Paris, Ch. Douniol, 1855. Extrait du Correspondant
PREMIERS ÉCRITS
forcé des anciens : « Assez longtemps, sans l’amour, la force et le génie n’ont su qu’étonner ou faire peur ; aux hommes fatigués d’oppression, de violences, de discours et de système:, il ne faut que la charité, la charité toute seule... Famille, propriété, travail, droit, politique, tout sera régénéré par l’influence de la charité, et, au milieu de ce progrès universel, elle seule ne change point ; mais, au rebours des choses humaines qui croissent péniblement, elle est parfaite à son berceau. » Et s’élevant à la plus haute sphère que la raison puisse atteindre sur les ailes de la foi, Émile Relier achève sa pensée dans cet élan qui lui fait pénétrer les sublimes enseignements de l’Imitation : « Autant l’intelligence est au-dessus de la matière, autant la charité est au-dessus de l’intelligence. Tandis que la science pèse, calcule, tâtonne et sent à chaque pas sa faiblesse, l 'amour rend léger tout fardeau et porte également toute inégalité. Rien de plus doux que l'amour, rien de plus fort, rien de plus élevé, rien de plus profond, rien de plus suave, rien de plus parfait, rien de meilleur au ciel ni sur la terre, parce que l'amour vient de Dieu h »
Sourira-t-on de ce hardi mysticisme ? Disciple de Celui qui a promis « la paix sur la terre aux hommes de bonne volonté », l’auteur opposait les bienfaits de la fraternité chrétienne à l’égoïsme de la science orgueilleuse et aux aveuglements de la haine révolutionnaire. Les premières pages sorties de la plume d’Émile Relier étaient ainsi imprégnées des doctrines qui inspirèrent tous ses travaux et tous ses actes : dans Y Ouvrier Libre, qu’il publiera en 1898, dans les Sijllabus de Pie IX et Pie X et les Principes de 1789 ou l'Église, l'État et la Liberté, ouvrage capital, déjà paru en 1865, dont il achèvera une nouvelle édition au moment de mourir, il ne cherchera pas d’autre solution au grand problème du temps présent et verra toujours dans les enseignements traditionnels de l’Église « le code du bon sens et de la vérité, non seulement religieuse, mais encore politique et sociale ».
L’histoire est, elle aussi, une maîtresse de vérité, du moins