‹ Un Demi-Siècle de Défense Nationale et ReligieuseChapitre 151 sur 189 · Lettre de M. Piou à Keller, 12 juin · texte numérisé non relu

Lettre de M. Piou à Keller, 12 juin

l’ « UNION DES CATHOLIQUES FRANÇAIS )) 355

d’action et des bonnes volontés, préparerait les éléments dont nos successeurs, sinon nous, pourraient faire leur profit.

« Dans la note qui a été rédigée par notre groupe l, j’ai, avec mes collègues, essayé d’éviter les froissements au sujet de la question de forme gouvernementale. Il était impossible de ne pas parler du « terrain constitutionnel ». Nous en avons parlé de la façon la moins accusée. Le texte dit : « Les députés con- « tinuent dans le pays la lutte qu’ils soutiennent à la Chambre « sur le terrain constitutionnel contre les coalitions collecti- « viste, jacobine et sectaire ». Il me semble que cette rédaction est faite pour faire taire les scrupules de nos amis catholiques qui restent convaincus que la Monarchie est notre seule branche de salut...

« Votre concours nous serait à tous bien précieux. A moi, il me serait particulièrement d’un bien haut prix. Vous savez mes sentiments pour vous, et combien j’admire et votre caractère et votre courage et votre talent. Et puis le rêve d’union absolue, dont je vous parle plus haut, hante mon esprit !... »

Ce rêve 11e hantait pas moins l’esprit d’Émile Keller ; mais ses scrupules étaient plus résistants que ne le jugeait M. Piou, et il ne put adhérer à un groupement — Y Action libérale populaire — qui inscrivit le « terrain constitutionnel » en tête de ses statuts. L’union absolue était-elle plus réalisable que jadis sur ce terrain ? Et les intérêts électoraux qui entravaient l’entrain des premiers adhérents s’efïaceraient-ils devant des intérêts plus hauts ? Le 28 juin, en annonçant à Keller que MM. Cochin et Lerolle avaient, eux aussi, refusé de faire partie de son Comité directeur « à cause du terrain constitulionnel », M. Piou retraçait lui-même ses déboires :

« J’ai fait tout ce que j’ai pu pour amener tout le monde à la conciliation. Les intérêts électoraux, l’indifférence ne m’ont pas permis de faire tout ce que j’aurais désiré. Le temps arrangera tout cela. Quant aux opportunistes, ils ont peur de nous, nous prodiguent tout bas de bonnes paroles : ils ne comprennent pas encore que, sans nous, ils sont perdus. Je me donne toute la peine possible avec la meilleure volonté possible ; mais je me heurte dans toutes les affaires semblables à l’égoïsme, à l’apathie, aux amours-propres... »

Avec tous scs dons de parlementaire, M. Piou, « lié par ses

Page 1