-Père dont nous ne pouvons discuter les actes, mais que nous sommes tenus d’instruire des faits et d’une situation qu’on lui peint

Page 1