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Ils dépasseront deux millions en

EMILE KELLER

cours, de décerner des diplômes, de veiller à l’obtention des brevets officiels exigés par l’État ; elle tendit enfin de toutes ses forces à doter l’enseignement fibre de cette constitution propre qui peut seule lui permettre de remplir sa haute mission, de vaincre les obstacles et d’assurer son avenir.

En faveur des enfants des écoles publiques, — de ces millions d’enfants qui sont catholiques comme les autres, et plus que les autres encore avaient droit à sa sollicitude 1 puisqu’on prétendait les conduire à l’apostasie, — le même Comité étudiait les manuels d’enseignement civique et moral, les livres classiques, les livres des bibliothèques et dénonçait leurs tendances ; il soutenait les bons instituteurs qui certes ne manquaient pas, les entourait de l’appui des familles, et rendait en somme à l’instruction publique, par une concurrence éclairée, le meilleur des services.

Le Comité d' Enseignement secondaire et supérieur, présidé durant vingt ans par le P. Lescœur, accomplissait, dans sa sphère, une œuvre analogue. Suivant pas à pas l’évolution des études, il avait dès 1869 mis à l’ordre du jour les transformations à introduire dans -le baccalauréat. En 1889, il réclamait déjà la simplification des programmes. Ses techniciens défendaient sans relâche les saines méthodes classiques, les disciplines françaises, sans que les exigences de la tradition littéraire leur fissent oublier la nécessité pratique de l’enseignement moderne.

En ce qui concerne l’enseignement supérieur, les Facultés de Paris, de Lille, d’Angers, de Lyon et de Toulouse, renouvelèrent bientôt, malgré les entraves de la loi, les gloires des anciennes universités libres dont elles étaient les véritables héritières1. Mais c’était bien la Société qui leur avait ouvert la voie, et Keller, après avoir été au Parlement leur éloquent avocat, continuait dans ses Assemblées générales à en développer l’esprit :

« A mesure que l’Université disperse ses élèves dans une

1. Ils sont « aussi intéressants que les petits Chinois », observa un jour spirituellement Keller.

2. La Sorbonne elle-même ne fut jamais, avant 1789, qu'une université libre.

série d’avenues menant à des baccalauréats de toutes couleurs, nous nous sommes affermis dans la conviction que la meilleure préparation aux carrières libérales et aux écoles du Gouvernement, ce sont toujours les études classiques très complètes, latines et grecques, jointes à une éducation solidement chrétienne, formant ainsi l’esprit et le cœur de la jeunesse par une méthode éprouvée qui nous a donné tant d’hommes supérieurs l. S’il sortait de nos collèges des chrétiens fortement trempés, comprenant que la science religieuse, grandissant avec eux, doit rester la base de toutes leurs connaissances et le flambeau de leur vie, ils iraient tout droit à nos facultés... Il est temps que la science et la théologie chrétienne étroitement unies nous donnent une philosophie et un droit chrétien remplaçant le fétichisme du nombre et l’infaillibilité des foules, restaurant la Famille, la Société et le Pouvoir -. »

On sait comment l’Université catholique de Paris, devenue la seconde de France par sa population scolaire, illustrant la science par les travaux d’un Lapparent, d’un Branly ou d’un Rousselot, et réadaptant la philosophie thomiste au monde intellectuel moderne, alors que son corps professoral entrait dans toutes les sections de l’ Institut de France, on sait comment cette Université a répondu aux restrictions du législateur, fécondé le terrain marchandé et mérité qu’on élargît son droit de cité. Lorsque le 6 février 1901 Émile Keller fut appelé à célébrer ses noces d’argent, il y compta avec une juste fierté les 2.000 licenciés, les 200 docteurs qu’elle avait déjà produits « en 25 ans de rudes travaux » ; et il eut la profonde satisfaction de pouvoir affirmer :

« La création de nos Universités restera dans l’histoire de l’Église de France l’un de ses plus beaux titres de gloire au xixe siècle, l’un de ses actes les plus considérables, le seul peutêtre, qui depuis le Concordat, ait été conçu et exécuté par une commune entente... Épaminondas mourant se réjouissait de laisser après lui deux filles immortelles, Leuctres et Mantinée. Vous, Messieurs, vous en laisserez au moins une, qui vaut mieux que celles du général thébain : la liberté de l’enseignement supérieur. »

Plus redoutables aussi que les oligarques lacédémoniens

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