‹ Un Demi-Siècle de Défense Nationale et ReligieuseChapitre 156 sur 189 · L’ « UNION DES CATHOLIQUES FRANÇAIS · texte numérisé non relu

L’ « UNION DES CATHOLIQUES FRANÇAIS

Léon XIII avaient imprimé à l’opinion française un mouvement produisant d’inéluctables conséquences. Depuis le Toast d’Alger, la situation s’était profondément modifiée. Si, en 1890, Émile Relier avait eu raison de croire que les catholiques, en grande majorité, restaient fidèles à la Monarchie, il n’en était plus de même désormais. L’indifférence politique faisait maintenant de réels progrès, et la fidélité obstinée des royalistes, — si grande, si grandissante même avec le péril que fût sa raison d’être, — était de moins en moins comprise. Plus tard, une élite intellectuelle serait ramenée à la Monarchie par la raison et s’efforcerait de renouer la tradition défaillante entre 1900 et 1910 ; ce retour commençait à peine, et, au milieu du découragement général, l’union des persécutés apparaissait de plus en plus difficile.

Émile Relier était trop sagace pour ne s’en pas rendre compte. Résigné à l’inévitable, il se borna donc à poursuivre des œuvres de Défense Religieuse qui, restant étrangères à l’action politique proprement dite, et en tous cas à l’action électorale, ne portaient pas directement ombrage à l’œuvre propre de l'A. L. P. et conservaient même pour amis, alliés ou collaborateurs, certains tenants de cette dernière. C’était là finalement le maximum d’union pratique. Un tel maximum le désolait par son insuffisance ; mais s’il eût conservé des illusions, les lettres de plus en plus amères du doyen de l’Épiscopat français eussent fait tomber ces trop tenaces illusions.

A l’époque du Toast d’Alger, tandis que l'évêque d’Annecy, M=r Isoard, soutenait que la Monarchie n’était plus que le passé, « un souvenir... chez les lettrés », qu'il fallait «nous dégager de cette étreinte d’un vieux cocon » et faire l’union, comme la voulait l’archevêque d’Alger, sur le [terrain républicain h l’évêque de Nancy voulait, lui, laj formation d’un parti catholique dirigé par l’Épiscopat, sans hostilité pour la forme républicaine, mais étranger à tous les partis politiques et se contentant du terrain religieux et patrio tique : « Nous évi-

1. Lettre à M ' d'Hulst du 15 mai 1891. Voir M*r Raudrillart, .l/>r d'Hulsl, t. II, pp. 310-311

EMILE KELLER

terions ainsi, disait-il dans sa Semaine Religieuse1, tout ce qui peut maintenir et multiplier les divisions... ; nous ne froisserions ni les personnes, ni les opinions, ni même les espérances ».

Ce point de vue avait rapproché peu à peu M>’r Turinaz d'Émile Relier. En 1903, l’évêque Nancy regretta de ne pouvoir aller à Rome présenter au nouveau Pape les hommages et les desseins du Comité Catholique ; mais il proposa à Émile Relier l’application de ses propres desseins.

Il avait personnellement fondé à Nancy des Associations d’hommes qui avaient « dépassé toutes les espérances » : dans sa cathédrale, des assemblées de plus de 3.000 hommes chantaient d’une seule voix les hymnes sacrés. Il croyait à la possibilité de fonder de semblables associations dans la France entière ; et pour leur donner une impulsion puissante, il voulait tenir un Congrès à Paris où ses collaborateurs et lui exposeraient leurs méthodes. Bien que ses Associations se tinssent hors de la politique, il voyait en elles seules le salut au point de vue religieux, social et même politique. Seulement, il fallait que le cardinal Richard donnât au Congrès son approbation et son appui moral. « Le clergé français, observait M°f Turinaz, est, j’en suis toujours plus persuadé, le premier de tous par l’activité et le zèle, et cependant il est loin, très loin de ce qu’il devrait faire. Il a très bonne volonté ; il est prêt à tout braver pour résister à la persécution : il faut se servir de ces dispositions pour le pousser aux œuvres de zèle 2 ».

Le zèle de Mtr Turinaz tendait donc à déborder de son diocèse dans tous les autres ; il fut sans doute jugé excessif, et un peu dédaigneux aussi pour les vastes associations nationales, déjà existantes et llorissantes, qui poursuivaient un but analogue. De plus, il fallait compter avec le Gouvernement. — « J’aime beaucoup M8r Turinaz, fit répondre le cardinal Richard, mais je craindrais que dans les circonstances présentes un Congrès présidé par lui portât ombrage et créât des inquiétudes. »

Page 1