‹ Un Demi-Siècle de Défense Nationale et ReligieuseChapitre 22 sur 189 · Même lettre · texte numérisé non relu

Même lettre

4. Réponse de Pie IX à Cavour qui lui demandait en 1861 de consentir au départ des Français.

ÉMILE KELLER

Florence à Rome, les étapes furent difficiles à franchir ; si l’armée italienne, battue en 1866 par l’Autriche à Custozza et à Lissa, eut finalement besoin de nos désastres pour traverser la brèche de la Porta Pia, Napoléon III n’avait pas moins permis à ses complices, prêts à l’ingratitude, de « faire violence à l’honneur de la France et à la catholicité ».

Or, ces dernières paroles que Rouher, après Mentana. prononcera, au nom de l’Empereur, au Corps Législatif, ces paroles que Victor-Emmanuel accueillera railleusement 1 comme le lui en avaient donné le droit tant de palinodies, résument tout le discours par lequel Émile Keller, en 1861, sépara splendidement de la cause impériale une cause immortelle, et réalisa lui-même l’idéal antique de l’orateur : vir bonus dicendi peritus.

En ce moment solennel de l’histoire, il trouvait toujours, au sein de l’épiscopat, certaines des complaisances qu’il avait tant reprochées au clergé d’ancien régime. Lorsque, le 5 octobre 1860, un service avait été célébré à Notre-Dame pour les soldats morts au service du Saint-Siège, il avait observé que le cardinal Morlot, ne pouvant éviter la cérémonie, s’était efforcé d’en réduire l’éclat : « Comme pompe religieuse, le service était d’une mesquinerie révoltante. L’archevêque l’avait mis à neuf heures très précises et s’en était chargé luimême, sans doute pour éviter trop d’affluence et pour que personne ne pût prendre la parole ; au sortir de la basilique, on a entouré, tête nue, le petit Pimodan ; pendant dix minutes on l’a caressé, embrassé, et tout le monde pleurait. Mais, qu’est-ce que des larmes pendant que les Piémontais insultent le cercueil de son père ? »

A ces insultes étrangères, s’ajoutèrent, le 1er mars 1861, celles du Prince Napoléon, du gendre de Victor-Emmanuel, qui, à la faveur du décret du 24 novembre rendant au Sénat et au Corps Législatif le droit de réponse au discours du Trône,

1. « L’Italie ne s'emparera pas de Rome, déclara Rouher le 5 décembre 1867. Jamais la France ne supportera celte violence faite à son honneur et à la catholicité. » — « Nous le lui ferons voir, son jamais », annonça Victor- Emmanuel.

LE DÉPUTÉ DU PAPE

prononça dans l’enceinte du Luxembourg une harangue pleine d’outrages pour Lamoricière et « ses bandes », pour le Roi de Naples et les Bourbons, pour tous les vaincus, pour le Pape et son représentant invités à pratiquer la simplicité des apôtres et à céder Rome. Loin d’être désavouée, cette violente diatribe fut insérée au Moniteur des Communes et une dépêche de M. de Persigny, ministre de l’ Intérieur, affichée dans les quarante mille municipalités, donna à croire que les invectives du Prince Napoléon étaient le nouveau programme de l’Empereur. La crise morale imposée à toutes les consciences atteignait son paroxysme.

Deux voix retentissantes se firent alors les interprètes du sentiment national.

D’abord celle du duc d’Aumale qui infligea à l’Altesse Rouge la plus hautaine des leçons d’histoire de France et la plus cinglante des flétrissures :

« Je n’ai pas la même horreur que vous pour le passé de la France... Si votre famille avait, pendant des siècles, occupé le premier trône du monde,... alors peut-être auriez-vous le droit de vous montrer sévère. Pour les Bonaparte, quand il s’agit de faire fusiller, leur parole est bonne. Et tenez, prince, de toutes les promesses que vous et les vôtres avez faites ou pouvez faire celle-là est la seule sur l’exécution de laquelle je compterais... .Je ne puis m'incliner et battre les mains quand je vois le général piémontais (Cialdini)... accourir de Chambéry, la main encore chaude de l’étreinte du chef de l'État, pour écraser cette poignée de Français autorisés par lui à défendre les États du Pape... 1 »

Puis la voix d’Émile Keller, encore presque inconnu.

