EMILE KELLER ET PIE X
SOMMAIRE
Ministère Waldeck Rousseau : dissolution des Assomptionnistes (1*99) et loi sur les Associations (1901). — Fondation de l'Action Libérale Populaire : Keller refuse son concours à M. Piou. — En 1903, le Saint-Siège approuve l'œuvre des Comités catholiques. — Keller lance un appel en faveur des religieux expulsés et fonde l'Union des Catholiques Français. — Attitude de I Action Libérale Populaire — Adhésion de Ferdinand Brunetière et de nombreuses notabilités catholiques. — Retraite de François Coppée.
Mort de Léon XIII (20 juillet 1903) — Keller cherche à connaître les vues
de Pie X. — Lettre de Msr de Cabrières. — Le cardinal Vincent Vannutelli transmet au Comité Catholique les encouragements de Pie X : ces encouragements sont renouvelés les années suivantes. — L’Union rêvée par Keller est devenue irréalisable.
Correspondance entre Emile Keller et M*r Turinaz les : Associations d Hommes. — Echecs de l’évêque de Nancy. — Mérite d'Emile Keller : fécondité de son œuvre .
« Il faut toujours agir comme si ou pouvait tout, et se résigner comme si on ne pouvait rien. » Émile Keller, auquel le général de Charette avait proposé cette devise \ s’efforça surtout d’en suivre le premier précepte.
En novembre 1899, les Assomptionnistes avaient été expulsés : Waldeck-Rousseau avait prévenu le Nonce, M15" Lorenzelli, que ce sacrilice « sauverait les autres congrégations » et Léon XIII2 lui-même invita les condamnés, pour le bien
l Lettre du 15 déeembre 1899
2. Léon XIII avait dit naguère au It. P. Bailly : « Il ne faut pas toujours crier Dreyfus! Dreyfus !... Et puis il faut dire quelquefois du bien de M Loubet. » I) après le biographe (assomptionniste) du P. Bailly. — Voir
ÉMILE KELLER
de la paix et en vue d’éviter un plus grand mal, à quitter désormais la rédaction de la Croix ; « tout en comprenant les sympathies des catholiques pour les Pères de l’Assomption », le Pape « jugerait dangereuse toute manifestation qui revêtirait un caractère politique ». — L’année suivante, le président Loubet, sans même provoquer une nouvelle discussion, promulguait la loi sur les Associations (1er juillet 1901), loi qui atteignait le clergé séculier comme le clergé régulier, menaçait le pouvoir spirituel, tendait à la ruine de cette Église catholique qui, servant « de rempart officiel et légal 1 » aux congrégations, prétendait disputer à l’État laïc le gouvernement des consciences. C’était la préface de l’abolition du Concordat. Léon XIII eut beau réprouver la loi de haine comme contraire au droit évangélique et au droit naturel, comme une manœuvre habile tendant à réaliser « le dessein préconçu de pousser les nations catholiques dans la voie de l’apostasie 3 » : Waldeck- Rousseau, type accompli du « roseau peint en fer », l’interpréta dans le sens le plus défavorable aux religieux.
Au Parlement, M. Piou et ses amis s’efforçaient d’organiser la résistance ; en juin 1901, les députés pressentis « n’avaient pas beaucoup d’entrain, puisqu’ils avaient des intérêts électoraux à défendre 3 »; quarante ou quarante- cinq avaient pourtant donné leur adhésion. M. Piou tâchait de convertir Keller avec lequel il entretenait d’ailleurs — malgré de profonds dissentiments politiques — de cordiales relations :
« Ne pensez-vous pas, lui écrivait-il, que nous devrions essayer de lutter tous ensemble? Cette communauté d’efforts pourrait être franche... Depuis que je vois la guerre religieuse s’accentuer, j’ai pensé qu’il y aurait peut-être lieu d’essayer d’une grande association entre catholiques à l’exemple de celle qui a été faite à d’autres époques, en Irlande, en Belgique, en Allemagne. Il ne s’agit pas de cela en ce moment. Mais une organisation électorale, groupant et faisant naître des centres
Questions actuelles, t. CXV, p. 215; et Mourret, Histoire Générale de l'Eglise, t. IX, pp. 163-165.