Discours du 30 mai
ÉMILE KELLEK
vaincus par Epaminondas, étaient les ennemis de la liberté d’enseignement. Pour défendre le public, les fondateurs et les maîtres d'écoles contre l’arbitraire de leurs lois ; pour déjouer les pièges de leurs décrets et de leurs arrêtés ; pour tirer du moins le maximum d’avantages d’une législation hostile, les jurisconsultes, les professeurs de droit, les avocats à la Cour d'appel, au Conseil d’État et à la Cour de cassation du Comité du Contentieux donnaient, chaque année, des milliers de consultations gratuites et publiaient des commentaires, de savantes études sur les Causes d'opposition à l'ouverture des écoles, les Sociétés et Associations, la Validité des sécularisations, les Œuvres extra-scolaires ; des Manuels et des Guides pratiques constituant peu à peu toute une encyclopédie de droit et de jurisprudence scolaires. Tout cela paraissait au Bulletin mensuel qui, avec ses études sur le mouvement des idées, ses enquêtes approfondies, ses reproductions d’arrêts, ses tables, était, pour toutes les questions d’enseignement, la plus pratique des revues, et restera pour leur histoire un très vivant, très exact et très précieux document.
On conçoit maintenant l’importance des œuvres dont le Conseil central, soutenu par le Comité catholique de Défense Religieuse, aiguillait l’action. Leur présidence, telle que la comprenait Relier, eût suffît à absorber sa vie.
Il a été l’âme de toutes ces œuvres, écrira au lendemain de sa mort l’un de ses vice-présidents 1... Il ne se contentait pas, en effet, d’imprimer à la Société Générale d! Éducation et d’ Enseignement une direction générale et de présider ses assemblées solennelles ; il la suivait dans tous les détails de son travail, il assistait à toutes les séances du bureau et du Conseil, il prenait part à la discussion de toutes les propositions qui leur étaient soumises ; il écrivit dans le Bulletin de la Société de nombreux articles, toujours remarquables par l’élévation des pensées et par la vigueur du style. Si, pendant ces dernières années, la Société d’Éducation a rendu quelques services à la cause de l’enseignement chrétien, elle le doit assurément à ses deux illustres et regrettés présidents, M. Chesnelong et M. Relier. »
1. Léon de Crousaz-Crétet, Bulletin de la Société du 15 mars 1909.
Quelques mois après sa mort, le Bulletin 1 insérait, avec une étude sur « la Morale laïque et les suicides de lycéens », une liste de 69 écoles congréganistes fermées en exécution de la loi (du 7 juillet 1904) supprimant l’enseignement congréganiste; mais il publiait en même temps la liste de 29 Associations de chefs de famille fermées, depuis trois mois, pour assurer à l’école le culte du patriotisme, le respect de la morale, de la liberté des consciences, de la neutralité religieuse ; il annonçait aussi la fondation 1 2 * 4 d’une « École de formation d’instituteurs libres », et il reproduisait la lettre-circulaire des évêques de Nancy, Saint-Dié et Verdun recommandant la cause de l’enseignement chrétien, V Association lorraine de l’enseignement primaire libre et le recrutement du personnel enseignant. Les évêques lorrains rappelaient la phrase du président du Conseil * signataire des arrêtés de fermeture : « Le combat n’est plus aux chemins creux, il est à l’école. »
Ainsi, le combat continuait dont l’âme du peuple Français était l’enjeu ; mais la défense restait aussi ferme que l’attaque, et, pour la soutenir, la Société n’avait qu’à user des armes forgées et trempées, depuis trente ans, par Émile Keller : à son assemblée générale de 1921, elle comptait avec fierté les 12.000 écoles libres où, « sur les ruines accumulées par la persécution », environ 29.000 maîtres chrétiens continuaient à former près d’un million d’élèves
Aux ruines accumulées par des Français s’étaient pourtant ajoutées, hélas ! d’autres ruines. Et c’était aussi l’âme d’Émile Keller qui inspirait toujours la Société lorsque, sous la présidence de son fils aîné, le colonel Keller f, — devenu son successeur, — elle ouvrit pour les soldats blessés, dans l’hôtel familial de la rue d’Assas où elle siégeait désormais, un ouvroir de guerre ; lorsqu’elle envoya de bons livres de prix français aux écoles de l’Alsace reconquise et fonda l 'Œuvre catholique