‹ Un Demi-Siècle de Défense Nationale et ReligieuseChapitre 2 sur 189 · Article de Quidam (Figaro du 15 sept · texte numérisé non relu

Article de Quidam (Figaro du 15 sept

AVANT-PROPOS

le plus virulent, et d’une telle éloquence qu’Émile Ollivier affirma qu’ « on ne saurait aller plus haut ni plus loin ». A la tribune, depuis longtemps environnée de silence, vibraient des accents qui enflammaient l’impérialiste assemblée, et ce fut comme une résurrection. Sans doute, la voix de l’orateur était-elle assez monotone, son geste sobre, son débit contenu ; mais ce n’était pas la phrase qui, chez lui, était éloquente, c’était la pensée ; c’était l'invincible foi qui dominait sa conscience et qui éclatait au dehors. Il continua à heurter ainsi de front le mur d’airain des préjugés de son siècle, opposant une inaltérable sérénité aux grossières apostrophes, accomplissant sa mission, l’œil sur son but, malgré tous les orages et tous les échecs.

Ses échecs personnels furent fréquents, mais qui donc eut à s’en louer ? S’il n’empêcha pas le gouvernement impérial de favoriser les ambitions de Victor-Emmanuel — et les haines de Garibaldi — - le Pouvoir temporel du Pape en fut-il la seule victime? L’unité italienne, comme il le prévoyait, ne fut-elle pas pour beaucoup dans l’imité allemande, la conquête de la Lombardie dans la perte de F Alsace-Lorraine ? — Et si, provisoirement en 1881, définitivement en 1889, les républicains qu’importunait l’idée de revanche l’exclurent du Parlement, la Grande-Guerre n’a-t-elle pas condamné un tel abandon ?

Il ne se reconnut, au surplus, jamais vaincu, et le rôle qu’il ne cessa de jouer dans la préparation de la revanche nationale lui donne des droits éminents à la reconnaissance de tous les Français.

Il fut non pas, Dieu merci! « le Dernier des Alsaciens »

1. Titre de l’article de Quidam comparant Relier au « Dernier desGrecs».

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mais le Premier. Doué de. toutes les vertus de sa race, il incarna l’âme meurtrie de l’Alsace, il eu représenta toutes les fidélités, il en sauvegarda tous les droits. Son nom, à lui tout seul, était un drapeau sur lequel le mot Alsace — écrit en lettres de sang et de feu — interdisait l’oubli sacrilège. Et si le poète Déroulède, après tant de traverses et tant de dédains, a mérité que le Chef de l’État inaugurât sa statue à Strasbourg, Émile Relier serait-il indigne d’un tel honneur? — Qu’il reste en tous cas dans sa petite patrie comme l’indéfectible témoin des jours de deuil, et que sa mémoire garantisse entre l’Alsace et la grande patrie retrouvée, l'indispensable concorde !

Cet Alsacien pur sang fut, il est vrai, catholique avant tout : mais qui donc, aujourd’hui, le lui reprocherait ? De même que son patriotisme alsacien — dont la foi chrétienne faisait d’ailleurs partie intégrante — loin de porter ombrage à son patriotisme tout court, lui donnait au contraire sa force entière, de même son amour pour l'Eglise ne diminua jamais ni son amour pour la France ni les services qu’il lui rendit.

Il ne cessa de proclamer que les destinées de la France étaient intimement liées à celles du catholicisme, et il chercha d’abord dans l’histoire le secret de cette indissoluble alliance : l’histoire — mieux informée qu’il y a un demi-siècle — est-elle en voie de lui donner tort ? 11 a soutenu que la rupture révolutionnaire, le système de la « table rase » aboutissaient à une sorte de suicide national : ne sommes-nous pas en train de renouer nos plus essentielles traditions, et les esprits les plus éclairés n’en reconnaissent-ils pas, de plus en plus, la nécessité ? Distinguant * la liberté du libéralisme anarchique, la

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fraternité du socialisme niveleur, il a affirmé que c’était Rome seulement, avec son Syllabus, qui défendait les droits les plus légitimes, imposait les devoirs les plus nécessaires, opposait à l’omnipotence de l’État, — ■ César ou Peuple souverain, — une infranchissable barrière : on jugera de la valeur de ses arguments h — Le « Communisme » intégral prétend nous appliquer l’épouvantable fléau de la Terreur russe; ne renouvelle-t-il pas, au surplus, sous nos yeux, la leçon, trop oubliée, de 1793 ? Ne nous montre-t-il pas comment l’humanité, par de singuliers détours, peut retourner à la barbarie ?

Émile Keller enfin fut royaliste. Il le devint à l’époque où le gouvernement de la Troisième République lui parut à ce point inféodé à la Contre-Église Maçonnique qu’il ne pouvait plus en être séparé et qu’il fallait ou le détruire, ou se résigner à la destruction du catholicisme en France. Au point de vue constitutionnel, il n’avait eu d’abord, en effet, aucun parti pris : sous l’Empire, avant de combattre Napoléon III, il avait été candidat officiel ; en 1869, il avait ardemment soutenu l’interpellation des Cent Seize et participé — en face d’Émile Ollivier — aux délibérations du Centre-Gauche; en 1870, il avait tendu la main à Gambetta, auquel il aurait dit volontiers : « Fondez la République, mais sauvez la France ! » ; après la guerre il avait vu — une fois — le Comte de Chambord, mais n’avait point été encouragé par son entretien avec le Prince, et il avait ouvertement accepté le terrain constitutionnel de la République conservatrice. Réparer le désastre national était son premier souci. C’est seule-

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