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Cité par G. Goyau, l'Ecole d'aujourd'hui, II, p

COMBATS POUR L’ÉCOLE LIBRE 387

« utiliser pour la transformation de notre pays de France par « les mœurs républicaines ». Les mœurs républicaines ? En 1885, au Congrès de la même Ligue, le sénateur Macé avait complété la pensée de Steeg : « L’an dernier, nous affirmions encore que « la Ligue n’était pas une institution politique et antireligieuse ; « aujourd’hui il n’en est plus ainsi : il faut affirmer que la Ligue « est bien une maçonnerie extérieure. » Or, dans son rapport, M. Steeg nous dit qu’il faut lutter contre l’esprit de secte et de parti : voilà, Messieurs, la secte qui veut dominer la France ! Mais votre loi n’étouffera pas la vie, n’arrêtera pas les conquêtes du catholicisme ; et avant qu’elle ait porté ses fruits, je vous le dis bien haut,... il y aura longtemps que vous aurez disparu, emportant les justes malédictions du pays et de la postérité. »

Le ministre Steeg eut beau persister à nier qu’il voulût « détruire la religion » : dès le 30 octobre suivant était promulguée cette « loi Goblet » qui était « la plus audacieuse mainmise de l’État sur la jeunesse du pays par un enseignement officiel né d’un esprit de parti et de secte 1 ».

Durant sa dernière législature, Émile Relier eut encore deux occasions de défendre, contre la « secte » triomphante, les droits de l’enseignement chrétien.

Le 8 novembre 1887, au cours de la discussion du projet de loi relatif aux dépenses ordinaires de l’instruction primaire publique, il reprit, en le complétant, son contre-projet de novembre 1880 1 : toute commune devrait avoir « au moins et à son choix une école publique ou une école libre » ; dans chaque commune, une commission, nommée par les pères de famille, désignerait les élèves ayant droit à l’instruction gratuite ; la gratuité pour les pauvres serait combinée avec la rétribution scolaire pour les familles aisées ; la rétribution scolaire, due par les parents en état de la payer, s’accroîtrait des subventions communales et s’ajouterait au traitement, fixé par la loi, des instituteurs et institutrices publics. Les écoles libres auraient droit, comme les autres, à ces rétributions et subventions. — Le rapporteur, M. Compayré, avait terminé son discours par ces mots : « Nous ne voulons plus des instituteurs honorés, mais pauvres. » Relier offrait le moyen de les tirer, non seulement de l’asservissement, mais

1 Revue des Deux Mondes du Ie" mai 188G.

ÉMILE KELLER

encore de la misère, tout en réalisant une énorme économie budgétaire. Avec leurs 1.200.000 élèves, 14.000 écoles libres représentaient une dépense de 44 millions ; à mesure que « les écoles de la libre pensée » se multiplieraient, les catholiques devraient fonder de nouvelles écoles libres et dépenser pour elles peut-être cent millions, tout en payant aussi les autres ; n’était-ce pas une monstruosité ? Mieux valait, avec les économies proposées (60 à 70 millions), améliorer le sort des instituteurs. C’est ce que réclamaient les 800.000 signataires de la pétition dont l’orateur faisait état ; et s’ils n’étaient que 800.000, c’est que le Gouvernement avait encore dans ses écoles 16.000 congréganistes : les parents dont les enfants fréquentaient ces écoles ne s’étaient pas crus obligés de signer la pétition. M. Compayré annonçait de nouvelles générations élevées dans les mœurs démocratiques ; Émile Keller signalait que « le nouveau clergé laïque, prêchant l'irréligion d’État », avait déjà constitué une ligue, un syndicat, et tenu un congrès dont le ministre Spuller avait dû justement réprimer les tendances trop indépendantes ; et il terminait par cette cinglante apostrophe : « En voyant aujourd’hui les scandales privés et publics qui se multiplient, en sentant l’odeur de pourriture qui se dégage d’une société en décomposition, je me demande si ce sont là les mœurs démocratiques que vous nous promettez ! »

Neuf jours après, le gendre du Président de la République était poursuivi pour trafic de décorations. Le 2 décembre, Jules Grévy démissionnait ; puis le général Boulanger groupait les mécontents autour d’un programme tendant à supprimer le régime parlementaire, corrompu et impuissant...

