Lettre à Chesnelong, 7 septembre
ÉMILE KELLER
et Chesnelong, et il faisait figurer toutes leurs Œuvres sur son programme. Keller s’en ouvrit à M. l’abbé Odelin : « à la rigueur, on avait pu comprendre un congrès catholique électoral en 1897 ; mais un congrès d’œuvres donné tous les ans à Paris, c’était le congé signifié aux vieux serviteurs de la cause du Comité catholique et à ses œuvres 1 ». Au Congrès, n’allait-on pas voir « pontifier » l’abbé Gayraud, sous la conduite duquel l’Œuvre des Cercles avait envoyé à Rome un pèlerinage ouvrier 2 ?
L’abbé Gayraud avait été élu député, le 8 mai, sans concurrent, ainsi que le comte de Mun. M. Piou avait lui aussi triomphé. Au nom des Ralliés, Étienne Lamy avait déclaré que, « républicains ou venus à la République par amour de la France », les catholiques étaient unis, qu’ils étaient prêts aux alliances, mais non pas aux capitulations, et qu’à ceux qui voudraient se servir d’eux sans les servir, les Ralliés diraient : « Où ne seront pas la liberté et la justice, ne sera pas notre concours. » Nobles paroles, et qui rappelaient — appliquées aux républicains — les formules qu’ Émile Keller avait voulu appliquer à tous les partis. Seulement, M. Rarthou, ministre de l'Intérieur, rompant avec la modération de son président du Conseil (Méline), avait déclaré la guerre « aux perfides qui n’entreraient dans la République que pour en chasser l'esprit républicain », et défini cet esprit en proclamant l’intangibilité des lois scolaires et militaires. La Gauche républicaine, concentrée sur le terrain anticlérical, triompha le 22 mai, condamna tout gouvernement qui accepterait le concours de la Droite, renversa le ministère Méline et le remplaça par le ministère Henri Brisson (28 juin 1898). Parvenue au sommet du pouvoir, confondue avec le Gouvernement, la Franc-Maçonnerie dénonça le scandale d’ « un innocent condamné pour le crime d’un autre et maintenu au bagne parce que le parti jésuite l’exigeait 3 », et la France fut livrée aux ignominies de l’aflaire Dreyfus. Jules Lemaître attribua tous ces malheurs à la « lourde erreur » des conservateurs