Le Corps Législatif discutait l’Adresse. Au milieu de l’indifférence du plus grand nombre et des appréhensions de ses amis. Je député de Belfort, calme et résolu, se leva, le 13 mars, pour répliquer à M. Baroche, président du Conseil d’État, et demander compte au gouvernement moins du discours prononcé au Luxembourg que « de la singulière dépêche qui avait imprimé aux insultes du Prince le cachet d’une admiration

1. Lettre sur i Histoire de France, par S. A. IL M*r le duc d’Aumale, Bruxelles

ÉMILE KELLER

officielle ». Autour de lui, des gens, qui se demandaient si on l’écouterait, poursuivaient leurs conversations. Comme la tribune n’était pas encore rétablie, il parlait de l’hémicycle. Pour être mieux entendu, il avait dû prendre la place de Calley Saint-Paul, « qui vint assez brutalement le pousser un peu plus loin ». Mais il obtient bien vite le silence, et le voilà qui met à nu la politique à double face, les équivoques calculées, la mauvaise foi du gouvernement impérial. Son verbe ardent, mais contenu, son éloquence pénétrante et sobre, sa logique puissante s’imposaient peu à peu à l’auditoire, d’abord surpris, puis subjugué par une audace si nouvelle et une si irrésistible argumentation.

« Il est temps, déclarait l’orateur, de savoir, après deux années d’incertitudes, ce que l’on veut et où l’on va ; de savoir si, en Italie, les consultations populaires continueront à être protégées, non par les armes victorieuses de la France, ce dont personne n’aurait suspecté l’honnêteté ni le désintéressement, mais par les baïonnettes piémontaises et par les poignards mazziniens... La Papauté représente un intérêt éminemment français : or, en dehors de l’élan spontané de quelques cœurs généreux qui voulurent protester au nom de la France ; en dehors des zouaves de Lamoricière, de vrais zouaves formés à la grande école d’où sont sortis les nôtres, de notre côté pas une amorce ne fut brûlée, ni contre les Piémontais ni contre les bandes révolutionnaires qui n’ont pas cessé d’infester le patrimoine de Saint Pierre, mais qui cèdent volontairement le terrain partout où se montre un soldat français... Que s’est-il passé à Chambéry ? Pourquoi avons-nous toujours résisté en paroles et toujours cédé, en réalité, aux exigences du Piémont, — cédé au point de laisser Garibaldi et Victor-Emmanuel entrer à Naples dans la même voiture ?

« Mais, nous dites-vous, le Piémont n’a pas voulu suivre nos conseils. Ah ! son attitude n’a pas été si docile ni [si fîère toutes les fois que la France lui a intimé un ordre net, formel, précis... Le général de Goyon me disait que toutes les fois que ses instruc tions lui permettaient d’élargir le cercle où ses troupes étaient placées, il envoyait un courrier aux Piémontais, et que, sur-lechamp, les Piémontais reculaient. (On rit.) Il ajoutait que quand le Saint-Siège lui en demandait davantage, il se retranchait dans le principe de non-intervention. (Nouveaux rires)... Il suffisait donc de vouloir, mais on ne voulait pas, et M. Thouvenel, ministre des Affaires étrangères, touchait le fond des choses dans sa dépêche du 22 août : « La crise que traversent les états du

LE DÉPUTÉ DU PAPE

« sud de l’Italie a cela de particulier qu’elle a pour objet, non « pas de les réformer, mais de les détruire, en les confondant dans « une unité que repoussent leurs traditions et leur histoire, et « qu’elle affecte ainsi des intérêts qui touchent l’Europe autant « que la péninsule elle-même... »