Émile Keller, nous le savons, n’accordait pas plus de crédit au « syndic des mécontents » qu’à des opposants comme Jules Ferry, qui avait traité Boulanger de « Saint- Arnaud du café-concert». — Le 11 juin 1889, à propos de la discussion du budget, il se dressa une dernière fois, dans sa hère indépendance, pour stigmatiser l’œuvre scolaire des opportunistes et des radicaux. Jules Ferry, maintenant « sans armée derrière lui », osa lui reprocher de vouloir vider d’élèves 20.000 écoles :

COMBATS POUR L’ÉCOLE LIBRE

« Je désire, répondit-il, qu’il y ait des écoles pour tout le inonde ; seulement, comme le disent vos statistiques ellesmêmes, il y a environ 40.000 instituteurs libres qui ont des classes recherchées par les parents, payées par les parents, et, en face de ces écoles, des écoles publiques complètement vides, établies par l’État et payées par les contribuables l... Voilà où aboutit la doctrine de l’orthodoxie d’Ëtat, doctrine qui, du radicalisme, menace maintenant de nous conduire au césarisme !... Il est temps d’abandonner tous les charlatans politiques, ingrats et aveugles, oubliant qu’alors que la moitié du genre humain est encore plongée dans la servitude et la barbarie, c’est à l’Église qu’ils doivent d’être en ce moment une nation libre et civilisée, ne voyant pas autour d’eux, depuis un siècle, le merveilleux réveil de la foi et des œuvres catholiques... Oui, répétait Relier aux interrupteurs ironiques, malgré vos efforts et vos violences, malgré vos outrages et vos calomnies, ils sont de plus en plus nombreux, quoi que vous en disiez, ces chrétiens convaincus qui ont trouvé dans leur foi une pleine lumière pour leur raison et pour leur conscience... »

Ce qui frappe le plus dans ces mémorables débats où la voix de Relier se mêla à tant d’autres nobles voix, — à celles de Mgr Freppcl, de Chesnelong, de Lucien Brun, d’Étienne Lamy, de Buffet, d’Albert de Mun, de Paul de Cassagnac, de Carayon- Latour, de La Bassetière, de Lanjuinais, et aussi de Jules Simon, pour ne citer que quelques-uns de ses principaux compagnons d’armes, — c’est bien leur stérilité parlementaire. Non pas que l’âme des adversaires fût fermée à la vérité ; Jules Ferry lui-même, par exemple, avait un jour reconnu qu’ « au point de vue social, il n’était pas bon d’enlever aux dépenses scolaires le caractère de dette paternelle », que c’était « affaiblir ou plutôt rompre les liens existant entre l'école et les parents, rabaisser beaucoup le niveau de la vie de famille », et il avait maintes fois protesté de son respect pour la religion. De telles contradictions, sans cesse rappelées par Relier, entre le langage et les actes, et enlrc les langages suc-

1. La situation n’a pas changé. L'Officiel du 26 avril 1921 a donné celte sta¬

tistique :

Ecoles comptant moins de 5 élèves .... 1 .047 Ecoles comptant de 5 à 10 élèves .... 2 522

Au total 3 569

ÉMILE KELLER

cessifs des promoteurs des lois scolaires, suffiraient à prouver qu’au fond ils se condamnaient eux-mêmes ; mais ils étaient enchaînés par la « secte », victimes de leurs ambitions, entraînés par le fanatisme haineux et grotesque d’un Douville- Maillefeu ou d’un Madier de Montjau : les plus éclatantes vérités ne pouvaient donc les arracher à l’exécution du plan préconçu.

