Devenu la loi du 17 juin
COMBATS POUR L’ÉCOLE LIBRE
les instituteurs au contrôle des familles, déchargeait indûment les riches de leurs obligations les plus sacrées et forçait les catholiques à payer, comme contribuables, pour les écoles dont ils ne voulaient pas profiter ; il lui opposait un contreprojet laissant à toute commune la faculté d’établir la gratuité dans ses écoles, soit au moyen de ses propres ressources, soit par le vote de dix centimes scolaires, centimes dont le produit serait réparti entre les écoles publiques et libres de la commune proportionnellement au nombre d’élèves gratuits qu’elles recevraient. — Ce dernier système, remarquons-le, seul conforme à la justice, à l’égalité, à la liberté, au simple bon sens, est resté au programme des catholiques, et le Gouvernement devra tôt ou tard s’en rapprocher.
Le 20 décembre, Keller dévoila les équivoques de l’obligation et, une fois de plus, ceux de la laïcité. Quatre absences par mois suffiraient à rendre les parents passibles de la prison, à les livrer au mauvais vouloir de la commission scolaire et des autorités locales :
« Jamais le bon sens français n’admettra pareille tyrannie... La laïcité est décorée du titre de neutralité, mais on sait ce que cela signifie. .Jules Ferry a parlé, dans une loge, d’ « embrigadement de la sottise humaine » ; le préfet de la Seine a approuvé le Petit Catéchisme du libre-penseur publié par la Société de Propagande anti-cléricale et affirmant, par exemple, que le mal, comme le bien, est chose essentiellement relative, variant avec les conventions sociales. Paul Bert a fait à la grande masse des instituteurs publics l’injure sanglante de prétendre que, cédant aux besoins de la vie, ils enseignent du bout des lèvres des croyances qu’ils ne portent pas dans le cœur, alors qu’en grande majorité ils sont chrétiens au fond du cœur. Que deviendront-ils quand il ne leur sera plus permis de prononcer le nom de Dieu dans leur école ?... En tous cas, nous saurons défendre nos enfants comme nous défendrions nos têtes ! »
Le 24 décembre, au sujet de l’article 3 de cette loi qui, après avoir « chassé Dieu de l’École », rendait l’instruction primaire obligatoire pour tous les enfants de six à treize ans, Émile Keller revint sur ce principe de l’obligation :
« Du moment, soutenait-il, que l’école publique, que vous rendez presque toujours obligatoire, blesse directement les
ÉMILE KELLER
consciences, vous ne devez pas, vous ne pouvez pas forcer l’enfant à la fréquenter de telles lois étant injustes, elles n’auront pas droit à notre respect et elles nous obligeront à élever nos enfants dans le dégoût et le mépris de la tyrannie que nous subirons... Quand vous aurez envoyé cent mille pères de famille en prison, votre loi cessera d’être odieuse ; elle tombera dans le ridicule. »
Cette tactique était recommandée par la Société d’Éducation et d' Enseignement ; mais le principe de la soumission devait l’emporter.
La laïcisation se poursuivit sûrement, et Jaurès ajoutera: « résolument, tyranniquement au besoin, car la République doit substituer à l’enseignement chrétien un enseignement rationaliste et matérialiste 1 ».
En 1886, René Goblet, successeur de Jules Ferry au ministère de l’Instruction publique, voulut expulser enfin des écoles publiques de tout ordre, et quels que fussent les désirs des municipalités ou des familles, les religieux qu’on avait bien été forcé d’y conserver pour les écoles de garçons ; la substitution du personnel laïque au personnel congréganiste devrait être complète dans le laps de cinq ans. Le rapporteur Steeg précisa d’ailleurs « qu’il faudrait surtout laïciser là où les conseils municipaux s’y refuseraient » et que peu importait sur ce point à la majorité les hésitations du ministre.
Les 22 et 23 octobre, Émile Relier s’éleva contre ces derniers coups portés à la loi de 1850. Au lieu de réserver aux préfets la nomination des instituteurs, il proposait, lui, de l’attribuer aux délégués des pères de famille :
« Le ministre, observait-il, parle encore d’un enseignement spiritualiste ; mais que vaut le Dieu de M. Goblet, d’ailleurs formellement répudié par la Chambre? Ce Dieu sans consistance n’est qu’une transition offerte aux populations encore chrétiennes et hostiles au matérialisme avoué. M. Steeg a avoué luimême, en 1884, au Congrès de la Ligue de l’Enseignement, le but à atteindre : « Toute notre action politique et républicaine « a pour but la conquête des pouvoirs publics que nous voulons