Lettre du 16 mars
ÉMILE KELLER
« Je me suis demandé s’il était possible de mieux caractériser le sens, la portée, la gravité de la lutte solennelle ouverte entre l’esprit absolutiste de notre démocratie unitaire et le dernier boulevard de l’indépendance chrétienne des nations... L’erreur monstrueuse de notre temps consiste à croire que la liberté est dans la centralisation, et à faire de cette centralisation la résultante de toutes les forces individuelles, domestiques, municipales, corporatives, successivement détruites et absorbées... Cette erreur monstrueuse, vous l’avez montrée à son plus haut point d’intensité, dans la doctrine, les passions, les ambitions, les spoliations, d’où l’on prétend faire sortir l’unité italienne, en attendant la future unité allemande et toutes les unités possibles... Il y a autre chose dans le débat que quelques pouces de terrain, et ceux qui s’arrêtent aux surfaces, seuls s’y trompent. Si les catholiques étaient aussi convaincus qu’il le faudrait des causes profondes de notre mal religieux et social, un grand pas serait fait. Une forte école de doctrines solides s’établirait en présence et au sein de l’anarchie qui sera le terme extrême de la centralisation révolutionnaire. Elle serait en même temps une école de liberté sérieuse, pratique, et conservatrice b »
Les libéraux, — charmés de l’expression « France catholique et libérale », — joignirent leurs louanges à celles des conservateurs. De sa retraite du bourg d’Iré, où le retenait la maladie, le comte de Falloux observa qu’après avoir « en trois ans détruit le Saint-Siège sans la révolte de notre Épiscopat », on allait maintenant chercher à « détruire notre Épiscopat pendant l’agonie du Saint-Siège » ; « humainement parlant, le tour serait joué, l’apathie trop naturelle aux honnêtes gens ferait tomber la France au dernier degré de l’abaissement intellectuel et moral », et il était temps qu’une fois encore Émile Keller « plongeât dans nos plaies une lame du plus pur acier - ». Charles de Montalcmbert, cet homme de guerre dans la vie civile 1 2 3 qui s’était reproché « d’avoir cru pendant quinze jours que la dictature pouvait aboutir à autre chose qu’au triomphe de l’égoïsme impérial et d’avoir eu le malheur de passer pour complice d’une politique dont il devait être dupe