‹ Un Demi-Siècle de Défense Nationale et ReligieuseChapitre 144 sur 189 · Lettre à Chesnelong du 20 juillet · texte numérisé non relu

Lettre à Chesnelong du 20 juillet

l’ « UNION DE LA FRANCE CHRÉTIENNE » 345

sous des couleurs trompeuses... C’est là, à mon avis, l’œuvre nécessaire de la Correspondance. Elle doit être poursuivie avec infiniment de prudence, de respect pour le Saint-Siège, de ménagement et de charité pour les dissidents ; mais elle doit être poursuivie. »

Cette « oeuvre nécessaire », il allait, soudain, l’inaugurer avec éclat.

L’étude d’Émile Keller sur Les élections de 1898, étude publiée par le Corespondanl du 1er octobre 1897 et reproduite par la Vérité d’Auguste Roussel, eut un retentissement justifié à la fois par l’importance capitale de son sujet, la hauteur de ses vues, la solidité de sa dialectique, le noble éclat de son style et l’intrépidité de ses conclusions. En libérant sa conscience, l’auteur libérait celle de tous les catholiques qui, depuis deux législatures, constataient les résultats de la politique qu’ils avaient silencieusement déplorée ; et il traçait une fois encore, avec sa foi intégrale de catholique, mais avec son indépendance de citoyen, le programme de la seule union réalisable. C’était le programme de l’ancienne Union de la France Chrétienne, le programme dont la dépêche du cardinal Rampolla, en mai 1892, avait amené l’abandon ; mais il pensait qu’après de si tristes expériences, le Saint-Siège — - dont certains démocrates chrétiens, en instituant « le péché de monarchie », avaient d’ailleurs exagéré et dénaturé les directions, — ne serait plus inaccessible à ses vues, et il adressa hardiment à Léon XIII luimême, par une lettre qui en résume le dessein, le texte de son article :

« Très Saint-Père,

« Que Votre Sainteté me permette de lui faire très respectueusement hommage d’un article que je viens de publier sur les élections de 1898.

« Après avoir gardé le silence pendant cinq ans, j’ai cru de mon devoir de le rompre et de tenter un effort pour rétablir l’union des catholiques et des honnêtes gens de toute nuance, prête à se dissoudre complètement pour le plus grand malheur du pays et de la religion. Nous sommes en présence d’un Ministère 1 qui se dit modéré et qui se vante de sauver la France du

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