Lettre à Emile Keller du 2 juin
l’ennemi personnel de l’empereur
être rejeté avec vous une consolation. « Sans doute, ajoutait-il quelques jours après l 2, « M. Thiers et surtout M. Berryer seront de puissants défenseurs de la souveraineté pontificale, mais je crains qu’il n’y ait de la part de ces hommes d’Élat une prédominance politique qui ne soit un obstacle à l'efficacité de leurs efforts ».
Même impression — heureusement exagérée — de désastre catholique chez le comte de Falloux qui reprochait alors au comte de Chambord d’avoir recommandé Y abstention, malgré ses propres avis et ceux de Berryer. Si l’abstention, motivée par le serment, devait causer « un tort notable dans plusieurs collèges » de l’Ouest -, elle n’avait eu en tous cas aucune part dans l’échec d’Émile Keller. Résolu, quant à lui, à « rester présent, au moins par la pensée, sur le champ de bataille, jusqu’à son dernier souffle », Falloux adressait au « très honoré vaincu » de Belfort ces nobles paroles : « Vous avez, contre toute tentation de défaillance, les deux plus sûrs préservatifs : la foi dans l’âme et l’énergie dans le cœur. Je viens donc à vous, non indifférent au passé, mais les yeux fixés sur l’avenir 3. » *
C’était bien, — dans un esprit différent et sans oublier le présent, — les yeux fixés sur l’avenir qu’Émile Keller allait continuer à creuser son sillon et à remplir le programme qu’Augustin Cochin, battu comme lui, résumait en trois mots :
« Écrivez, méditez, agissez 4 ».
On l’avait surnommé « le député du Pape ». Homme d’action plus encore qu’orateur, et ne voyant dans sa plume qu’une arme de combat mise au service de la vérité religieuse, sociale et nationale, il restera dans le pays ce qu’il avait été à la Chambre.