Seulement, il restait le pays, le peuple, plus accessible à la lumière ; Émile Keller parlait pour lui ; il agissait surtout pour lui, non sans succès, grâce à la puissante organisation de la Société Générale d’Éducation et (l’Enseignement

LE PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ GÉNÉRALE D’ÉDUCATION ET D’ENSEIGNEMENT (1869-1879-1909)

MORT D’ÉMILE IvELLER

(20 février 1909.)

SOMMAIRE

Importance de la Société Générale d Education ; sa méthode et son organisation. — Le Comité de 1 Enseignement primaire, présidé par Relier, éclaire le pays : son œuvre législative. — L'organisation de l'Enseignement libre : les Comités diocésains. - — Etude des manuels scolaires. — Protection des bons instituteurs. — Défense des études classiques et de la philosophie chrétienne. Emile Relier aux noces d'argent de l’Université catholique de Paris (6 février 1901), — Le Comité du Contentieux et la jurisprudence scolaire. — Le Bulletin mensuel.

Résultats de la présidence d’Emile Relier : la défense de l'école libre, aussi vigoureuse que l'attaque, sauve l’enseignement chrétien. — L’àine de Relier continue à inspirer la Société.

Appui du Saint-Siège et de l’épiscopat français. — Ultimes travaux. — Emile Relier tombe malade le 11 février 1909. — Il achève son ouvrage sur Le Syllabus, « code du bon sens et de la vérité ». — Il meurt à sa table de travail .

Les obsèques à Saint-Sulpice (24 février) et à Rougemont-le-Château. — La tombe de Saint-Nicolas : allocution de Msr Altmayer. — Jugements portés par la presse. — M»r de Cabrières prononce l'oraison funèbre (11 mai). — Au nom de Pie X, le cardinal Merry del Val rend un suprême hommage à « ce grand homme de bien » .

La Société Générale d’Éducatiôn et d' Enseignement dont Relier était le vice-président et dont il assuma, après la mort de Chesnelong, la lourde présidence, avait déployé au service des écoles libres « un esprit de foi, de dévouement agissant

ÉMILE KELLER

et d’union 1 » égal à l’acharnement mis par la Ligue de Jean Macé à les détruire. Et lorsqu’après 1875 2 3 il avait fallu passer à la défensive, la Société sut démontrer la vitalité d’une religion et d’un enseignement que l’adversaire prétendait frapper de décrépitude et condamner à mort. Nous ne pouvons tracer ici l’historique complet de ce mouvement; mais il convient d’en indiquer les méthodes, les actes et les progrès.

Méthode toute positive, toute créatrice, — au sein des ruines menaçantes, — conforme à celle qui avait suscité jadis, avant la lettre de la loi, au cercle du Luxembourg, un enseignement supérieur libre.

Avec son Conseil central, composé des plus hautes notabilités :1 ; ses Comités de l’Enseignement primaire et de l’Enseignement secondaire et supérieur ; son Comité du Contentieux, son Bulletin, ses milliers de membres actifs, la Société constituait un véritable Ministère libre de l’Enseignement. S’appuyant sur le Comité de Défense religieuse qui assurait à ses côtés et autour de lui l’union des catholiques, ce Ministère compensait les erreurs et les défaillances de l’État, et exerçait une action salutaire, non seulement sur l’école libre, mais encore sur l’école publique imposée à la nation.

L’école primaire était à partir de 1879 le principal terrain d’attaque, puisque c’était sur ce terrain qu’il s’agissait de déchristianiser des millions d’enfants du peuple : le Comité d' Enseignement primaire, présidé par Émile Keller lui-même, avait en conséquence une importance capitale. En faveur des écoles libres, il combattit la trilogie maçonnique, — gratuité, obligation, laïcité, — centralisa les protestations des pères de familles, protestations qui, contre Y Article 7, atteignirent jusqu’à 1.800.000 signatures, alors que la Ligue de l’Enseignement n’en avait obtenu que 400.000. « A-t-on consulté le

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