« On a reproché au Pape de repousser les réformes, de n’avoir voulu faire aucune concession, de n’accepter aucun arrangement... En présence du sort qui lui a été fait, il nous est difficile à nous pour qui ce n’est pas seulement un vieillard désarmé, mais notre pontife, notre père bien-aimé, mais le gardien de nos plus chères libertés, il nous est difficile de rester calmes et maîtres de notre émotion. Je saurai pourtant faire cet effort, certain que, de votre côté, vous accorderez au moins à Pie IX la justice que mérite un prince ordinaire... Or, sauf un fragment de conversation, pas une des réponses de la Cour de Rome ne figure dans le recueil placé sous vos yeux !... Pie IX n’a pas attendu les mauvais jours pour opérer des réformes ; mais pouvait-il encore en faire en présence d’ennemis implacables, à jamais convaincus de mauvaise foi,... dans une situation impossible, sans territoire, sans revenus, sans blé pour se nourrir, en présence de l’Italie unitaire ? Les concessions réclamées n’ont-elles pas toujours eu un caractère tellement blessant qu’outre leur inopportunité, sa dignité lui faisait un devoir de les repousser ?... Maintenant, c’est sans doute à Rome même qu’on viendra bientôt demander à Pie IX de recevoir Victor-Emmanuel ; c’est entre les mains de son spoliateur, régnant an Quirinal, que le successeur de Saint Pierre devra abdiquer le pouvoir qu’il a juré de transmettre à ses successeurs. Si Pie IX a eu un tort (et nous l’avons partagé avec lui), c’est de croire, contre l’évidence même, les assurances qui nous étaient données... Nous aurions dû écouter l’honorable M. Jules Favre, dont toutes les espérances se sont réalisées ; nous aurions dû écouter Garibaldi lui-même qui mérite du moins cet aveu qu’il n’a jamais dissimulé ses projets... Nous avons préféré croire le gouvernement... »

Avec « une profonde et sincère douleur », mais avec la plus énergique des indépendances, l’orateur expose alors les raisons de la « séparation » dont la lettre à l’Empereur, le 9 janvier 1860, avait déclaré l’imminence :

« Qu’a-t-on fait pour rendre aux catholiques cette confiance qu’on les accuse d’avoir perdue ? Est-ce bien pour les tranquilliser, ou n’est-ce pas au contraire pour préparer, pour excuser d’avance leur entier abandon, qu’une administration trop zélée, dépassant, j’aime à le croire, les intentions du gouvernement,

a déployé contre eux tant d’activité, tant de vigilance, tant de rigueur, en même temps qu’elle les livrait aux injures quotidiennes de brochures anonymes, de pièces de commande et de journaux privilégiés ? ( Réclamations .) Pour qui était la protection, pour qui était la liberté, alors que l’attaque avait le monopole de l’impunité ; alors que la défense était étouffée, et par les avertissements et lés suppressions officielles, et par ces avis officieux d’autant plus menaçants qu'ils restent plus cachés ? Pour qui était la liberté, alors qu’on donnait à certaines publications accusatrices l’éclat de véritables événements, et que, d’un autre côté, on inspirait aux imprimeurs une terreur plus efficace que la répression des tribunaux (Bruit) qui les obligeait, sous peine de ruine, à modifier ou à refuser tout ce qui déplaisait ?... Il est évident qu’en France comme en Italie on avait deux poids et deux mesures ; qu’ici le droit de discussion, que là le droit de non-intervention appartenaient de préférence aux ennemis de l’Église. Et nous n’avons que trop lieu de craindre que l’armée qui reste à Rome ne soit qu’une dernière illusion laissée à notre sollicitude, qu’un témoignage de pure sympathie accordé à la personne et non au pouvoir du Souverain Pontife. Et, en effet, à quoi bon les baïonnettes qui gardent le Vatican, si l’on a des centaines de pamphlétaires qui en sapent les fondements ? A quoi bon la force matérielle qu’on déploie à Rome, si l’on parvenait à y détruire la force morale sur laquelle on sait bien que Rome est fondée ?... »

