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Surtout au chapitre x

AVANT-PROPOS

ment en 1875, à la Commission des Trente, que ses raisonnements l’amenèrent à reconnaître la nécessité du principe monarchique, et c’est la conquête du Pouvoir par les anticléricaux qui l’ancrèrent dans ses convictions désormais irréductibles. 11 aurait pu répéter la parole de Berryer : « .J’ai compris la nécessité d’un principe... et alors j’ai été royaliste parce que je suis patriote. »

En 1891, ce champion du Saint-Siège, ce catholique qui était tout le contraire d’un homme de parti, crut aussi devoir refuser de devenir le chef du « Ralliement », et il conserva, au point de vue politique, son entière indépendance. Sa correspondance avec Léon XIII, avec le cardinal Lavigerie, avec son ami Chesnelong, expose les motifs d’une telle conduite : le moment est venu de les examiner de sang-froid. Qu’on soit ou non de l'avis de Relier, on ne saurait méconnaître ni la hauteur de ses vues, ni la noblesse de son désintéressement.

Son idée capitale était qu’il fallait unir — contre l’ennemi commun — toutes les forces catholiques, et qu’on ne pouvait les unir pratiquement que sur le terrain religieux. 11 y travailla de son mieux : mais, loin de s’atténuer, les divisions s’accentuèrent, et il assista, la mort dans l’âme, aux constants progrès de l’adversaire.

Il organisa pourtant des Œuvres puissantes qui, de 1869 à nos jours, rendirent à sa cause d’immenses services ; à la Chambre des Députés, dans les luttes pour les libertés religieuses, il déploya la même éloquence qu’au Corps Législatif et resta au premier rang des orateurs parlementaires ; il donna aux catholiques un programme de défense dont les grandes lignes subsistent encore : c’est lui, en particulier, qui, dès 1880, lança l’idée salutaire de la répartition proportionnelle scolaire, et si l’en-

AVANT-PROPOS

seignement libre a résisté à tant d’assauts, il en est grandement redevable à l’indomptable énergie, à l’excellente et persévérante méthode du second Président de la Société générale dé Éducation et d’ Enseignement.

« Si les catholiques acceptaient leur défaite et la subissaient en silence, — disait-il en 1893, aux noces d’argent de cette Société, — on leur donnerait volontiers quelques bonnes paroles. Ce n’est pas là ce que nous voulons. » Ne leur a-t-il pas, en réalité, préparé de meilleurs destins ? Au lendemain de sa mort, les catholiques de toutes opinions s’inclinèrent respectueusement sur son tombeau et reconnurent en lui toutes les vertus du Chef ; ses ennemis eux-mêmes ne démentirent pas le jugement de Rome, le proclamant « un grand homme de bien. » Maintenant que les victorieuses épreuves de la guerre ont rapproché les cœurs, rendu caduques d’anciennes querelles, restitué la Patrie dans son intégrité, ouvert à l’union nationale et à l’accord entre l’Église et l’État des voies nouvelles, tous les bons Français ne peuvent-ils rendre hommage à la ténacité de l’Alsacien et trouver dans cette vie, qui s’est sans cesse attachée à ce qui demeure, de précieuses leçons ?

Gustave Gautherot.

Fontenay-aux-Roses, mai 1922.

SOMMAIRE

Le berceau familial : les Iveller à Wissembourg et à Landau. — L’arrièregrand-père à l'Assemblée provinciale d'Alsace ; le grand-père député au Conseil des Cinq Cents : le père, Prosper Keller, juge à Belfort, épouse Rosalie Haas et meurt après trois ans de mariage.

Madame Keller se fixe à Paris en 1839 pour y assurer l’éducation de son fils unique. — Emile, désireux d embrasser la carrière militaire, est reçu à l'Ecole Polytechnique. Il démissionne pour rester avec sa mère souffrante. — Etudes scientifiques, juridiques, littéraires, historiques.

Enthousiasme pour Napoléon Ier. — Afin de mieux comprendre le régime moderne. Emile Keller approfondit l'étude du passé : il saisit bientôt le fil de nos traditions nationales, constate les erreurs de l'histoire officielle de la Révolution et cherche à s’expliquer le m3’stérieux mouvement de

A quelques kilomètres du Rhin, dans la région la plus orientale de la France, entre le grand-duché de Bade et le Palatinat, la petite place forte de Wissembourg garde la vallée de la Lauter. Primitivement formée autour d’un monastère, elle fut ville libre impériale. Ruinée en 1525, pendant la guerre des Paysans, plusieurs fois prise et saccagée au cours de la guerre de Trente Ans, réunie à la France en 1648, elle resta la sentinelle avancée sur qui tombaient les premiers coups de l’envahisseur : « les Lignes de Wissembourg », élevées par les Autrichiens en 1702, devinrent en 1793 le boulevard de nos armées.

Le 4 août 1870, le Prince Royal de Prusse devait y écraser la division Abel Douai, et ouvrir ainsi la brèche fatale aux

ÉMILE KELLER

héros de Frœschwiller, de Morsbronn et de Reichshofïen. Tel fut le berceau de la famille Relier : en existe-t-il où les traditions soient naturellement plus puissantes, le caractère mieux trempé, le patriotisme plus vigilant ?

Si loin qu’on remonte dans le passé, on trouve les Relier au premier rang des serviteurs de la cité. Du quatorzième siècle au dix-septième siècle, ils constituent une véritable dynastie d’échevins, de bourgmestres, de juges au tribunal d’appel. Restés fidèles au catholicisme, ils subirent, de la part de leurs compatriotes protestants, le choc en retour des rigueurs de Louvois et se réfugièrent alors à Bartenheim, sur les bords du Rhin, puis à Landau, dont le territoire s’enfonce en coin dans le Palatinat. Dans cette ville d’extrême frontière, fortifiée par Vauban en 1686, leur autorité continua à s’imposer.

Joseph Relier, — arrière-grand-père d’Émile, — fut, durant trente années, syndic de Landau, et son nom figurait en 1787 sur la liste des députés de la bourgeoisie à l’Assemblée provinciale d’Alsace : Assemblée sagement, mais hardiment réformatrice, où les ordres privilégiés s’unirent au Tiers-État, les catholiques aux protestants, pour réclamer l’égalité fiscale, promouvoir les grands travaux d’utilité publique, condamner les empiètements des princes étrangers et montrer à la postérité que si les Constituants de 1789 « se sont jetés dans les chimères », c’est sans doute qu’ « ils n’avaient plus rien à demander de légitime qui ne fût accordé d’avance 1 ». Fécond sujet d’enseignement pour F arrière-petit- fils qui devait, avec tant de sagacité, rechercher au delà de la Révolution les véritables voies de la tradition nationale et du progrès social.

Georges- Joseph 2, fils du syndic de Landau, revint à Wissembourg où il occupa le poste de greffier. Il fut élu député au Conseil des Cinq-Cents; mais, connu pour ses opinions royalistes, il dut quitter la scène politique après le Dix-Huit Fructidor et n’échappa à la déportation que grâce à l’amitié du directeur Rewbel. Il devint dans la suite receveur particulier à Wissembourg.

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