Minute d'Emile Keller, non datée
l’ « UNION DE LA FRANCE CHRÉTIENNE » 347
II fallait respecter leurs convictions, comme ils respecteraient les convictions d’autrui ; la fusion des opinions politiques étant impossible, il fallait rechercher seulement leur alliance, alliance « consentie, affirmée, expliquée au grand jour », et compatible avec toutes les combinaisons électorales nécessitées par la défense loyale des libertés religieuses. II fallait, en un mot, « s’allier pour combattre, mais pas pour capituler ».
Cet article avait une portée morale d’autant plus grande que son auteur n’avait plus, personnellement, d’ambition électorale Les félicitations lui arrivèrent nombreuses et ardentes. L’évêque de Carcassonne lui annonça que dans son diocèse l’écrit avait « recueilli tous les suffrages des enfants de l’Église, à quelque parti qu’ils appartinssent ». Le duc de Broglie estima qu’en dehors de la voie indiquée « nous marchions au plus grand désastre que nous eussions encore éprouvé ». Le comte Werner de Mérode retrouvait, sous la plume de Relier, ses accents de jadis contre Napoléon III lié au cadavre d’Orsini. Le marquis de La Tour du Pin adressait à son « cher et vénéré Maître » de curieux renseignements sur « les différentes couleurs de l’arc-en-ciel politique » : à la Croix, il avait recueilli « un grand éloge » de#son acte et « un vif désir de se concerter avec lui sur la base qu’il avait indiquée » ; les Pères Assomptionnistes « seraient forcément avec lui, s’il ne les obligeait pas à en avoir l'air et à se compromettre ainsi à Rome »... De Meaux estimait « impossible de mieux dire tout ce qu'il fallait dire, et de le dire plus à propos » ; quel conservateur « pourrait choisir l’union avec l’ennemi plutôt que l’union entre amis ? » En même temps que son âme, Relier « aurait délivré l’âme de bien d’autres ». Ch. Merveilleux de Vignaux, doyen de la Faculté de droit de l’Université catholique, avait entendu enfin « la voix de la vérité et du bon sens, deux choses qui seraient bientôt, ou pour mieux dire qui étaient déjà antédiluviennes » ; il eût vivement désiré offrir à Relier la circonscription des Sables « où personne des nôtres ne con-
1. En décembre 1897, il fut question d’une candidature Keller dans l’arrondissement de Pontivy ; mais ce projet n’eut pas de suite.
ÉMILE KELLER
sentait à se laisser porter et où nous étions menacés d’un abbé démocrate ». Le comte E. de Lur-Saluces rappelait qu’à Bordeaux ses amis et lui avaient déjà appliqué les alliances recommandées et qu’ils étaient prêts à les renouer « avec des catholiques tenant à se dire républicains, à la condition, toutefois, qu’ils usassent de réciprocité à notre égard ». « Tout le monde parle de l’article, écrivait M. de Lamarzelle; puisse tout le monde en profiter ! » Auguste Roussel l’appelait « un chefd’œuvre de fermeté, de clairvoyance, de modération et d’habileté ».
Parmi tant d’éloges, les plus vifs et les plus précieux furent ceux de Chesnelong :
« Jamais, à mon sens, disait celui-ci l, vous n’avez rien écrit de plus fort, de plus précis, de plus pénétrant et de plus serré, de plus lumineux et de plus vrai, de plus vivant et de plus pressant, dans une langue plus vigoureuse, plus concise, plus belle aussi dans son élévation magistrale, son éclat contenu et son énergique relief. On y sent par surcroît la foi et l’émotion d’un grand catholique fidèle et attristé, la vibration émue d’une âme toute chrétienne et toute française.
« Et puis, cet éloquent article est un acte. Vous y avez mis la fierté sereine et l’accent loyal d’une conviction qui, s’appuyant sur la vérité des faits, et je dirai même sur leur évidente réalité, a d’ailleurs derrière elle, pour en rehausser l’autorité, le témoignage de toute une vie. Je vous félicite d’avoir fait cet acte et de l’avoir fait si noblement... J’ai, il est vrai, par l’effet des circonstances, une situation particulière qui ne m’aurait pas permis de faire personnellement l’acte public que vous venez d’accomplir 2... Mais je suis très heureux que vous, qui avez à cet égard plus de liberté, vous l’ayez fait. J’estime même cpie vous avez en cela rempli un courageux devoir... Vous pouvez, quoi qu’il arrive, être content de vous ; moi, j’en suis fier pour vous... La Correspondance devra rester dans cette note, sans la dépasser. »
On conçoit, cependant, le dépit qu’en ressentirent les Ralliés et tous les adhérents du Congrès National qui allait se tenir avec l’agrément du cardinal. Émile Relier prévoyait que