Définition de Guizot
LE DÉPUTÉ DU PAPE
et victime 1 », salua, le 15 mars, le député de Belfort comme un compagnon d’armes rallié à son propre étendard ; l’année précédente, au fond de la Hongrie, il avait lu « le discours 2 plein de traits véridique^ et courageux » prononcé par Émile Keller, et il venait le remercier, avec tous les catholiques, du grand et récent succès qui assurait et complétait « d’une façon si glorieuse pour lui et si consolante pour nous » le triomphe de 18G1 ; les échos du camp ennemi lui avaient appris la portée du coup dont l’orateur avait frappé ses adversaires, et « personne ne jouissait plus sincèrement que lui de sa victoire, personne n’augurait mieux de l’avenir qui lui était réservé » ; pour donner plus de poids à son sulïrage, il ajoutait « avec une entière franchise » :
« Le principal mérite de votre dernier discours, à mes yeux, est d'avoir franchement arboré le drapeau de la liberté, et de vous être ainsi séparé, au moins publiquement, de la funeste école qui s’est vantée de vous compter parmi ses adeptes. En félicitant la France d’être à la fois catholique et libérale, vous avez désavoué ceux qui, chaque jour, dénoncent les catholiques libéraux comme des sots ou des traîtres. En signalant le Césarisme ancien et moderne comme le type de l’abjection, vous avez protesté contre ceux qui, jusqu’en 1859, nous ont prêché que l’empire des Césars était la plus haute expression de la civilisation romaine et que le monde lui devait une immense reconnaissance; contre ceux qui, dans le même numéro où ils publiaient votre discours; osaient soutenir qu’il y avait plus de liberté sous Napoléon Ier qu’en 1789. »
Montalembert opposait donc la doctrine d’Émile Keller à celle de Louis Veuillot ; il l’associait au parti du Correspondant con tre le parti de Y Univers et du Monde ( qui avait remplacé Y Univers supprimé). Mais ni l’article du Monde auquel il était fait allusion, ni surtout les vues d’Émile Keller ne justifiaient semblable enrôlement.
Le jurisconsulte J. -B. Coquille, auteur de l’article incriminé du 12 mars, et alors rédacteur en chef du Monde, ne pouvait être soupçonné d’indulgence pour la civilisation païenne :
1. Lettre au vicomte de Meaux. (F. Gibon, Montalembert , p. 212.)