Le Gouvernement a donc failli à ses premiers engagements et réservé, semble-t-il, « toute son indulgence pour les spoliateurs qui ont méprisé ses conseils, toutes ses rigueurs pour les spoliés qui avaient mis toute leur confiance dans ses promesses et dans sa protection ». Devant qui, finalement, a-t-il reculé ? Devant « une puissance astucieuse et perfide dont le Piémont n’a été que l’instrument », devant une force « dont le programme est tout entier au Moniteur, dans un document célèbre, mais trop vite oublié ». — Et Émile Keller d’en lire ce passage à l’auditoire passionnément attentif :

« Pour maintenir l’équilibre actuel de l’Europe, il faut rendre « l’Italie indépendante ou resserrer les chaînes sous lesquelles « V Autriche la tient en esclavage. Demander pour sa délivrance « que le sang des Français soit répandu pour les Italiens, non,

« je ne vais pas jusque là. L’Italie demande que la France n’in- « tervienne pas contre elle ; elle demande que la France ne per- « mette pas à l’ Allemagne d’appuyer l’Autriche dans les luttes

LE DÉPUTÉ DU PAPE

« qui vont peut-être bientôt s’engager. Or, c’est précisément ce que « Votre Majesté peut faire, si elle veut. Que Votre Majesté se rap- « pelle que tant que l'Italie ne sera pas indépendante, la tranquil- « li té de l’ Europe et celle de Votre Majesté ne seront qu’une chimère » (Mouvement).

« De qui était ce langage perfide et superbe ? Qui est-ce qui sommait ainsi la France ?... Messieurs, c’est la révolution italienne, patronnée par l’Angleterre, incarnée dans la personne de Félix Orsini ! »

Émile Relier venait, en effet, de lire un passage de la lettre suprême écrite à l'Empereur le 11 février 1848, de la prison de Mazas, et publiée dans le Moniteur Universel avec la plaidoirie de Jules Favre. Les députés n’avaient pas, d’abord, reconnu le texte ; lorsque le nom de l’assassin fut prononcé, ce fut de la stupeur, puis un indicible tressaillement.

L’orateur n’avail plus qu’à dresser, devant l’Assemblée, dans toute sa hideur et tout son venin, la figure de cette révolution qui, « jusque dans cette enceinte, osait venir se proposer à son admiration » :

« Sous le masque de la liberté, elle organise, des Alpes au pied de l’Etna, les proscriptions et les justices sommaires, fusille les prêtres, les femmes et les enfants, bombarde jusqu’aux hôpitaux, se joue du suffrage universel, fait voler à l’unanimité pour Victor-Emmanuel des populations qu’il fait décimer le lendemain, qualifie de lâches assassins ceux qui ont le noble courage de lui résister..., étale dans toute la péninsule le portrait d’Orsini comme celui du libérateur de l’Italie..., et nous montrant, d’une main ses bombes et ses poignards, de l’autre l’éclat cl’une fausse popularité, se flatte d’établir à nos portes un Etat unitaire et révolutionnaire de 25 millions d’âmes... Pour ces insatiables alliés, il faut (bailleurs être logique, annexer Rome ; Rome, seule capitale possible de l'Italie unitaire ; Rome, la clef de voûte du monde catholique et de l’influence française dans le monde...

« Il n’v a donc pas à rapetisser ce grand débat... La lutte est entre la foi catholique, en même temps française et romaine, et la foi révolutionnaire. Elle est entre des hommes qui, de part et d’autre, déploient ouvertement leur drapeau, et qui, à leurs idées, mettent, quand il le faut, le sceau de leur sang. ( Très bien ! Très bien !)... Mais vous cpii avez eu l'imprudence de rouvrir cette arène sans en mesurer l’étendue, qui êtes-vous et que voulez-vous ? Etes-vous révolutionnaires, êtes-vous conservateurs, ou bien restez-vous simples spectateurs du combat ?

EMILE KELLER

Jusqu’à présent vous n’avez été ni l’un ni l’autre, car vous avez reculé pas à pas devant Garibaldi, en même temps que vous vous proclamiez son plus grand ennemi ; car vous avez fourni à la fois des canons rayés aux Piémontais et de la charpie au roi de Naples ; car d’une main vous avez protégé le Saint-Siège, de l’autre vous avez dressé son acte d’accusation, et dans les mêmes pages, vous avez fait écrire l’inviolabilité et la déchéance de Pie IX ; c’est que vous avez voulu obtenir à la fois et le pardon de la Révolution qui, elle, ne pardonne jamais, et le pardon de l’Église qui, elle, se résigne à tout hormis à approuver ceux qui la dépouillent et qui la trompent. »

Pour tei miner, la rupture de l’infernale équivoque et l'affirmation d’un loyalisme aux bornes infranchissables :

« Vous nous avez demandé de vous dire notre pensée tout entière, j’achève de vous dire la mienne : il est temps, non pas de vouloir la guerre, mais de vouloir la paix ; il est temps de regarder la révolution en face et de lui dire : Tu n’iras pas plus loin ! (Plusieurs membres : Très bien ! Très bien !). — Cette pensée, ce n’est pas celle d’un adversaire, c’est la pensée d’un homme sincèrement dévoué à trois choses qu’il vous adjure de ne pas séparer, parce que de leur union dépendent la paix et la grandeur des nations ; c’est la pensée d’un homme dévoué à son pays, au Gouvernement et à sa conscience. »

Le procès-verbal lui-même, par les marques d’assentiment de plus en plus nombreuses et sans contre-partie 1 qu’il dut consigner, fait ressortir l’immense succès de ce discours. La péroraison en fut saluée par des Très bien ! Très bien ! des Bravos !, des « applaudissements réitérés sur un certain nombre de bancs », et beaucoup de ses collègues vinrent féliciter l’orateur qui avait marqué au fer rouge la tortueuse politique du Maître ! Soutenu, emporté loin des intérêts humains et des vulgaires contingences, par la cause qu’il défendait, il venait d’atteindre, simplement, les plus hauts sommets de l’art oratoire. Par une véhémence réglée, comparable à celle de Montalembert, il avait renouvelé « le défi des Fils des Croisés aux Fils de Voltaire, » et, comme le conquérant de la liberté

1. « Le silence se fil bien vite, note Emile Relier, et ne lut plus interrompu que par les approbations de mes amis. »

LE DÉPUTÉ DU PAPE

d’enseignement, mis le glaive de sa puissante parole « au service de la conscience, de la vérité, de la majesté désarmée du droit, contre la triomphante oppression du mensonge et du mal1 ». De même que, selon le mot de Bonald, « l'homme qui n’a pas de religion est protégé par la religion des autres », de même les députés du Corps Législatif furent secrètement soulagés par une si noble indépendance, et s’ils n’eurent pas le courage de le suivre, ils furent du moins saisis d’une admiration dont un bon juge, Émile üllivier, a laissé ce témoignage : « A chacune de ses paroles on entendait le grondement de l’Assemblée : c’était celui du volcan qui va éclater. Enfin, l’enthousiasme déborda... .Je n’ai jamais entendu un orateur exalter, remuer, fanatiser à ce point une réunion d’hommes. Viennent les Thiers, les Berryer : ils 11e diront rien de plus éloquent. Causa finita est. On ne saurait aller plus haut ni plus loin -. »

Ce 13 mars 1861, Émile Relier s’était rangé parmi les adversaires irréductibles du Régime — qui 11e tarda pas à s’en venger; — mais il restait moralement vainqueur ; au point de vue des intérêts supérieurs de la Patrie, il restait aussi vainqueur politiquement, à ce point qu’en 1867 Napoléon III lui-même dut favoriser à Antibes la levée d’une légion pontificale. Seulement il sera alors trop tard, et la victoire française de Mentana ne pourra plus arrêter les funestes effets de la défaite — française aussi — de Castel fi dardo.

Durant le quart d’heure de suspension de séance qui suivit le meilleur de ses discours :i, Émile Relier reçut mille félicitations de députés peu soucieux de la colère que ses paroles allaient soulever. Le maréchal Canrobert et le marquis de La Rochejacquelin étaient au premier rang des « admirateurs du moment » ; pressé de lui marquer son enthousiasme, le vendéen griffonna même à la hâte ces mots sur un fragment de papier qu’un huissier porta à l’orateur : « Je vous admire, mais je ne

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